Après douze jours de vacances, je demande au Grand s'il est vraiment certain de ne pas avoir un roman à lire pour lundi. Il a déjà répondu au moins deux fois par la négative à cette question, mais j'insiste, car le professeur de français nous avait annoncé qu'il leur imposerait une lecture à chaque périodes de vacances. Il râle ferme, mais il consent à vérifier. Et m'annonce, tout penaud :
— Ah si, en fait il y en a un.
Devant mon air affolé, il me rassure :
— Non mais t'en fais pas, on n'est pas obligé de tout lire d'un coup, il faut juste avoir lu le début, puisqu'on va commencer par étudier les premiers chapitres.
— Tu es au courant que nous partons en weekend demain ?
— Oui, ben, je le lirai dans le train !
— Mmm. Admettons. Et c'est quel livre ?
— Alice au pays des merveilles.
— Dans quelle édition ?
— Je ne sais pas.
— Comment ça, tu ne sais pas ? Tu n'as pas d'autre précision ?
— Si, le nom de l'auteur. C'est de Lewis Carroll.
Me voilà bien avancée.
— Et le traducteur ?
— Il y a plusieurs traductions ?
Restons calme. Le roman date de 1865. Je n'ose pas imaginer combien de traductions, réécritures, versions abrégées, parodies, résumés etc. ont été publiés depuis. Mon édition est celle qui appartenait à ma mère quand elle était petite. Autant dire qu'elle n'est pas toute récente. Je l'ai aussi en anglais. Ça ne va pas nous aider.
— Mais comment ton prof veut-il que j'achète un bouquin pour lequel je n'ai aucune référence ?
— Il a dit qu'il les avait commandés à la papeterie en face de mon collège, et qu'il suffisait d'aller les acheter là-bas.
Sympa, le prof. C'est ce qu'on appelle un marché captif. Même si je détestais la papetière, ou si j'étais à court d'argent et que je voulais acheter le bouquin d'occasion, ou si j'avais trois aînés qui ont étudié le même roman et déjà trois exemplaires du livre à la maison, ou si mon conjoint était libraire et pouvait acheter les livres directement sur son lieu de travail sans me faire perdre deux heures de mon temps précieux (juste un exemple au hasard), je serais donc forcée d'aller à la papeterie, puisqu'il n'a pas daigné nous donner la référence. J'apprécie.
Inutile de s'énerver : quand faut y aller, faut y aller. Je prends donc mon sac, mes lettres à poster, mes chèques à donner à la banque, ma carte bleue pour retirer de l'argent, ma nappe à apporter au pressing, un cabas pour faire quelques achats au marché en revenant (toujours rentabiliser les déplacements, une règle absolue, chez moi), et je m'apprête à partir.
— Tu m'accompagnes, mon Grand ?
— Non, je préfère rester ici jouer à la DS en pyjama.
Sans blague.
Après avoir posté mes lettres, être passée à la banque, etc., je me présente à la papeterie.
— Bonjour, je voudrais acheter Alice aux pays des merveilles, pour mon gamin qui est en sixième au collège d'en face.
— Dans quelle édition ?
— Ben, justement, je ne sais pas, mais il paraît que vous, vous savez !
— C'est qu'il y en a plusieurs, des profs qui nous ont demandé d'acheter ce livre, et dans des éditions différentes, bien sûr... Attendez, je vais vérifier. En sixième, vous dites ?
Elle trouve deux piles d'Alice sur ses étagères. Mais elle fronce les sourcils :
— Non, ce n'est pas ça... Je crois qu'on les a déjà retournés, malheureusement. Vous comprenez, ça prend de la place, et on les gardait depuis la rentrée...
Par bonheur, elle a accepté de passer dix bonnes minutes à vérifier ses mouvements de stock pour chaque édition différente d'Alice au pays des merveilles référencée sur son ordinateur, jusqu'au moment où elle a découvert qu'elle en avait vendu une vingtaine dans la collection "Petits classiques Larousse". Alléluia !
— Voulez-vous que je vous le commande ? Il arrivera mardi.
— Pour le lire d'ici lundi, ça risque d'être un peu juste...
Conclusion : Darling nous le rapportera ce soir, SI cette édition est en stock. Et dans le cas contraire, tant pis, le Grand se contentera de regarder le dessin animé de Disney. Mais si, mais si, c'est presque la même chose. Non ?
La vie d'une traductrice, mère célibataire de famille nombreuse
jeudi 31 octobre 2013
mardi 29 octobre 2013
Les Things en vacances
— Alors, me demande Darling en rentrant hier soir, comment vont les Things ? Ça se passe bien, ces premières vacances sans nous ?
— Comment veux-tu que je le sache ?
Il me dévisage, les yeux ronds.
— Tu n'as pas téléphoné à ta mère pour prendre des nouvelles ?
— Heu... non.
Ça ne m'est même pas venu à l'idée. Non mais attendez, c'est très bon signe, ça veut dire que je ne suis pas une mère angoissée, vous comprenez ?
Bon, d'accord, je suis une mère indigne. On le saura.
Heureusement, ma mère, moins indigne que moi, m'a envoyé une photo pendant la soirée :
Franchement, ils n'ont pas l'air malheureux, il me semble ?
Edit : Depuis que j'ai rédigé ce texte, ils m'ont téléphoné. D'après ce que j'ai réussi à comprendre (Mr Thing Two a une voix à la limite des ultrasons), c'est très bien chez Mouna, et ils se sont déguisés, et ils ont fait un gâteau avec des pommes, et ils ont vu des moutons. Je savais bien que je n'avais aucune raison de m'inquiéter !
— Comment veux-tu que je le sache ?
Il me dévisage, les yeux ronds.
— Tu n'as pas téléphoné à ta mère pour prendre des nouvelles ?
— Heu... non.
Ça ne m'est même pas venu à l'idée. Non mais attendez, c'est très bon signe, ça veut dire que je ne suis pas une mère angoissée, vous comprenez ?
Bon, d'accord, je suis une mère indigne. On le saura.
Heureusement, ma mère, moins indigne que moi, m'a envoyé une photo pendant la soirée :
| Tiens, les veaux aussi, ça boit des biberons ? |
Franchement, ils n'ont pas l'air malheureux, il me semble ?
Edit : Depuis que j'ai rédigé ce texte, ils m'ont téléphoné. D'après ce que j'ai réussi à comprendre (Mr Thing Two a une voix à la limite des ultrasons), c'est très bien chez Mouna, et ils se sont déguisés, et ils ont fait un gâteau avec des pommes, et ils ont vu des moutons. Je savais bien que je n'avais aucune raison de m'inquiéter !
Libellés :
mère indigne,
Miss Thing One,
Mr Thing Two,
photographie
dimanche 27 octobre 2013
Les ailes coupées
J'ai rêvé que je vivais dans un monde où les filles, arrivées à la puberté, apprenaient à voler.
Mais si un homme les touchait, ou même simplement les effleuraient, non seulement elles perdaient ce pouvoir, mais elles devenaient aveugles. Je me suis réveillée au moment où j'essayais d'échapper à un homme qui me poursuivait, mains tendues.
Allô, docteur Freud ?
(Je vous ai dit que ma mère était psy ?)
Mais si un homme les touchait, ou même simplement les effleuraient, non seulement elles perdaient ce pouvoir, mais elles devenaient aveugles. Je me suis réveillée au moment où j'essayais d'échapper à un homme qui me poursuivait, mains tendues.
Allô, docteur Freud ?
(Je vous ai dit que ma mère était psy ?)
samedi 26 octobre 2013
Premières vacances sans maman
Demain, je vais emmener les Things chez ma mère, et ils resteront là-bas jusqu'à vendredi, jour où nous irons les rejoindre. Pour la première fois depuis leur naissance, je ne vais pas voir mes jumeaux pendant cinq jours d'affilée. Le soir, il n'y aura que le Grand et le Filou pour égayer nos repas. Au moment du coucher, pas de long album à lire, pas de dents à brosser, pas de "viens faire pipi". Le matin, un seul biberon préparer, un seul enfant à habiller. Et eux, pour la première fois de leur vie, vont se passer de leur maman pendant cinq jours.
C'est drôle, hein ? On rêve de les jeter par la fenêtre, et quand on sait qu'on ne va pas les voir pendant quelques jours, on a une boule dans la gorge... On voudrait qu'ils soient indépendant, et on enrage de les voir se réjouir à la perspective d'aller chez leur grand-mère sans maman... On proclame haut et fort qu'ils nous fatiguent, et on craint d'avoir du mal à s'endormir en les sachant à l'autre bout de la France, si loin...
...
...
...
...
Vous y avez cru ?
(Si oui, vous ne me connaissez pas encore assez bien !)
(Mon seul regret est que ma mère n'en prenne que deux, en fait... Mais c'est déjà formidable : on l'applaudit bien fort !)
C'est drôle, hein ? On rêve de les jeter par la fenêtre, et quand on sait qu'on ne va pas les voir pendant quelques jours, on a une boule dans la gorge... On voudrait qu'ils soient indépendant, et on enrage de les voir se réjouir à la perspective d'aller chez leur grand-mère sans maman... On proclame haut et fort qu'ils nous fatiguent, et on craint d'avoir du mal à s'endormir en les sachant à l'autre bout de la France, si loin...
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Vous y avez cru ?
(Si oui, vous ne me connaissez pas encore assez bien !)
(Mon seul regret est que ma mère n'en prenne que deux, en fait... Mais c'est déjà formidable : on l'applaudit bien fort !)
jeudi 24 octobre 2013
Au bout du compte
Déjeuner au restaurant japonais, de ceux où des petites assiettes pleines de bonnes choses tournent sur un tapis roulant, où on se sert soi-même, et où à la fin, il faut compter combien on a d'assiettes de chaque couleur pour calculer combien ça va coûter. Mr Thing Two voit son père compter et imite son geste. Amusée, je lui lance :
— Toi aussi, tu comptes les assiettes ?
— Oui !
— Alors, combien y en a-t-il ?
— Deux, trois, cinq, neuf... beaucoup beaucoup !
Bon. Ça va donc nous coûter cher cher.
— Toi aussi, tu comptes les assiettes ?
— Oui !
— Alors, combien y en a-t-il ?
— Deux, trois, cinq, neuf... beaucoup beaucoup !
Bon. Ça va donc nous coûter cher cher.
mercredi 23 octobre 2013
Onassis et Morel sont dans un bateau...
Un des personnages de ma traduction en cours est un riche "shipping merchant". Je vois très bien ce que c'est : quelqu'un qui possède des navires utilisées pour le commerce. Quelqu'un qui travaille dans l'import-export, quoi, mais je ne peux pas vraiment utiliser cette expression pour ce roman situé dans l'Angleterre victorienne. Je ne peux pas non plus utiliser une longue périphrase pour ce personnage qui est à peine mentionné et qui n'apparaît pas au cours du roman. De toute façon, il y a un terme français pour ça, j'en suis presque certaine. Mais lequel ? Pour le moment, il m'échappe.
Mon dictionnaire sur CD-rom me donne "commerçant". Merci bien.
Wordreference me dit "transporteur". Ben voyons.
Mon dictionnaire sur papier me donne la traduction de "merchant shipping", soit "navires de commerce", mais pas de "shipping merchant". Ah, mais zut à la fin !
Pourtant, il existe, ce mot. Je le connais. Je l'ai sur le bout de la langue. Mais pourquoi diable est-ce que je pense à "armurier" ? Ça n'a rien à voir. Pourquoi mon cerveau ne me fournit-il pas le bon mot ?
Recherches sur google, recherches par coocurrence, recherches dans un thésaurus. Aucun résultat. Ça fait une demi-heure que je suis bloquée là-dessus. Et je ne peux même pas me dire que je vais passer à la suite et que ça me reviendra après une bonne nuit de sommeil. C'est déjà ce que j'ai fait hier et avant-hier, et ça ne m'est pas revenu. Là, j'en suis au stade du polissage, juste avant la correction orthographique et l'impression pour relecture sur papier. Il faut que je trouve ce mot !
Je fais part de mon désarroi à Darling ; non que je m'attende à ce qu'il connaisse le mot français (Darling n'est pas français, pour ceux qui suivent), mais il aura peut-être une idée pour le retrouver. Finalement, nous l'avons en même temps, cette idée : faire des recherches sur quelqu'un qui faisait ce métier !
- Darling est allé consulter la page Wikipedia d'un certain Onassis, un homme apparemment célèbre dont je n'avais jamais entendu parler ;
- Moi, je suis allée vérifier dans Le comte de Monte-Cristo quel était le métier de Morel, vous savez, celui qui est sur le point de se suicider mais son bateau naufragé réapparaît miraculeusement juste au bon moment.
Une personnalité réelle pour lui, un personnage imaginaire pour moi. Ça doit vouloir dire quelque chose sur nous, mais quoi ?
(Onassis et Morel étaient armateurs. Pas armURIERS, armATEURS. Je ne remercie pas mon cerveau.)
Mon dictionnaire sur CD-rom me donne "commerçant". Merci bien.
Wordreference me dit "transporteur". Ben voyons.
Mon dictionnaire sur papier me donne la traduction de "merchant shipping", soit "navires de commerce", mais pas de "shipping merchant". Ah, mais zut à la fin !
Pourtant, il existe, ce mot. Je le connais. Je l'ai sur le bout de la langue. Mais pourquoi diable est-ce que je pense à "armurier" ? Ça n'a rien à voir. Pourquoi mon cerveau ne me fournit-il pas le bon mot ?
Recherches sur google, recherches par coocurrence, recherches dans un thésaurus. Aucun résultat. Ça fait une demi-heure que je suis bloquée là-dessus. Et je ne peux même pas me dire que je vais passer à la suite et que ça me reviendra après une bonne nuit de sommeil. C'est déjà ce que j'ai fait hier et avant-hier, et ça ne m'est pas revenu. Là, j'en suis au stade du polissage, juste avant la correction orthographique et l'impression pour relecture sur papier. Il faut que je trouve ce mot !
Je fais part de mon désarroi à Darling ; non que je m'attende à ce qu'il connaisse le mot français (Darling n'est pas français, pour ceux qui suivent), mais il aura peut-être une idée pour le retrouver. Finalement, nous l'avons en même temps, cette idée : faire des recherches sur quelqu'un qui faisait ce métier !
- Darling est allé consulter la page Wikipedia d'un certain Onassis, un homme apparemment célèbre dont je n'avais jamais entendu parler ;
- Moi, je suis allée vérifier dans Le comte de Monte-Cristo quel était le métier de Morel, vous savez, celui qui est sur le point de se suicider mais son bateau naufragé réapparaît miraculeusement juste au bon moment.
Une personnalité réelle pour lui, un personnage imaginaire pour moi. Ça doit vouloir dire quelque chose sur nous, mais quoi ?
(Onassis et Morel étaient armateurs. Pas armURIERS, armATEURS. Je ne remercie pas mon cerveau.)
mardi 22 octobre 2013
Inactivité
Aujourd'hui, je n'ai rien fait.
Je voulais terminer ma traduction, passer à la banque, téléphoner à une agence immobilière, déclarer à l'URSAFF mon assistante maternelle (à faire avant fin septembre). Je n'ai rien fait de tout ça.
Et comme ma traduction est presque finie, je voulais aussi regarder un film, lire quelques pages d'un roman, et puis faire une promenade avec les enfants, puisqu'ils sont en vacances (sauf le Filou).
Mais la journée s'est achevée avant d'avoir eu le temps de commencer. Je n'ai rien réussi à faire. Je ne me suis même pas assise à mon bureau pour répondre à mes emails. Je n'ai même pas envoyé un chèque pour les charges (à payer avant le 15 octobre). Je n'ai RIEN fait. Juste le strict minimum pour la survie d'une famille de sept personnes (le Grand a invité un copain pour les vacances) : lessives, cuisine, un peu de rangement.
Quatre lessives avec tri des vêtements sales, étendage, sèche-linge, pliage, rangement des vêtements dans les armoires respectives.
Cuisine pour cinq à sept personnes selon les repas, quatre fois (le goûter est un vrai repas, chez nous), avec vaisselle et rangement de la cuisine à chaque fois, et puis courses, bien sûr.
Rangement... Je vous ai dit que les enfants étaient à la maison ?
Voilà. Aujourd'hui, je n'ai rien fait. Et je suis épuisée.
C'est encore long, les vacances ?
Je voulais terminer ma traduction, passer à la banque, téléphoner à une agence immobilière, déclarer à l'URSAFF mon assistante maternelle (à faire avant fin septembre). Je n'ai rien fait de tout ça.
Et comme ma traduction est presque finie, je voulais aussi regarder un film, lire quelques pages d'un roman, et puis faire une promenade avec les enfants, puisqu'ils sont en vacances (sauf le Filou).
Mais la journée s'est achevée avant d'avoir eu le temps de commencer. Je n'ai rien réussi à faire. Je ne me suis même pas assise à mon bureau pour répondre à mes emails. Je n'ai même pas envoyé un chèque pour les charges (à payer avant le 15 octobre). Je n'ai RIEN fait. Juste le strict minimum pour la survie d'une famille de sept personnes (le Grand a invité un copain pour les vacances) : lessives, cuisine, un peu de rangement.
Quatre lessives avec tri des vêtements sales, étendage, sèche-linge, pliage, rangement des vêtements dans les armoires respectives.
Cuisine pour cinq à sept personnes selon les repas, quatre fois (le goûter est un vrai repas, chez nous), avec vaisselle et rangement de la cuisine à chaque fois, et puis courses, bien sûr.
Rangement... Je vous ai dit que les enfants étaient à la maison ?
Voilà. Aujourd'hui, je n'ai rien fait. Et je suis épuisée.
C'est encore long, les vacances ?
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