jeudi 28 février 2013

Qui se ressemble (fort peu) s'assemble

Quand ils jouent aux Lego, Miss Thing One fait des maisons plates et larges, et Mr Thing Two fait des tours.
Quand ils dînent, Miss Thing One commence généralement par refuser de manger, puis exige qu'on lui donne lentement la becquée, tandis que Mr Thing Two termine son assiette avant qu'on ait le temps de dire ouf et réclame quatre desserts à la suite.
Quand ils regardent la télévision, Miss Thing One reste impassible quoiqu'il arrive, alors que Mr Thing Two rit, s'exclame, s'inquiète, et répond même parfois aux questions de Dora l'exploratrice.
Quand il faut s'habiller ou se déshabiller, Miss Thing One exige de mettre ou d'enlever un maximum de choses toutes seules (chaussons, bonnet, gigoteuse...), tandis que Mr Thing Two refuse de participer et pique une crise si on lui ordonne d'enlever ses chaussures lui-même.
Quand nous rentrons de la crèche, Miss Thing One réclame la poussette si elle n'est pas occupée par le Petit, pendant que Mr Thing Two marche vaillamment à côté, tous les soirs.
Quand elle défèque – des petites crottes bien dures, toujours –, Miss Thing One vient me le dire, et ne veut surtout pas s'asseoir ; il lui arrive aussi d'aller sur le pot. Mr Thing Two peut se vautrer dans sa bouse – très molle et très abondante, toujours – pendant deux heures et en avoir jusqu'au milieu du dos sans que ça le gène, et ne voit pas du tout l'utilité du pot.
Quand ils sont à la crèche, Mr Thing Two fait de grands discours. Quant à Miss Thing One, les deux puéricultrices m'ont dit toutes les deux hier, sans se concerter, qu'elles avaient failli tomber de leur chaise en l'entendant dire à son frère "Viens jouer avec moi". Jusqu'ici, elles n'avaient quasiment jamais entendu le son de sa voix.
Quand ils sont à la maison, Miss Thing One parle presque autant que son frère, et hurle beaucoup, beaucoup plus que lui. Mr Thing Two est plus facile à raisonner.
Quand le Petit s'approche d'eux, Miss Thing One se met à brailler "Non, pas bébé, PAS BÉBÉ !". Mr Thing Two dit "Ragade, il vient dire bonjour à moi !".
Quand ils courent dans le square ou dans la résidence, Miss Thing One regarde toujours où elle va. Mr Thing Two tombe une fois par minute, pleure dix secondes, et repart au galop sans prêter la moindre attention aux obstacles qui se trouvent sur son chemin.

Aujourd'hui, j'ai demandé aux puéricultrices avec quels enfants ils jouaient respectivement le plus souvent, pour en inviter un ou deux (maximum !) à leur anniversaire.
Réponse unanime : ils jouent presque toujours ensemble, et sont très complices.
Bon. Tant mieux, ça m'arrange : on va dire qu'ils vont s'inviter mutuellement à leur anniversaire, alors.

mercredi 27 février 2013

Visite éclair

Coup de téléphone d'une agence hier : ils ont organisé une visite pour aujourd'hui à 16h. Ce matin, tout est déjà à peu près propre et rangé. Néanmoins, à 14h30, je me mets à l'ouvrage. Dans la chambre des Things, je range jusqu'au moindre Lego ; je plie même leurs pyjamas. Dans la cuisine, je lave, je rince, j'essuie et je range tout ce qui traîne ; je planque dans les placards quelques-uns des petits éléctroménagers qui prennent toute la place sur le plan de travail (grille-pain, yaourtière, etc.) ; je balaie par terre ; je descends les poubelles. Dans notre chambre, j'empile joliment les livres sur les tables de chevet, je trie les vêtements "semi-propres" sur la chaise, je tire soigneusement la couette. Dans la salle de bain, je supprime un des deux pots des Things (de toute façon, pour l'usage qu'ils en font...), j'enlève le linge qui sèche, je mets le tapis de bain dans le bac à linge sale, je range toutes les bricoles qui traînent. Dans la chambre du Grand, je change le tapis de place, j'essaie tant bien que mal de réorganiser le bureau, je raccroche le rideau à moitié décroché. Dans la "chambre" du Petit, heu... rien, elle est plutôt jolie pour un cagibi. Dans le salon, je tire bien le plaid sur le canapé et je retape les coussins, je change la place des trois chaises hautes pour qu'elles n'occupent pas autant d'espace autour de la table, je trie les magazines, je nettoie soigneusement mon bureau, je range les inombrables médicaments de Darling ou des enfants qui traînent.
Et cætera.
A 16 heures, tout est impeccable. Je suis contente de moi. L'appartement a même l'air plus grand que d'habitude.
A 16h03, l'agente immobilière arrive avec l'acheteuse potentielle.
A 16h05, elles repartent. La dame ne voulait pas d'un premier étage.
"Au moins, plaisante l'agente, nous ne vous avons pas dérangée longtemps."
Grrrr.

mardi 26 février 2013

Valise cadenassée

La mère de Darling, appelons-la Oma, vient nous rendre visite pendant quelques jours. Elle apporte une grosse valise et une petite mallette assortie (c'est bien ça qu'on appelle un vanity-case, non ?). Méfiante, elle a cadenassé la valise. Hélas, dès son arrivée, à neuf heures du soir, elle se rend compte... qu'elle a oublié la clef du cadenas.
— Pas grave, dit-elle en substance et en allemand : nous n'avons qu'à le faire sauter avec un coup de marteau.
Sauf que oui mais non. Si c'était si facile, il ne servirait à rien, le cadenas. Je tente la pince, la scie, la clef à molette (on ne sait jamais), mais je ne réussis qu'à me faire mal. A la rigueur, je pourrais attaquer la fermeture éclair, mais elle est de bonne qualité : ce ne sera pas si aisé. Et si j'y arrive, inutile d'espérer récupérer la valise ensuite.
Heureusement, il y a le quincaillier, qui va bien nous manquer quand nous déménagerons. Toujours prêt à rendre service et à donner de bons conseils. Bien sûr, à cette heure-ci, il est fermé. Tant pis. Je propose à Oma de lui prêter un pyjama, une brosse à dent, un livre, bref, le strict minimum pour survivre jusqu'à demain. Elle me dit que c'est bon, qu'elle a tout ce qu'il faut dans sa mallette.
(Ah.)

Le lendemain matin, je vais chez le quincaillier. Il examine le cadenas.
— Pas de problème, je vais couper ça avec ma pince.
— Elle va en venir à bout, vous croyez ?
— Sans problème. Quand je faisais mon service militaire, je coupais des fils de fer barbelés épais comme mon doigt avec une énorme pince qui pouvait sectionner n'importe quoi.
— Et donc, de retour à la vie civile, vous avez acheté la même ?
— Non, j'ai piqué celle-là. Le dernier jour, je l'ai mise dans ma valise, sous mes fringues.
(Ah.)

Le quincaillier cisaille le cadenas en quelques secondes. Je reviens à la maison avec la valise. Je trouve Oma lavée et changée, avec des vêtements qui sortent de sa mallette.
Mais enfin, si elle a tout ce qu'il faut dans ce sac à peine plus grand qu'une trousse de toilette, qu'avait-elle besoin de s'encombrer de cette grosse valise ? Et surtout, la question qui me tarabuste depuis le début : qu'y a-t-il là-dedans qui justifie l'emploi d'un cadenas, alors qu'elle est venue en train et qu'elle n'a pas quitté sa valise des yeux de tout le voyage ?
J'ai eu la réponse quand elle a enfin ouvert ladite valise. Deux gâteaux. Quatre boîtes de biscuits. Des chocolats pour les gamins. Des chocolats pour moi. Une demi-douzaine de saucissons, saucisses, jambon, etc. Du pain noir. Des poireaux qu'elle n'a pas voulu laisser pourrir. Du beurre proche de sa date d'expiration. Les ingrédients pour faire un gâteau ici (au cas où je n'aurais pas de farine ni de sucre). Des pommes...

Bon, d'accord, finalement elle a bien fait de prendre ses précautions.

dimanche 24 février 2013

Bouillon maison

Avec la carcasse et la peau du poulet que j'avais fait rôtir la veille, j'ai fait un bouillon. J'ai ajouté quelques clous de girofle, une carotte, une branche de céleri, les feuilles les plus moches des poireaux que j'ai préparés pour le déjeuner, et j'ai fait bouillir à tout petit feu pendant deux ou trois heures. Puis j'ai filtré, j'ai jeté les légumes décomposés et les os, et j'ai obtenu deux ou trois litres d'excellent bouillon maison.

Mais ensuite, qu'en faire ? Pas le temps de chercher une recette qui requiert un vrai bon bouillon maison. Et pas de place dans mon congélateur.

J'ai donc fait un risotto, ce qui a au moins le mérite de plaire à tout le monde. Et il était bon, mon risotto.
Aussi bon que quand je le fais avec un bouillon bio quelconque, quoi.

Moyennant quelques minutes de travail, quelques légumes abîmés et quelques litres de gaz, j'ai économisé un cube de bouillon, pour un résultat à peu près similaire. Je peux être fière de moi. Non ?


(Darling prétend que j'exagère, et qu'il a senti la différence. Malgré les légumes, les lardons, les herbes, les épices, et le fromage. Il est trop fort.)

samedi 23 février 2013

Los Angeles

Le roman que je traduis actuellement se déroule en partie à Los Angeles. A cette occasion, l'auteur donne le nom complet de la ville, qui a été plus tard abrégé, vous allez comprendre pourquoi. Je vérifie l'orthographe exacte sur Internet, par habitude idiote du traducteur, qui perd un temps fou à vérifier des informations au lieu de faire confiance à l'auteur, et découvre ainsi plein d'erreurs qu'il aurait mieux fait d'ignorer. Autrefois, c'est-à-dire avant Internet, nul n'aurait songé à demander au traducteur de jouer ce rôle, bien sûr. Et parfois, je regrette presque cette époque que je n'ai pas connue.

En effet, selon Wikipedia en français, Los Angeles s'appelait tout d'abord El Pueblo de Nuestra Señora la Reina de Los Ángeles del Río de Porciúncula.
Selon mon auteur, et selon l'article sur Wikipedia dans sa langue, c'était La Ciudad de la Iglesia de Nuestra Señora de Los Ángeles sobra la Porziuncola de Asis.
Enfin, l'article sur Wikipedia en anglais ne mentionne ni l'un ni l'autre.

Bon, on va dire que je n'ai pas eu l'idée de vérifier, d'accord ?



(Je me demande ce que ça donnait, dans l'un ou l'autre cas, comme gentilé ?)

vendredi 22 février 2013

Une mère angoissée

Hier soir, à la crèche, une mère vient récupérer son gamin, du même âge que les Things. Il y a une goutte de sang sur son T-shirt. Elle s'affole auprès de la puéricultrice :
— Que s'est-il passé ? Il a saigné ?
— Oui, un peu, tout à l'heure. Il est tombé contre une barrière...
— Hein ? Quoi ? Il est tombé d'une barrière ? Vous l'avez laissé grimper sur une barrière ?
— Mais non, il s'est cogné contre une barrière. Il était debout sur un jouet, et il a perdu l'équilibre...
— Sur un jouet ? Mais il est tombé de haut, alors ?
— Non, non, un jouet de dix centimètres de haut, et il s'est cogné le nez...
— Le nez ? Il est tombé à plat ventre ? Et la nuque ? Sa nuque a heurté le sol ? Pourquoi ne m'a-t-on pas appelée tout de suite ? Vous auriez dû me prévenir !
— Mais non, il n'est pas tombé par terre, il a basculé en avant contre une barrière, et il s'est cogné, c'est tout ! Pas à la nuque, au nez, du coup il a saigné un peu de la narine droite...
— Quoi, quoi, quoi ? Il a saigné du nez ? Il a saigné du nez ? Mais il faut que je l'emmène à l'hôpital, alors !
— Ben...  Vous faites ce que vous voulez, mais ça ne me paraît pas nécessaire...
— Comment ça, pas nécessaire ? Ça ne vous fait pas beaucoup d'effet, on dirait ! Moi, on m'a dit qu'il fallait impérativement faire examiner un enfant qui saignait du nez !
— C'est la première fois que j'entends dire ça... A votre place, je ne m'inquiéterais pas trop, cela dit ; c'est courant, de saigner un peu du nez quand on se cogne.
— Oui, c'est bien ce que je disais, vous vous en fichez ! Cet enfant se blesse sous vos yeux, et ça ne vous fait rien ! Mais comment a-t-il fait pour se cogner au visage ? Expliquez-moi encore une fois ce qui s'est passé exactement, je vous prie.

Quant à moi, lorsque j'ai récupéré Miss Thing One, je me suis rendu compte qu'elle avait une petite griffure sur la joue. D'après la puéricultrice (qui a finalement réussi à se débarrasser de la dame sans perdre son sang froid, à ma grande admiration), elle a heurté un camarade qui avait un jouet à la main. J'ai hésité à appeler une ambulance et à l'emmener aux urgences toutes sirènes hurlantes, mais finalement, j'ai laissé tomber, j'avais encore le dîner à préparer.

jeudi 21 février 2013

Deux jours au paradis


La montagne, la neige, le soleil, la forêt. Et puis de la vitesse, des rires, du silence, des crêpes, des chocolats chaud en terrasse, une soirée raclette, des pistes rouges peu encombrées et bien damées, et même un bain très chaud.

Le grand bol d'air qu'il me fallait, assez d'oxygène pour tenir encore quelques mois malgré le stress du boulot, les microbes, les problèmes divers et variés. Le ski, les plus belles vacances qui existent, pour moi.

L'année prochaine, seule ou en famille, deux jours ou une semaine, dans les Alpes ou les Pyrénées, au chômage ou débordée, par grand soleil ou sous la tempête, j'y retourne. Qu'on se le dise.