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dimanche 16 décembre 2012

Neuf mois pour défaire

Mon gamin a neuf mois aujourd'hui.
Neuf mois d'amour et de bonheur... Neuf mois dedans, neuf mois dehors... Neuf mois qu'il enchante ma vie, blablabla, blablabla...
Mais non, revenez, c'était une blague, je n'ai pas du tout prévu de vous chanter le couplet de la mère aimante. Pas aujourd'hui. Je voulais simplement évoquer un dicton populaire bien connu :

"Neuf mois pour faire, et neuf mois pour défaire"
ou, si vous préférez la version la plus explicite :
"Il faut neuf mois pour faire un bébé, et neuf mois pour retrouver son corps"

Ouais.
C'est ça.
Mais bien sûr.

Commençons par virer manu militari toutes celles qui, après une grossesse de rêve (tant qu'à faire), ont eu la bonne surprise de découvrir qu'elles pouvaient enfiler leur jeans à la sortie de la maternité, et n'ont plus le moindre soucis au bout de six semaines (et un bébé qui fait ses nuits, pour faire bonne mesure). Allez donc voir chez Laurence Pernoud si j'y suis, merci.

La vérité vraie, c'est que non seulement la grossesse EST une maladie, comme je vous l'ai déjà abondamment démontré (cliquez sur le libellé "grossesse" pour avoir l'historique), mais en plus, c'est une maladie qui laisse des séquelles. Pas forcément grave, mais souvent définitives.

Pour ma part, neuf mois après cette troisième grossesse (oui, parce qu'en plus, ça s'accumule, bien sûr), voici le bilan :
- La peau du ventre à jamais ravagée. Je ne vais pas m'étendre là-dessus, il est évident que c'est un problème épargné à l'immense majorité des femmes, car il faut une combinaison gagnante : une peau qui marque très facilement et une prise de poids importante (donc une grosses gémellaire, par exemple). Mon ventre était déjà bien enlaidi après le premier gamin, mais là... J'en veux pour preuve que les coupables eux-mêmes (mes enfants, quoi) ouvrent des yeux horrifiés quand ils voient mon ventre. Sales gosses.
- Dix kilos de plus qu'avant ma première grossesse. J'imagine que je pourrais en perdre quelques-uns en "faisant un effort", mais ensuite, il faudrait que je continue à me limiter pendant le reste de mes jours, car je crains fort que mon poids de forme (mon poids d'équilibre, si vous préférez) qui ait changé.
- Les abdominaux bien amochés, et même un peu écartés, même que ça s'appelle une diastasis des grands droits et qu'il ne faudrait pas que ça empire, mais je vous passe les détails.
- Un début de descente d'organes. Rien de grave pour l'instant, juste quelques petites gènes, voire quelques douleurs, dans certains cas. Je ne veux pas savoir ce que ça donnera dans trente ans.

Et encore, je ne peux pas trop me plaindre. J'ai échappé aux fuites urinaires (très courantes), au diabète définitif (c'est pour la prochaine fois, il paraît), et aux vergetures sur la poitrine (j'en ai tant eu à l'adolescence qu'il n'y avait plus la place). Et je vous passe d'autres désagréments intimes.

Alors, bien sûr, vous me direz que ça en valait la peine, que j'ai des enfants mignons comme tout, que si c'était à refaire je le referais, etc. Je ne dis pas le contraire. N'empêche que Darling aussi a quatre gamins adorables, sans que son physique en ait été le moins du monde affecté (à moins qu'on attribue à ces derniers ses nombreux cheveux blancs) (mais j'en ai au moins autant).
Dans une autre vie, je voudrais donc bien être un père de famille nombreuse, merci.
(Ou une hippocampe femelle, à la rigueur.)

lundi 1 octobre 2012

Sevrage (coda)

J'ai du mal à y croire moi-même : lors de sa toute dernière tétée, le Petit a trouvé le moyen de me faire... une crevasse. Le genre de petit bobo de début d'allaitement que je n'avais pas eu depuis plus de cinq mois.

Ce que j'ai ressenti ce matin-là, ce n'était donc pas un pincement au cœur, mais un pincement tout court. Je comprends mieux, maintenant.

Il a probablement voulu être certain que je n'aurais aucun regret. Charitable enfant !

samedi 29 septembre 2012

Sevrage (suite et fin)

Je ne suis pas du tout convaincue par les avantages de l'allaitement, souvenez-vous.
Six mois me suffisent amplement, je vous l'ai déjà dit.
Je suis ravie de voir mes enfants grandir car je n'aime pas les bébés, je le répète.

Alors pourquoi ai-je ressenti un tel pincement au coeur en donnant ce matin ce qui devrait être la toute dernière tétée au Petit ?



Sans doute l'idée que je ne pourrai désormais plus me goinfrer de sucreries sous prétexte que "c'est normal que j'aie faim, j'allaite". Oui, ce doit être ça.


(Oui, ceci est billet de fainéante, bourré de liens. Je sais. Mais je vous rappelle qu'on est samedi matin et que je suis seule avec les quatre diables...)

mardi 18 septembre 2012

Sevrage

Le Petit a six mois. Je l'allaite encore. Et j'en ai marre.
Marre de mettre toujours les même deux ou trois soutifs et sept ou huit T-shirts d'allaitement.
Marre de de ne plus pouvoir fermer aucune de mes chemises ni même la plupart de mes vestes ou manteaux.
Marre de devoir dormir avec un soutien-gorge, et de redouter l'engorgement si je m'en passe, comme c'est arrivé récemment.
Marre de ne pas pouvoir m'absenter vingt-quatre heures, de ne même pas pouvoir aller au cinéma ou au restaurant un soir avec une copine.
Marre des tétées nocturnes, du sommeil toujours insuffisant.
Marre de ne pas pouvoir soigner ce rhume qui traîne depuis des semaines, d'hésiter avant de mettre la moindre pommade, d'avaler la moindre pilule.
Marre de recevoir des coups de pieds ou des griffures de la part de cet asticot plein d'énergie.

Marre de ne pas pouvoir recommencer à faire du sport faute de soutien-gorge adapté.
Marre de me demander à chaque douleur au ventre si c'est le retour de couches.

Et puis pas seulement marre, mais aussi envie. Envie de passer à autre chose, de clore presque sans nostalgie – ou alors juste une miette – cette période où j'étais tout, absolument tout, pour ce petit être tout neuf. Ce n'est plus un nouveau-né, c'est un gros bébé en pleine forme qui commence sa vie indépendante. Il mange désormais purées et compotes avec plaisir, s'intéresse même à nos bouts de pain, va joyeusement à la crèche, refuse de s'endormir dans mes bras, remue dans tous les sens, attrape tout ce qui passe à sa portée (y compris les cheveux ou les boucles d'oreille)... Non, ce n'est plus un nouveau-né. C'est bientôt un enfant. L'amorce d'un être humain.

Il doit le savoir, le sentir. Il s'endort de moins en moins souvent au sein. Le biberon qu'il refusait de boire jusqu'à la fin de l'été a soudain trouvé grâce à ses yeux, ou à ses papilles, et il le vide d'un trait. Même quand je l'allaite, il tourne souvent la tête en m'arrachant la peau au passage, veut voir ce qui se passe ailleurs, gigote dans tous les sens ; ce n'est plus un câlin, c'est presque une bagarre.

Il est temps de prendre chacun sa route. Toujours côte à côte, incroyablement proches, mais plus enchaînés l'un à l'autre. Achevons de couper le cordon.

Bonne route, mon petit bonhomme !

vendredi 31 août 2012

Engorgement

Vous saviez, vous, que les difficultés du début de l'allaitement qu'on-oublie-très-vite-parce-que-c'est-un-tel-bonheur-ensuite (gnagnagna)  peuvent survenir aussi alors que l'allaitement est bien installé ? Autrement dit, qu'on peut avoir un engorgement même au bout de cinq mois et quelques, avec un gamin à l'appétit solide et réglé comme une horloge ?
Maintenant, je le sais.
Alors même si ça fait longtemps que je ne m'effraie plus du tout des engorgements des débuts et si j'ai appris à supporter sans broncher (ou presque) ces moments délicieux où on a l'impression qu'un enchanteur malveillant a remplacé nos jolies rondeurs par deux ballons de baseball remplis de cailloux pointus, ce matin, quand j'ai réalisé que c'était bien ce à quoi ça ressemblait, j'étais un peu inquiète. Je me voyais déjà avec une mastite, 40° de fièvre, une hospitalisation d'urgence, un sein coupé, un sevrage brutal, un Darling et des enfants traumatisés, un divorce, quinze années de psychanalyse pour chaque membre de la famille, tout ça.

Dans ce genre de situation, on a deux possibilités : prier, ou interroger google (ou les deux). J'ai choisi la seconde. Quelques minutes plus tard (Google étant bien plus bavard que Dieu), je savais ce qu'il me fallait :
- Des compresses chaudes
Mouais. Je ne sais pas si c'est moi qui me débrouille mal, mais personnellement, le temps que j'installe le gant de toilette mouillé, il n'est plus vraiment chaud. J'ai tout de même placé deux ou trois fois un gant de toilette tiède dans mon soutif, mais sans grande conviction.
- Des massages
Re-mouais. Là aussi, j'ai dû m'y prendre comme un manche, mais ça n'a eu aucun effet. Ça m'a fait encore plus mal, voilà tout.
- Du repos
HA HA HA !
Pardon, ça m'a échappé. Disons simplement que Darling travaille, et que ni la crèche ni l'école n'ont rouvert leurs portes ; cela devrait suffire à faire comprendre l'ironie de cette recommandation.
- Des tétées nombreuses
Ah, ça je peux faire !

Et voilà comment le Petit, que j'essayais péniblement de faire passer à... sept repas par jour (oui, je sais, certains nouveaux-nés n'en font même pas autant, mais voilà, ce môme n'a jamais voulu comprendre que le repas solide était censé remplacer une tétée et non s'y ajouter, et n'a toujours pas renoncé à ses tétées nocturnes), a pris le sein toutes les deux heures depuis ce matin.
Inutile de dire qu'il n'a pas protesté.
Et ça a fini par marcher ! Au cours de la dernière tétée, le vilain petit canal a dû se déboucher, car j'ai enfin retrouvé ma flasquitude habituelle.

Maintenant, il va falloir faire admettre au Petit qu'il doit reprendre un rythme "normal", demain...

lundi 21 mai 2012

Mais alors, pourquoi allaiter ?

(Si vous êtes arrivés ici par hasard, ce billet fait suite à celui-ci et celui-là.)

Bon, mais alors, me direz-vous, pourquoi diable allaites-tu tes gamins pendant des mois alors que tu nous as donné une liste longue comme le bras d'excellentes raisons de ne pas le faire ?
Eh bien, pour deux ou trois mauvaises raisons qui ne sont pas dans les manuels, bien sûr.

- D'abord, parce qu'on m'a dit de le faire
(Ah ben oui, je vous avais bien dit que c'était pour de mauvaises raisons, hein.)
La sage-femme, Darling, et tout mon entourage en général étaient unanimes : il fallait allaiter, ça allait de soi. On m'avait même expliqué que ça allait être difficile, que j'allais faire face à des tas de gens qui essaieraient de me décourager, de me dire du mal du lait maternel, de m'encourager à passer au biberon. Ha ha ha. Bref, disciplinée, naïve, obéissante et faible, j'ai allaité. Je ne me suis même pas posé la question, en fait.
- Parce que j'aime être indispensable
(Mais oui, de mauvaises raisons, j'ai dit !)
Je sais bien qu'une mère est indispensable pour son enfant, mais une mère qui allaite, c'est le top de l'indispensabilité (oui, bon, d'accord, je n'utiliserai pas ce mot dans ma prochaine traduction). Et ça flatte mon égo. Narcissique, moi ? Si peu.
- Parce que ça me donne bonne conscience
Je suis écologique, je donne des anticorps à mon bébé, je réduis ses chances d'avoir des allergies, et tout le tralala (je ne vais pas vous refaire la liste) : je suis donc une mère formidable. Du coup je peux être aussi mère indigne que je veux sans trop culpabiliser, et ça, c'est inestimable.
- Et surtout, parce que ça me donne le temps de lire
Ce qui a sauvé mon premier allaitement, une fois sortie (très vite) de la phase "je ne me pose même pas la question" dont je parlais plus haut, c'est de découvrir que j'avais la place de poser un bouquin sur l'oreiller qui me servait de coussin d'allaitement. Au début, j'ai bien essayé de regarder le gamin dans le blanc des yeux, parce que ce vous comprenez, l'allaitement, moment sacré, communion entre la mère et l'enfant, intimité magique, et toutes ces salades. Il ne m'a pas fallu très longtemps pour découvrir qu'on ne peut pas fixer dans le blanc des yeux un môme qui garde les yeux fermés. Et au bout de trois jours, je me suis rendu compte que j'allais devenir folle à regarder le crâne de mon gosse pendant huit tétées d'une demi-heure par jour, soit quatre heures par jour (et je ne vous parle même pas des jumeaux). Du coup, bouquin ! C'est comme ça que j'ai lu plein de choses sans être payée pour ça, mais aussi relu pleins de choses (Au bonheur des dames, Le seigneur des anneaux, Harry Potter, Les royaumes du Nord, Anna Karénine...), ce qui est un luxe que je m'autorise encore plus rarement. Sacrebleu, quatre heures de lecture par jour, ça ne se refuse pas ! D'accord, au bout d'un moment, les tétées se raccourcissent, mais on peut toujours avaler quelques pages pendant que le gamin avale sa ration de lait.

D'ailleurs, je vous quitte, j'ai une dernière* tétée à donner, et Anna est sur le point de tomber dans les bras de Vronski.

* Dernière avant la suivante, qui a lieu juste après minuit, en ce moment... mais bon, techniquement, c'est bien la dernière de la journée !


samedi 19 mai 2012

Les vrais inconvénients de l'allaitement

Et contrairement aux avantages, ceux-ci sont incontestables !

- Ça fait mal
Même quand vous êtes tellement expérimentée que vous mettez un bébé au sein dans une position méritant un 10/10 en trois secondes, il y a toujours un moment où ça fait mal. Dans les jours qui suivent la naissance, pendant que le mamelon s'habitue à ce traitement de choc, et même par la suite, à chaque montée de lait, pendant quelques secondes, ouille ouille ouille.
- Il faut être disponible 24h sur 24
Je dirais que c'est le plus pénible. Une réunion de copropriétaires ? Hop, on emmène le bébé. Envie d'aller chez le coiffeur ? Pas sans le bébé. Deux jours à passer en déplacement professionnels ? Le bébé est dans la valise... Certes, au bout de quelques semaines, on peut gagner quelques heures en tirant son lait et en donnant des biberons, si le bébé l'accepte, ce qui n'est pas gagné. Mais ma haine du tire-lait dépasse mon agacement à devoir accourir au moindre claquement de doigt du gamin, donc ça ne vaut pas pour moi.
- Les nuits sont mauvaises
Je l'ai déjà dit, comme le lait maternel se digère plus vite, les bébés allaités font leurs nuits bien plus tardivement. Le Grand a ainsi tété DEUX fois par nuit jusqu'à sept mois, date à laquelle je l'ai sevré. Et bien sûr, contrairement à ce qui se passe avec le biberon, on ne peut pas partager avec le papa.
- Il ne faut pas être trop pudique
Même avec un T-shirt d'allaitement et une écharpe par-dessus, si on a des seins taille XXL, il y aura toujours un peu de chair qui dépasse. Ou beaucoup. Et je ne vous parle même pas des moments où le gamins se rejette soudain en arrière parce qu'il a avalé de l'air, ou pour toute autre raison.
(Mais bon, soyons positif : au moins, plus personne ne regarde mon ventre.)
- On ne peut prendre aucun médicament
Après ces neuf mois ultra-pénibles ou vous aviez uniquement droit à du paracétamol, ou presque, voici la période où... vous n'avez droit qu'à du paracétamol, ou presque. Bon, si vous êtes à l'article de la mort, on essaiera de faire quelque chose pour vous, mais pour un simple mal de gorge, vous pouvez vous brosser pour qu'on vous donne des pastilles sucrées au citron et au miel.
- Il faut surveiller son alimentation
De même, toujours pas question de picoler, ou d'avaler quatre cafés par jour, ou de fumer comme un pompier. Pire encore, s'il n'est pas vrai qu'on doive éviter les aliments "fort en goût" du moment qu'on en consomme souvent (puisque dans ce cas, le bébé les connaît déjà, via le liquide amniotique), il va falloir se restreindre sur certains aliments acidifiants. La salade fraises-kiwis si fraîche et agréable, par exemple. Ou le grand verre de jus d'orange, qui fait se tortiller bébé comme un asticot.
(Par contre, pour le Mont d'or, c'est bon. Dommage, la saison est terminée.)
- On prend trois bonnets de soutien-gorge
... donc si on met habituellement du B, ce n'est pas dramatique, ça peut même être apprécié, mais si on part du E, je vous laisse imaginer les dégâts. Moi qui aime dormir sur le ventre, ce n'est pas pour tout de suite.
- On se ridiculise avec les fuites
Vient toujours le moment où vous ne mettez plus de coussinets, parce que c'est désagréable, parce que ça rend l'allaitement pudique en public encore plus compliqué, parce que vous estimez que vous n'en avez pas besoin, et puis paf, voilà que le môme décide de faire une sieste de six heures, ce qui n'est pas du tout dans ses habitudes. En dehors de gagner provisoirement encore une taille de bonnet (au secours), vous voici soudain avec deux auréoles sur le T-shirt, mais pas sous les aisselles comme tout le monde, non, juste au bout des tétons. C'est terriblement glamour.
Même sans sieste prolongée, d'ailleurs, ça peut aussi arriver parce que le gosse de la voisine vient de pousser un cri, par exemple. Je n'y croyais pas, mais je vous jure que c'est vrai : un cri de bébé déclenche la montée de lait. Un petit rappel de notre nature animale qui ne peut pas nous faire de mal.
- Le gamin vous prend pour un biberon sur pattes géant
Donc dans les bras de son père, il fait des risettes, et dans les vôtre, il ouvre grand la bouche. Sympa.
- On est sans cesse immobilisée, même dans des situations dramatiques
"Non, Mr Thing Two, ne prend pas le verre de vin sur la table ! Darling, viens vite ! Non, ne tape pas avec sur la télévision ! Mon Grand, tu es là ? Non, ne donne pas un bout de verre brisé à manger à ta soeur ! Mais enfin, quelqu'un peut-il intervenir, j´ai le bébé au sein !"

... Et j'en oublie sûrement.

(Demain, les raisons, ou plutôt LA raison pour laquelle j'allaite quand même...)

vendredi 18 mai 2012

Les prétendus avantages de l'allaitement

Commençons par préciser que j'ai allaité tous mes enfants jusqu'à sept ou huit mois, et que j'ai l'intention d'en faire autant avec le Petit. C'est donc en toute connaissance de cause et avec une bonne dose de mauvaise foi que je vais vous prouver à quel point l'allaitement est haïssable.
(Rappelez-vous que je suis une mère de famille nombreuse qui déteste les bébés. Les paradoxes ne m'effraient pas.)

Commençons par les avantages de l'allaitement par rapport au biberon, tels que la Leche League, les manuels et les sage-femmes intégristes nous les assènent à longueur de grossesse :


- Avec votre lait, vous donnez des anticorps à vos enfants.
C'est sûrement vrai, jusqu'au moment où vous sevrez le gamin, par exemple à son entrée en crèche. Du coup il est bourré d'anticorps pendant tout le temps où il est à l'abri des microbes (seul à la maison avec maman, en gros), et n'en a plus juste au moment où il commence à en avoir besoin. C'est très utile.
- Ça aide à prévenir les risques d'allergie.
Oui, c'est comme donner des kiwis aux enfants avant un an, non, pardon, ne surtout pas en donner, attendez, les directives ont encore changé récemment, je m'y perds un peu, et les études faites sur le sujet se contredisent toutes... Enfin, bref, il paraîtrait que peut-être qu'il est possible qu'un gamin allaité ait moins de problèmes de ce côté-là. Croyez-moi sur parole, c'est une mère d'asthmatique qui vous le dit.
- Ça créé des liens entre la mère et l'enfant.
C'est évident. Au moment où il est en train de tirer sur le mamelon et où vous serrez les dents pour ne pas hurler de douleur, vous l'aimez tant, ce gosse !
- Le lait maternel est plus digeste.
Alors ça, c'est incontestable. En une heure ou deux, pfuit ! Il n'y a plus rien dans l'estomac du petit goinfre. C'est même pour ça que l'immense majorité des gamins qui font leurs nuits tôt sont ceux qui sont nourris au biberon : le lait de vache est bien plus long à digérer. Des avantages comme celui-ci, on en voudrait tous les jours.
- Les selles sentent moins mauvais, et il y en a moins souvent.
C'est vrai aussi. A lieu d'un caca malodorant plusieurs fois par jour, vous avez droit à un truc douçâtre jaune d'or seulement une fois par jour, ou même moins quand l'allaitement est bien installé. Par contre, comme ça vient moins souvent et que c'est très liquide, ça déborde une fois sur deux. Et bon courage pour faire partir les taches sur les vêtements.
- Le goût du lait varie, ce qui prépare l'enfant à la diversification
Certes, certes, sauf qu'à ma connaissance, aucune étude n'a jamais prouvé que les enfants allaités mangeaient leur choucroute à la cantine avec plus d'entrain que les autres. Les grimaces de mes gamins lors des premières purées étaient éloquentes, en tous cas.
- Allaiter stimule la production d'endorphines
Oui, c'est le moyen qu'à trouvé la nature pour faire oublier la douleur aux mères. Résultat : on s'endort à moitié à chaque tétée ; du coup on est dans le cirage toute la journée, et la nuit il faut faire un effort monstrueux pour se relever et aller recoucher l'enfant (et ne me parlez pas de cododo, ou je mords).
- On gagne du temps, puisqu'il n'y a rien à préparer.
Ben voyons. Chaque tétée peut durer facilement trois quart d'heure, et il y a plus de tétées que de biberon puisque le lait est plus digeste (voir plus haut). Vous croyez que ça compense les trois minutes passées à compter les mesures de lait et à mettre les biberons au lave-vaisselle ? Sérieusement ?
- Ça consomme des calories, donc ça aide à retrouver la ligne
En théorie, ça semble logique. En pratique, on a faim tout le temps, donc on mange bien plus, donc...
- C'est économique
Quelle bonne blague. J'en ai déjà parlé ici.
- C'est écologique
Même raisonnement que ci-dessus : la confection, le transport et le stockage des aliments que je consomme en plus pour subvenir à nos besoins à tous deux a-t-il réellement moins d'impact que la confection, le transport et le stockage du lait en poudre ?


Je crois que j'ai à peu près fait le tour des avantages. Demain, on aborde les inconvénients...
(Vous avez peur ?)

samedi 14 avril 2012

Les joies du post-partum

Après la série "Les petits maux de la grossesse", j'avais l'intention de faire une série "Les joies du post-partum", mais je me rends compte qu'en fait, j'ai la flemme. Je crois que j'ai envie de passer à autre chose, d'oublier un peu cette grossesse pénible. Cela dit, je m'en voudrais de laisser dans l'ignorance tous ceux qui s'imaginent qu'après l'accouchement, ça y est, hop, tout est oublié et c'est reparti mon kiki. Je vais donc vous dresser une petite liste rapide de tout ce qui vous tombe dessus dans les jours et les semaines qui suivent ; au moins, celles qui ne sont pas encore passées par là ne pourront pas dire que je ne les ai pas prévenues.

- Les tranchées
Pour une fois, les primipares peuvent se rassurer, cela ne concerne que celles qui en sont à leur deuxième enfant ou plus. Après l'accouchement, l'utérus contracte tant qu'il peut pour retrouver le plus vite possible une taille normale, en particulier pendant l'allaitement. Et pour une raison mystérieuse, plus on a eu de gamins, plus ça fait mal. Les trois premiers jours, à la maternité, j'étais à deux doigts de réclamer une péridurale à chaque fois que je donnais le sein...

- Les lochies
C'est un nom savant pour désigner les saignements après l'accouchement. Si, comme moi, vous trouvez que le gros avantage d'être enceinte, c'est de ne plus avoir ses règles, vous allez vite déchanter : tout ce à quoi vous avez échappé pendant neuf mois va vous tomber dessus d'un seul coup. Autrement dit, au lieu d'avoir cinq ou six jour sanguinolents une fois par mois, vous allez en avoir une cinquantaine à la suite. Et pas le droit de mettre des tampons ou des coupes menstruelles. Au moins, ça vous donnera une excuse pour ne pas aller à la piscine et pour ne pas montrer votre ventre (voir plus bas).

- La montée de lait
Il paraît que chez certaines femmes, c'est très supportable. Chez d'autres, ça revient à prendre trois tailles de soutien-gorge en douze heures, à avoir des seins aussi durs que si ils étaient remplis de cailloux, et des boules grosses comme des noix jusque sous les aisselles. Le moindre contact est très douloureux, même celui de la serviette de toilette après la douche. L'avantage, c'est que pour une fois, vous ne trouverez pas que votre bébé réclame le sein trop souvent, même si c'est la vingtième tétée en vingt-quatre heures. Et quand, une semaine plus tard, vous vous sentirez quasiment à l'aise dans un soutif 100G, voire envisagerez de rétrograder au 100F, vous aurez l'impression que votre poitrine est redevenue d'une taille très raisonnable.

- L'élimination
Alors oui, il y a la constipation (les multipares expérimentées n'oublieront pas de mettre des pruneaux dans leur valise, et d'en consommer plusieurs fois par jour), mais aussi, après la péridurale, une période où on n'arrive parfois pas à vider sa vessie alors même qu'elle est pleine à craquer (je vous rappelle que j'ai eu cinq perfusions à la fois). Il faut donc demander à l'infirmière de faire ça avec une sonde. Ah ben non, la péridurale ne fait plus effet, donc ça fait mal. Bobo. Ouille.

- Les maux de dos
Rien que de très classique : des douleurs au coccyx parce que vous avez été trop longtemps dans la même position sur la table d'accouchement (tout ça parce que vous avez eu la flemme d'imiter les courageuses qui se mettent accroupies, à quatre pattes, et que sais-je encore), et puis dans les reins parce que votre ventre continue à peser et à tirer vers l'avant (du moins pour celles qui ont encore l'air enceinte de cinq mois dans les jours qui suivent l'accouchement ; celles qui remettent leur jeans d'avant la grossesse à la sortie de la maternité sont priées d'aller voir sur un autre blog si j'y suis, merci).

- Les douleurs intimes
Épisiotomie, déchirure, "éraflures", ou même rien de tout ça, juste le passage d'un machin de 10 cm de diamètre par un endroit peu habitué à ce genre d'exercice... Oui, voilà, quoi. A coté, les courbatures que vous attrapez en reprenant la gym à la rentrée après six mois de paresse, c'est de la gnognotte.

- Les vergetures
Ce n'est pas douloureux, on est d'accord, mais ça fait bien partie des joies du post-partum. Heureusement, certaines femmes y échappent, souvent les moins jeunes ; pour une fois qu'il y a un avantage à avoir un enfant assez tard ! Pour d'autres, c'est assez effarant. Et si vous avez à la fois plusieurs enfants, une grossesse gémellaire à votre actif, et une peau très fragile, alors vous trouverez qu'à côté, votre arrière-grand-mère avait la peau lisse.

- L'affaiblissement des abdominaux
Vous connaissez la phrase "Avant j'avais des principes, maintenant j'ai des enfants" ? Et bien moi, avant j'avais des abdos, maintenant j'ai des enfants. Alors oui, bien sûr, il y a la rééducation (à faire impérativement après la rééducation périnéale, attention). Mais si jamais j'ai de nouveau un ventre plat un jour, fût-ce au prix de deux années d'exercices quotidiens, sans passer par une intervention chirurgicale, alors je m'engage à devenir assistante maternelle et à garder des bébés jusqu'à ma retraite. C'est dire si je suis sûre qu'il n'y a pas la moindre chance que ça arrive, hélas.

Il y a d'autres choses, dont certaines nettement plus graves, mais je n'ai pas envie de parler des risques de prolapsus (quand le périnée lâche pour de bon), hernie (quand les abdos renoncent définitivement) ou diabète de type 1 (quand le diabète gestationnel s'installe), donc on va arrêter là.
N'empêche que, je le répète, le premier qui vient me dire que la grossesse n'est pas une maladie, je lui fait avaler un petit pot asperges-carottes sans sel ajouté.

mercredi 4 avril 2012

Du lait et des sous

C'est bien connu, un des principaux avantages de l'allaitement, c'est qu'on fait d'énoooooooormes économies. Pensez donc : une boîte de lait coûte entre 15 et 20 euros, et il en faut quatre ou cinq par mois en moyenne pour un bébé. En six mois d'allaitement, vous avez donc économisé près de 500 euros ! N'est-ce pas merveilleux ?

Bien sûr, pendant ces six mois, vous avez acheté :
- Trois ou quatre soutien-gorge d'allaitements à 40 euros pièce ;
- Un coussin d'allaitement à 35 euros ou plus ;
- Des coussinets contre les fuites à 10 euros les trois paires (lavables) ;
- Au minimum un tube de crème à la lanoline, à environ 10 euros ;
- Quelques T-shirts d'allaitement pour donner le sein tout en restant à peu près pudique, entre 20 et 60 euros chacun, selon la qualité ;
- Des tisanes au fenouil à 8 euros le paquet ;
- Un tire-lait manuel à 60 euro, ou un tire-lait électrique bien plus cher ;
- Et surtout, un supplément de 500 calories par jour pour vous, soit, chaque semaine, au moins deux ou trois steaks, quelques kilos de fruits et légumes, pas mal de yaourts et de pain (et de chocolat). Bio, tout ça, bien sûr, puisque vous voulez le meilleur pour votre enfant.

Je vous l'avais bien dit : d'énooooooormes économies. Si, si.

lundi 26 mars 2012

Des albums pour préparer l'arrivée d'un bébé

Il existe de très nombreux livres pour préparer la naissance d'un bébé avec son futur grand frère ou sa future grande sœur. Plus ou moins ludiques, plus ou moins tendres, drôles ou instructifs, de la petite histoire mignonne au documentaire, le choix est vaste.
Mais il y a deux catégories d'enfants qui ont été un peu oubliés par les éditeurs : les enfants très jeunes (moins de deux ans) et les enfants déjà grands (plus de cinq ans). Normal : hors familles recomposées, l'écart moyen entre frères et sœurs tourne plutôt autour de trois ou quatre ans.

Comment donc expliquer une grossesse à un enfant qui ne sait même pas parler et qui n'est pas assez vieux pour se souvenir que, six ou huit mois plus tôt, maman n'avait pas un si gros ventre et était encore capable de se relever seule après s'être agenouillée sur le sol ? Après de nombreuses recherches, les meilleurs livres que j'ai trouvés pour les plus jeunes sont les suivants :

- Et dedans, il y a..., de Jeanne Ashbé (l’École des Loisirs, 1997). Un livre petit format, très court (dix doubles pages), avec des volets, qui permet d'explorer l'intérieur des choses : celles qu'on peut ouvrir (une valise...), celle qu'il ne faut pas ouvrir (un ballon...), et celles qu'on ne peut pas ouvrir (le ventre de maman). La dernière page montre le bébé, enfin né, avec son grand frère.
- Et après, il y aura..., de la même auteure (l’École des Loisirs, 2000). Même format, même principe : en trois parties, il présente d'abord des choses de tous les jours (après les chaussettes, on met les chaussures ; après avoir renversé un verre, il faut nettoyer...), puis la future vie avec le bébé (après son bain à lui, il y aura ton bain à toi ; après la tétée, il y aura ton goûter). Encore une fois, c'est vraiment très court, mais du coup, c'est parfait pour un tout petit à qui il est parfaitement inutile d'expliquer comment se nourrit le foetus ou comment se déroule l'accouchement.

Quant aux plus grands, il n'y a pas grand-chose pour eux non plus. Il faut dire qu'à six ou sept ans, ils n'ont pas besoin qu'on leur raconte un album pour leur annoncer une grossesse. Ils ont déjà le bagage intellectuel suffisant pour comprendre ce qui se passe, pourquoi, et comment, du moins en gros. En revanche, bon nombre d'entre eux n'ont jamais vus un bébé de près, ou presque, et ignorent tout de ces petits machins bruyants. A ceux-là, je recommande Moi, je connais bien les bébés de Myriam Szejer (Albin Michel, 2002). Ce livre ne parle pas de la grossesse, mais de ce qui se passe après : il nous montre un garçon de cinq ans qui fait connaissance avec son nouveau petit frère, et chaque petite scène de la vie quotidienne (bébé prend son bain, pleure sans cesse...) est suivie d'une double page qui résume le développement d'un nouveau-né et les recommandations de la puériculture (il peut dormir à la lumière du jour ; il faut lui expliquer ce qu'on va lui faire ; etc.). Ouvertement didactique, mais très intéressant, cet ouvrage peut aider un grand à accepter plus facilement de nouvelles règles de vie, et à se sentir moins démuni face à cet extra-terrestre qui vient de débarquer chez lui  !

samedi 24 mars 2012

Alliance

Sur certains sites, on vend de très jolis bijoux d'allaitement. En quoi ça consiste ? En une bague ou un bracelet réversible sur lequel est écrit "right" d'un côté et "left" de l'autre, et qui sert d'aide-mémoire pour se rappeler quel est le sein qu'on a donné pour la dernière fois au bébé. Sur les plus sophistiqués, il y a même des chiffres, pour noter l'heure de la tétée. De telle manière, quand le petit bonhomme pleure, on peut dire "Ah, la dernière fois, tu as eu le sein droit, donc maintenant c'est le tour du gauche".
J'avais découvert ça quand j'étais enceinte des Things, mais avec deux zigotos à allaiter successivement, souvent même simultanément, ça ne m'aurait pas servi à grand-chose.
Enceinte du Petit, donc, je me suis dit que j'allais me pencher sur la question. Sauf que bon, est-il bien nécessaire de dépenser de l'argent pour un bijou que je ne mettrai que quelques mois dans ma vie ? Une simple bague à porter alternativement à la main droite et à la main gauche ne ferait-elle pas l'affaire ?

Au retour de la maternité, j'ai donc essayé toutes mes bagues. Sauf qu'après la grossesse, figurez-vous qu'on a les doigts légèrement enflés pendant quelques jours ou semaine, ne me demandez pas pourquoi, j'ai lu ça quelque part mais j'ai déjà oublié. Bref, il n'y en avait aucune que je pouvais enfiler assez facilement pour l'ôter huit ou dix fois par jour.
Et puis je suis tombée sur une alliance, qui devait appartenir à mon père ou à ma grand-mère paternelle et qui a atterri dans ma boîte à bijoux. Une alliance toute simple, en or, sans date ni nom à l'intérieur. Et pile à la bonne taille en ce moment, même pour mon annulaire droit, légèrement plus large que le gauche.
Depuis quatre jours, je porte donc une alliance pour la première fois de ma vie.
Les gens vont croire qu'au bout de quatre enfants, je me suis enfin décidée à faire de Darling un honnête homme.

(Cela dit, ces jours-ci, je n'ai nul besoin de consulter la bague pour savoir quel sein donner quand le Petit réclame. Pas d'erreur possible : c'est celui qui est sur le point de faire exploser le bonnet G de mon soutif et d'inonder le lit ou le canapé.)

mardi 20 mars 2012

Accouchement

Vendredi 16 mars, 10 h du matin. J'arrive à la maternité pour le monitoring. L'infirmière me fait faire pipi sur une bandelette, me pèse, prend ma tension, puis une sage-femme m'installe sur la table avec les capteurs.
— Tout va bien depuis mardi ?
— Oui, tout va bien, mais j'ai bien cru que j'allais accoucher mercredi, blabla, perte du bouchon muqueux, blabla, bébé très bas, blabla, contractions...
— Bon, alors on va quand même vérifier que vous ne perdez pas de liquide amniotique.

11 h du matin. La sage-femme examine la bandelette.
— Ah, on dirait que vous avez fissuré la poche des eaux.
— Vous êtes sûre ?
— Regardez vous même. Vous voyez la bande rose ?  Ça veut dire que vous perdez du liquide amniotique.
— Et donc ?
— Et donc on va vous déclencher, probablement demain. Si la poche est fissurée, il y a risque d'infection. On va aller en salle de travail, et la sage-femme va vous mettre un tampon qui va faire maturer le col sous 24 heures.

Midi. Dans la salle de travail, la sage-femme examine mon col.
— Oh, mais il est déjà à deux doigts ! Pas besoin de tampon. On va vous déclencher tout de suite. Je vous pose la perfusion d'ocytocines pour provoquer les contractions.
— Mais j'ai déjà des contractions toutes les sept ou huit minutes !
— Raison de plus.
— Mais alors... Je vais accoucher aujourd'hui ?
— Bien sûr.
— Je peux passer des coups de fil ?

13h. Après quinze coups de téléphones, j'ai réussi à trouver quelqu'un qui va prendre en charge les Things ce soir, à faire avertir le Grand qui ira passer la nuit chez un copain, à annuler le dîner programmé avec ma copine, à joindre Darling qui quitte le boulot, mange un morceau et arrive dès qu'il le peut. La sage-femme m'a posé la perfusion.
— Je vous la met à dose homéopathique, en attendant votre mari. Et puis j'ai deux autres dames qui sont presque complètement dilatées, on va commencer par elles.
— Heu... OK.

14h. Darling est là, la valise aussi, les deux autres dames ont accouché. J'ai deux perfusions, une à chaque bras, qui me diffusent en continu quatre produits différents (on ne rigole pas avec une patiente diabétique ET dont le gosse risque une infection pour cause de fissure de la poche des eaux).
— Bon, je vais vous augmenter les ocytocines, et puis je vais rompre la poche des eaux.
— Ah non ! Ah non, les contractions sur une poche des eaux vide, j'ai déjà donné, ça fait MAL !!!!
— Mais ça accélérerait les choses !
— On ne peut pas anesthésier, avant d'accélérer ?

15h. On m'a posé la péridurale, je ne sens plus mes jambes, en fait je ne sens plus rien, et franchement, vu le souvenir que j'ai de mes accouchements précédents, ça me convient très bien. La sage-femme a voulu rompre la poche des eaux, mais...
— Oh, mais vous êtes trempée ! Ça s'est fait tout seul, on dirait. Bon, je vous laisse vous reposer, vous m'appelez si vous avez besoin de quelque chose ?

16h. Heu...
Non, en fait, à 16h, il ne s'est rien passé de particulier. J'avais faim, c'est tout. Et Darling s'était endormi sur un fauteuil dans la salle d'attente.

17h. Je ne sens plus rien, d'accord, mais quand même, il me semble...
— Darling, tu ne veux pas aller appeler la sage-femme ?

17h20. Il paraît qu'on voit les cheveux (j'ai refusé le miroir, merci bien). Je suis en position, j'ai révisé la technique de la poussée non bloquée, j'attends qu'on me donne le signal.
— C'est bon, à la prochaine contraction vous pouvez pousser !
— Je ne sens plus les contractions...
— Eh bien, quand vous voulez, alors.

Et cinq minutes plus tard à peine, le gamin était là !


Alors, accouchement spontané ou accouchement déclenché ?
En fait, je m'en fiche.



jeudi 15 mars 2012

Fausse alerte

Il s'est passé quelque chose hier soir. Le Têtard, effrayé sans doute par toutes les histoires de déclenchements inefficaces que j'ai entendues ces derniers jours, est descendu encore plus bas, à tel point que j'ai désormais du mal à m'asseoir, ou alors sur le bord des fesses. Dans la foulée, j'ai perdu le bouchon muqueux (si vous ignorez ce que c'est, ne cherchez pas sur Google images, ce n'est pas glamour) ; je sais que ce n'est pas forcément un signe d'accouchement imminent, mais ça peut l'être, et quoi qu'il en soit ça prouve que le col se modifie. Enfin, j'ai eu une série de contractions, plus douloureuses que d'habitude.

Du coup, j'ai fait un grand discours aux Things au moment de les coucher, pour leur expliquer que si je n'étais pas là au matin il ne fallait pas qu'ils s'inquiètent. Je pense qu'ils n'ont rien pigé, mais Dolto serait fière de moi.
J'ai aussi commandé plein de plats tout préparés chez Picard pour le Grand et Darling. Comme ils n'y ont jamais droit en temps normal, je pense qu'ils ont désormais hâte que j'accouche pour en profiter.
J'ai terminé à toute allure de relire des épreuves pour une éditrice, et je lui ai envoyé les corrections à minuit. Je me suis dit que j'aurais plus de mal à me concentrer sur la table d'accouchement.
J'ai vérifié que Darling savait où était la valise (on ne rigole pas) et je lui ai donné de l'argent pour un éventuel taxi.
Et pendant que j'y étais, j'ai terminé le chapitre que j'étais en train de traduire.

Et puis finalement, quand j'ai appelé la maternité, j'ai appris que toutes les salles de travail étaient occupées, donc j'ai parlé très sévèrement à mon utérus en lui expliquant que ce n'était pas le moment de rigoler, j'ai pris deux antispasmodiques, et je suis allée me coucher. Ce matin, de même qu'à chaque lever-pipi au cours de la nuit, j'étais assez étonnée d'être encore là, mais aussi soulagée.

Or, ce soir, rebelote, ça contracte tant que ça peut. Franchement, ce n'est pas le moment, mes rares parents et amis qui habitent à Paris sont tous à l'inauguration du Salon du Livre, ce qui réduit considérablement le nombre de baby-sitters potentiels. On va réessayer la méthode d'hier soir, antispasmodiques et dodo.

Si ça arrivait demain matin, ce ne serait pas l'idéal : Darling fait l'ouverture à la librairie où il travaille. Demain soir non plus : j'ai invité une amie à dîner. Samedi ou dimanche, ce serait encore pire : peu de gens sont disponibles ce weekend, je ne sais pas à qui je pourrais demander de venir garder mes gosses. Et lundi, ça n'irait pas, le Grand revient de l'école avec un ami ce soir-là, il faut quelqu'un à la maison pour les accueillir.

Finalement, accoucher, c'est comme tomber amoureux : ce n'est jamais le bon moment. Heureusement, ça finit quand même par arriver.


PS : Quelqu'un m'a récemment fait culpabiliser en me disant que même si je perdais les eaux à minuit, je serais très vilaine d'exiger la présence de Darling à la maternité et de laisser mes enfants avec le premier venu, car ils risquent d'être traumatisés en se réveillant au matin (ou pire, en pleine nuit) et en découvrant que leurs parents sont tous les deux absents. Cette personne a même ajouté que s'ils ne sont pas traumatisés, eux, c'est la personne qui aura charitablement accepté de venir qui risque de l'être par leurs hurlements. Heureusement, quelqu'un d'autre m'a ensuite rassurée en me disant que "Bah, même s'ils hurlent pendant deux heures au milieu de la nuit, ils finiront bien par se rendormir, et ensuite ils oublieront", que "C'est normal que tu n'aies pas envie d'être seule, ça pourrait être aussi long et douloureux que les autres fois, ou pire encore, même si c'est ton troisième accouchement" et que "De toute façon je pense qu'ils seront beaucoup plus traumatisés par l'arrivée d'un petit frère que d'avoir passé une nuit sans toi". Ouf, me voilà rassérénée.

mercredi 14 mars 2012

Les petits maux de la grossesse (12) : suite et fin

Allez, on va expédier le reste de la liste, sinon je n'aurai jamais le temps d'arriver au bout.

- La constipation et les hémorroïdes
Est-il réellement nécessaire de développer ? On va dire que non.
- Les vergetures et les démangeaisons
Ah ben oui, parce que quand la peau craque, ça gratte. Mais je vous reparlerai des vergetures plus tard, quand je me lancerai dans la liste des "petits" maux qui vous attendent après la grossesse. Ah, vous comptiez y échapper ? Bande de naïfs.
Sachez cependant qu'on peut aussi souffrir de démangeaisons sur le ventre pour d'autres raisons, donc sans vergetures, à cause de modifications du fonctionnement du foie. Ou alors on peut cumuler les deux, c'est plus rigolo.
- Les troubles oculaires
Oh ben ça alors. Je n'en crois pas mes yeux, justement : je n'ai pas connu ça ! Moi qui me vantait d'avoir testé toute la liste, je suis drôlement déçue.
- Les sautes d'humeur
Bah, c'est de la blague tout ça : je suis aussi hystérique quand je ne suis pas enceinte que quand je le suis, comme pourrait vous le confirmer Darling. Ou alors il y a en effet une légère augmentation du nombre de crises, mais on part d'un niveau tel que ça passe inaperçu.
(Et puis tiens, je ne résiste pas à la tentation de vous citer une phrase de cette chère Laurence Pernoud, paix à son âme : "De toute façon, si vous vous sentez nerveuse et irritable au début de votre grossesse, dès que vous sentirez remuer cet enfant, dès que sa présence se manifestera, vous serez apaisée, vous verrez". Oui oui, apaisée, c'est le mot.)

Voilà, c'est tout ! L'Association des Joyeux Malthusiens de France vous remercie d'avoir suivi ce feuilleton, et vous annonce la sortie prochaine de trois nouvelles émissions qui devraient vous intéresser au plus haut point : "Récits d'accouchement", "Joies du pouponnage" et "Conséquences physiques de la grossesse". Restez avec nous, vous avez encore beaucoup à apprendre !



Sur ce, sachez qu'on parle de me déclencher prochainement, et que le Têtard n'attendra peut-être même pas jusque là ; si vous n'avez pas de mes nouvelles pendant plus de trois jours consécutifs, vous pouvez raisonnablement en conclure que je suis à la maternité (et aussi que je n'ai pas d'iPhone qui me permette de bloguer n'importe où) (on est moderne où on ne l'est pas, moi je ne le suis que pour le matériel de cuisine) (mais je reviendrai donner des nouvelles dès que possible, promis).


dimanche 11 mars 2012

Huit mois !

Début du neuvième mois ; j'entame la dernière ligne droite !
Depuis que j'ai écrit ceci, il y a deux semaines, nous avons fait d'énormes progrès (sauf en ce qui concerne ma traduction, bien sûr) :
- La valise est prête, avec tout ce qu'il faut de vêtements, de sucreries et de bouquins (il manque juste la fameuse trousse de maquillage, mais je crois que je vais m'en passer).
- Le cagibi s'est transformé en vraie chambre (de deux mètres carrés), avec une bouche d'aération toute neuve (à défaut de fenêtre), une commode à moitié remplie de vêtements de bébé (l'autre moitié est occupée par le bric-à-brac qui n'a pas encore trouvé sa place ailleurs dans la maison, mais qui s'en soucie ?), le couffin de la poussette en guise de lit (mais on devrait m'en prêter un "vrai" prochainement), une guirlande lumineuse (sans prise électrique, mais j'ai pris un rendez-vous dans dix jours avec le quincaillier pour qu'il m'en pose une), des murs d'une charmante nuance blanc-gris sale (mais avec quelques stickers pour décorer, je suis sûre que ce sera splendide) et une ampoule nue accrochée à un mur (que je remplacerai par une jolie lampe un de ces jours... heu, un de ces mois). Bref, c'est royal.
- J'ai pondu deux pages d'instructions à remettre à quiconque aura le courage de venir garder mes gamins pendant que je serai en train d'accoucher, et listé quelques numéros de téléphone d'urgence (avec nettement plus de plans B, voire C ou Z, que de plans A, malheureusement) (mais bon, on va dire que je vais accoucher en deux heures, un matin, en semaine, pendant que les enfants sont respectivement à l'école et à la crèche, de manière à ce que Darling puisse aller les récupérer tranquillement le soir après avoir passé la journée à la maternité) (on y croit)
- Et attention, roulement de tambours : nous venons à l'instant de choisir le prénom ! Sur les 3000 ou 4000 prénoms examinés un par un, variantes comprises, nous en avions sélectionnés 127 (une soixantaine pour moi, une soixantaine pour Darling, et pas UN SEUL prénom en commun sur les deux listes), puis nous avons réduit la liste à une douzaine de prénoms que les deux parties trouvaient acceptables, et enfin nous avons attribué des points à chacun, en demandant aussi l'avis du Grand. Donc ça y est, le Têtard a un prénom, d'origine nordique comme souhaité par Darling, mais dont l’étymologie ne signifie pas "Guerrier féroce et glorieux qui s'avance la hache à la main" comme les trois quarts de prénoms qu'il m'a proposé, et au contraire, plutôt pacifique ; un prénom qui sonne très allemand, mais prononçable en français et dans d'autres langues, et pas inconnu dans nos contrées ; un prénom moins doux que je ne l'aurais souhaité, mais qui commence par une initiale différente des autres membres de la famille, et qui est porté par un personnage de la littérature classique, ce qui me plaît bien. Bref, un compromis suffisamment satisfaisant pour les deux parties concernées !

Tout ça pour dire que je suis enfin prête à accoucher d'un jour à l'autre, ou à être déclenchée si mon diabète gestationnel continue à jouer au yo-yo avec ma glycémie.

Maintenant, je vous préviens, si après tout ça le Têtard me fait la blague de me torturer pendant encore un mois sans pointer le bout du nez, je change mon fusil d'épaule et je l'appelle Maximilien-Harald. Rira bien qui rira le dernier.

vendredi 9 mars 2012

Les petits maux de la grossesse (11) : le mal au dos

On ne va pas s'étendre sur celui-ci, tant c'est évident. Avec dix ou quinze kilos de plus dans un ventre qui pointe dans le vide, on ne se tient pas de la même façon. On est cambrée, surtout si on l'était déjà auparavant ; ça tire sur les ligaments, sur les omoplates, etc. On a mal aux reins, ou en haut du dos, ou à la nuque, ou dans les fesses, avec sciatiques à la clef si on a de la veine. On n'est pas bien du tout debout, mais pas non plus assise, ni même allongée. Et pour peu que le gamin se mette dans une position bizarre, on peut aussi avoir mal aux côtes, ou au coccyx, ou dans n'importe quel point où il lui plaît d'appuyer. Sans même parler des dernières semaines, au cours desquelles le bassin s'écarte légèrement pour que la tête du bébé puisse passer, ce qui peut être très douloureux.

(Autant dire que ce n'est pas vraiment le bon moment pour faire de longues marches à pied, par exemple pour aller à la maternité trois fois par semaine pour surveillance rapprochée, ni pour porter à bout de bras des gamins d'une douzaine de kilos à mettre dans la baignoire ou dans leur lit, ni pour déménager tous les cartons d'un cagibi, ni pour rester assise pendant des heures devant un ordinateur. Mais personne n'aurait la folle idée de faire des choses pareilles pendant les derniers mois d'une grossesse, n'est-ce pas ?)

Et encore, dans la journée, ça va. C'est la nuit, quand ça fait une heure ou deux qu'on dort sur un côté et qu'on a la folle idée de vouloir se retourner et/ou aller aux toilettes, qu'on comprend l'étendue du problème – et qu'on se sent soudain très solidaire de sa grand-mère. Se mettre debout peut prendre dix bonnes minutes. Au moindre mouvement (et Dieu sait s'il en faut, des mouvements, pour se retourner ou se lever ; on ne s'en rend pas compte le reste du temps !) on a envie de lancer un "aïe" retentissant ; si on se retient, c'est uniquement pour ne pas réveiller notre moitié. Non pas parce qu'on veut qu'il profite de son sommeil, bien au contraire : si on s'écoutait, on l’assommerait volontiers à coups de lampe de chevet, d'abord pour oser ronfler pendant qu'on souffre le martyre, et ensuite pour nous avoir mis dans cet état-là, le vilain ! Non, si on veut préserver son sommeil, c'est parce qu'il nous reste une once de fierté et qu'après nous avoir vu avec les soutifs de notre grand-mère, les bas de contention de notre grand-mère, les culottes de notre grand-mère, et même les aiguilles à insuline de notre grand-mère*, on ne tient pas particulièrement à ce qu'il nous voit avec la démarche de notre grand-mère. Donc on souffre en silence, et une fois qu'on a réussi à se redresser, on fait un tout petit pas, puis un autre, jusqu'à ce que ça se dénoue un peu et qu'on arrive jusqu'au trône (où on aura bien du mal à trouver une position confortable, mais c'est une autre affaire).

Rassurez-vous, toutes ces douleurs cesseront bientôt : dès que vous aurez accouché... heu, fini d'allaiter... heu, fini de porter votre gamin à longueur de temps... heu, accouché du suivant... Enfin bref, pas de panique, ça finira par passer. Mais si.

* La grand-mère en question, aux grands soutiens-gorge informes et piqûres d'insuline, étant ma grand-mère italienne, "la Nonna", Darling plaisantait avec qui voulait l'entendre lors de ma dernière grossesse au sujet de "la nonnification de Fofo". Oui, je sais, je n'aurais jamais dû en faire un quatrième avec lui. Enfin, vous comprenez pourquoi je ne tiens pas à ce qu'il me voit boitiller, hein ?

dimanche 4 mars 2012

C'est comme ça ! (bis)

Monitoring jeudi après-midi. Quelques légères contractions. C'est normal, me dit-on. Mais dans le doute, revenez demain.
Rebelote à neuf heures le vendredi matin. Cette fois, position imposée, sur le côté gauche, pour éviter la compression de la veine cave. Impossible de lire un manuscrit dans cette position. Gel visqueux, machine bruyante, mal au dos sur ce brancard à peine amélioré, et le mur pour tout paysage. Vingt-cinq minutes.

Conclusion : tout va bien. Quand je ne suis pas sur le dos, le gamin ne souffre pas du tout des contractions, et celles-ci n'agissent pas sur le col.
Au fil des examens, tout va bien, tout va très bien :
- Le bébé est gros, mais raisonnablement ;
- La résistance à l'insuline augmente, mais je sais gérer ;
- Le rythme cardiaque du Têtard est impeccable ;
- Les contractions, normales à ce stade, sont faibles et "inefficaces" ;
- Le gosse bouge tant qu'il peut ;
- La quantité de liquide amniotique est  normale ;
- Je n'ai pas eu le moindre saignement en huit mois ;
- Le col est encore bien fermé ;
- Les échographies sont entièrement rassurantes ;
- Il a déjà la tête en bas, la position idéale ;
- Aucun indice ne permet de soupçonner une souffrance fœtale quelconque.

Conclusion : on passe à deux monitorings par semaine. Et puis on va refaire une échographie de contrôle.

La semaine prochaine, j'ai donc :
- un monitoring le lundi ;
- une échographie le mercredi ;
- un rendez-vous avec la diabétologue le jeudi ;
- un monitoring le vendredi.
Pour une grossesse normale du début à la fin (diabète et "petits maux" mis à part), sans la moindre cause d'alarme, et dont le terme est suffisamment avancé pour que le risque de la prématurité soit presque écarté.

Faut pas chercher à comprendre.

vendredi 2 mars 2012

Les petits maux de la grossesse (10) : les troubles du sommeil

Sous cette appellation générique se cachent deux réalités bien différentes.

En début de grossesse, avant tout autre symptôme, avant même les nausées, parfois même avant de savoir qu'on est enceinte, on est prise d'une fatigue foudroyante. Si on s'écoutait, on dormirait douze heures par nuit, plus deux siestes de deux heures chacune ; mieux encore, on demanderait une mise en hibernation immédiate pour une durée d'au moins trois mois. Malheureusement, on ne s'écoute pas, parce qu'on travaille, ou qu'on a des enfants, ou une vie sociale trépidante, ou les trois, ou qu'on est en vacances dans un petit village en Italie avec des amis qu'on ne veut pas encore informer de ce futur "heureux événement", d'abord par superstition, et ensuite parce qu'on a besoin soi-même de digérer la nouvelle et de se convaincre que l'événement est réellement heureux. (Toute ressemblance avec des personnages ayant réellement existé serait bien sûr fort truite, hein.)

Bref, pendant un bon trimestre, on se traîne lamentablement, on appelle de ses vœux un congé maternité anticipé, et quand on travaille dans un bureau, on en arrive même à faire des micro-siestes allongée sur la moquette dans les toilettes ou assise devant son ordinateur, la tête entre les mains, prête à se redresser d'un bond si le chef passe dans le couloir. (Situations vécues : je ne travaillais pas encore à domicile quand je suis tombée enceinte du Grand, et mon boss n'était pas tendre). Et on se brouille avec la moitié de ses amis parce qu'on refuse toutes leurs invitations en prétextant une panne de voiture (alors qu'on n'a pas de voiture) ou une otite du petit dernier (alors qu'on n'a pas de petit dernier), toujours pour éviter d'avoir à avouer qu'on a envie de vomir à la simple pensée de croquer dans un concombre et qu'on doit se coucher encore plus tôt que les poules si on veut tenir le choc.

Pendant le deuxième trimestre, RAS, ou presque. Disons qu'on ferait bien des grasses matinées plus souvent, et des siestes aussi, mais on survit.

Pendant le troisième trimestre, c'est une autre chanson. Au lieu de s'écrouler sur le matelas à 21h30 pour n'en émerger qu'au matin après la cinquième sonnerie du réveil, voilà qu'on se met à avoir du mal à dormir. Beaucoup de mal. De plus en plus de mal.
Certes, si vous avez bien suivi, ça n'a rien d'étonnant, car je vous rappelle que :
- On a les jambes qui remuent toutes seules dès qu'on arrête de bouger ;
- On a mal partout à cause du mauvais retour veineux ;
- On a des syncopes quand on veut se retourner et qu'on se retrouve sur le dos ;
- On ne sait plus comment caser cet énorme ventre (et je ne vous parle pas des seins) ;
- On a des démangeaisons mal placées ;
- On a envie de faire pipi toutes les deux heures maximum ;
- On a le nez tellement bouché qu'on n'arrive plus à respirer ;
- On a faim, parce qu'on a rationné les féculents ;
- On est victime de crampes fulgurantes au moindre mouvement ;
- On a un petit locataire dans le bidon qui ne trouve rien de plus rigolo que de faire de violentes galipettes (alors qu'il a pioncé toute la journée).
Ce qui, vous en conviendrez, suffit largement à justifier qu'on ait un peu de difficultés à dormir.

Oui mais non, ça ne suffit pas. Croyez-y-croyez-y pas, ce n'est pas la seule raison pour laquelle on finit, de guerre lasse, par se relever à trois heures du matin, en constatant au passage que sur les trois cent appartements de la résidence, pas un seul n'a de lumière allumée. Figurez-vous qu'au dernier trimestre, on fait des insomnies. Peut-être pour des raisons psychologiques, parce qu'on stresse, sur le mode "Oui mais alors si je mets le matériel de bricolage dans le placard à la place des couvertures pour pouvoir mettre les gigoteuses du gamin à la place du matériel de bricolage, où vais-je caser lesdites couvertures ?" ou encore "Bigre, il y a une trousse de maquillage qui figure sur la liste des choses à apporter à la maternité, dois-je en acheter une alors que je ne sais pas par quel bout on tient un mascara ?". Ou peut-être pour des raisons hormonales – la réponse standard des médecins à tous les problèmes des femmes enceintes (dans quelques semaines, quand vous passerez plus de temps chez le pédiatre que chez la gynéco, ce ne sera plus "C'est les hormones" mais "Il a des coliques", puis "Il fait ses dents", ça vous changera).
J'ai même récemment rencontré une sage-femme qui m'a expliqué doctement que les cycles de sommeil des femmes enceintes se raccourcissaient avant leur accouchement pour s'adapter à ceux du bébé, afin qu'elles soient bien entraînées à se lever huit fois par nuit dans les jours suivant la naissance.

On dit merci qui ? Merci, Madame la Nature !

lundi 27 février 2012

Etat des lieux

J'ai le pressentiment que le Têtard va arriver en avance. Pas au point d'être prématuré, mais disons au moins deux ou trois semaines avant le terme.
Certes, je ne crois pas aux pressentiments.
N'empêche que pour le Grand et pour les Things, j'aurais mis ma main à couper que l'accouchement se déroulerait de nuit et commencerait par la rupture de la poche des eaux. Et j'ai gagné, les deux fois, sur les deux points.
Donc à tout hasard, je me méfie.

Et s'il pointait son nez maintenant ? Ou disons, dans dix ou douze jours, à l'orée du neuvième mois ?
C'est tout à fait possible. Il est déjà GROS, tête en bas, il est bien descendu, le col est déjà "ramolli", et on ne peut pas exactement dire que je me ménage (c'est un énorme euphémisme) (et si vous êtes tentés de me faire la morale, venez plutôt porter mes gamins, terminer ma traduction, préparer les repas et étendre le linge).

Pendant une de mes nombreuses insomnies, j'ai donc envisagé cette possibilité, et j'ai fait la liste de ce qu'il nous fallait impérativement pour le jour J, afin de vérifier s'il nous manquait quelque chose.
- Un prénom ?
Non. En fait, nous en sommes exactement au même point qu'il y a six mois. Je continue à proposer Clément, Sylvain ou Admeo, et Darling continue à me suggérer Roderick, Edmund ou Adalbert.
- La valise pour la maternité ?
Non. Loin de là : tous les vêtements 0-3 mois sont encore dans des cartons à la cave, ainsi que l'écharpe de portage et les vêtements d'allaitement. Et les valises elles-mêmes, d'ailleurs.
- Une chambre, ou du moins un lit ?
Non. Le cagibi est toujours un cagibi, plein à craquer. Quant au lit, j'ai bien trouvé quelqu'un qui m'a vaguement parlé de m'en donner un, mais rien n'est moins sûr, et il faut d'abord qu'on trouve un endroit où le mettre, évidemment.
- Une baby-sitter pour s'occuper des gamins pendant que j'accouche ?
Non. Enfin, j'ai plus ou moins l'accord de principe de la part de quelqu'un, mais pas la moindre certitude quant à sa disponibilité (très réduite), pas de liste de numéros de téléphone, pas d'instructions concernant la maison (emplacement des biberons, des couches, etc.), et pas de plan B valable.

Bref, oui, il nous manque encore deux ou trois petites choses. Des broutilles.

En revanche, j'ai déjà choisi les bouquins à emporter à la maternité.
Chacun ses priorités.