jeudi 28 mai 2020

Retrouvailles

Je suis passée à la banque, où j'ai pu entrer après vingt minutes de queue, pour retirer une carte bleue. Au passage, j'ai demandé si je pouvais prendre les documents pour que mon Grand, qui va bientôt avoir 18 ans, me fasse une procuration sur son compte. On m'a répondu qu'on ne pouvait faire ça que "en présentiel" (sic) et que nous allions donc devoir venir tous les deux. Nous avons fixé un rendez-vous avec la conseillère.

Du coup, je suis rentrée à la maison,
J'ai retrouvé sous une pile de trucs divers mon agenda poussiéreux,
J'ai retrouvé le marque-page bloqué à la semaine du 16 mars
Je l'ai avancé de plus de deux mois,
Et j'ai NOTÉ UN RENDEZ-VOUS sur mon agenda.

Franchement, j'en avais les larmes aux yeux d'émotion.

mardi 26 mai 2020

Le contexte, toujours le contexte

Petite blague préliminaire :
C'est un traducteur qui entre dans un club. Tout le monde le dévisage, alors il s'adresse au premier venu :
— Excusez-moi, c'est bien ici le Club des Traducteurs ?
— Eh bien, lui répond-on, ça dépend...
— De quoi ? demande le nouveau venu. Du contexte ?
Tout le monde s'écrie alors d'une même voix :
— Admis !


Bref, tout ça pour dire que les traducteurs, qui savent par expérience que (je vous donne le premier exemple qui me vient à l'esprit) le nom "handle" en anglais peut se traduire soit par "manche", soit par "poignée", soit par "anse", selon qu'on parle d'une casserole, d'une valise ou d'une tasse (et par beaucoup, beaucoup d'autres mots encore encore si jamais c'est un verbe), exigent toujours de connaître le contexte avant de proposer une traduction possible. Les phrases qu'il y a autour, le niveau de langage, l'époque où se passe l'action, le lectorat visé, etc.

Cependant, lorsque, pendant environ une heure par jour, les trois mômes se plongent dans un roman, je deviens un dictionnaire franco-français corvéable à merci, et je dois m'interrompre toutes les trois minutes dans ma traduction pour expliquer ce que veut dire "digne", "promotion", "aberrant" ou "petrificus totalus" (non, celui-là n'est pas dans le dictionnaire, mais je connaissais quand même la réponse) (je vous laisse deviner ce qu'ils lisent).

En général, je donne immédiatement deux ou trois synonymes approximatifs, mais parfois, mon vieux travers me reprend :
— Maman, ça veut dire quoi "distordu" ?
— Euh, eh bien, ça dépend si c'est au sens propre ou au sens figuré... Quel est le contexte ?
— Attend, je te lis la phrase : "Tout était distordu".

Moralité : mes enfants ne sont pas encore des graines de traducteurs.

mercredi 20 mai 2020

Questions d'avenir

Le Grand, à 16h15 :
— Maman, je vais jouer à Europa Universalis.
Je suis un peu étonnée, car il joue à ses jeux de stratégie à peu près 12h par jour (au moins) et ne ressent habituellement pas le besoin de m'avertir.
— Ah ? Et alors ?
— En ligne. Avec quelqu'un. Donc je ne serai plus disponible jusqu'à au moins 19h.
— Ah, je comprends. D'accord. Ça veut dire que je peux sortir avec les mômes, alors ?
Là, c'est lui qui est surpris, car il est rare que je m'inquiète de savoir s'il va se sentir seul quand je vais faire courir ses frères et sa soeur.
— Ben, oui, bien sûr, pourquoi ?
— Je ne sais pas, je culpabilisais un peu de ne pas être à la maison à 17h.
Il me dévisage, les yeux ronds :
— Pourquoi ?
— Tu veux dire que tu ne sais pas ce qui se passe ce mardi 19 mai, à 17h ?
— Non.
— Tu ne vois vraiment pas ? Un truc dont tout ton avenir dépend peut-être ?
— Mais de quoi tu parles, maman ?
Je vois qu'il est inutile d'insister :
— C'est l'heure à laquelle on aura les résultats de Parcoursup. Tu sais, pour savoir si oui ou non tu pourras continuer tes études l'année prochaine, et où...
— Ah, oui ! C'est aujourd'hui ?
— Oui. Mais visiblement, si on consulte le site à 19h plutôt qu'à 17h pétantes, tu ne vas pas défaillir d'angoisse ?
— Oh, non, pas du tout.
— Bon, tant mieux, car moi non plus. Alors on sort. Joue bien. A tout à l'heure !

Bilan : il a eu trois réponses fermes positives, dont une qui lui convient (une bi-licence histoire-géographie dans une proche banlieue). Et plusieurs réponses "peut-être", donc trois où il est assez bien placé sur la liste d'attente et qui lui conviendraient encore mieux (toujours des bi-licences histoire-géographie, mais moins loin) (on a eu beau chercher, les tri-licences histoire-géographie-Tolkien n'existaient pas). Nous avions raison de ne pas paniquer !

mardi 19 mai 2020

Toute la famille à vélo - enfin !

Il paraît qu'au bout de deux mois, plein de gens ont eu du mal à redémarrer leur bagnole. Moi, la veille du déconfinement, je suis allée faire l'inventaire de tous mes vélos, et ils sont tous repartis, même ceux qui n'avaient pas servi depuis mon emménagement ici, c'est-à-dire depuis presque deux ans.


(J'ai quand même eu besoin de regonfler les pneus. Mais c'est tout. Je n'ai que des vélos hollandais, avec vitesses dans le moyeu pour ceux à qui cette phrase dit quelque chose : pas de chaîne accessible, pas de dérailleur, donc rien à faire de ce côté-là. Et tous les freins étaient encore fonctionnels. Franchement, c'est pas génial, ça ?)

Dans la foulée, j'ai fait une 547ème tentative d'apprendre au Filou à faire du vélo. Cela fait des années que je m'acharne, par vagues, et on y est "presque" depuis au moins trois ans. Mais entretemps, il a eu une trottinette, et j'ai pensé que ça avait sûrement amélioré son équilibre. J'ai donc mis le gamin sur le vélo de sa sœur (le sien est devenu trop petit, évidemment), je l'ai poussé dans une petite descente... et il est parti. Sans tomber, sans basculer. Le miracle. La deuxième fois, je n'ai pas poussé. Il est parti tout seul. La troisième fois, il a pédalé. Et la quatrième fois, il a démarré sans aide, et freiné au bout. On retiendra donc qu'il a eu une trottinette le jour du confinement, et qu'il a appris à faire du vélo la veille du déconfinement.

Du coup, j'ai fait un tour du quartier avec les Things (d'abord l'un, puis l'autre) qui n'avaient pas pédalé depuis presque deux ans, eux non plus, car depuis mon arrivée ici j'avais eu d'autres chats à fouetter. Les doigts dans le nez. Tous deux extatiques, "J'avais oublié à quel point c'est génial de faire du vélo". Pareil pour le Filou, qui après avoir râlé pendant environ cinq ans à chaque fois que je voulais le mettre sur une selle, est tout à coup tombé amoureux de la bicyclette.

Alors vendredi dernier, on a pris les deux vélos d'enfants, le triporteur pour le troisième môme (chacun son tour) et pour les affaires, et on est allés passer l'après-midi au bois de Vincennes, dans un coin désert, où c'est une vraie forêt, et on a pique-niqué, et on a tendu un hamac entre les arbres, et on a taillé des branches avec les opinels qu'ils ont reçus pour leurs anniversaires, et on a grimpé sur un arbre abattu, et on a joué à cache-cache, et c'était vraiment le meilleur moment depuis deux mois. Même en comptant le retour avec le triporteur dont l'assistance électrique est en panne, dans une rue qui grimpe sec, avec un gamin qui pèse le double de la dernière fois où je l'ai trimbalé dans la caisse (dur, dur).

Voilà, maintenant je n'attends plus que deux choses : trouver un VTC 24 pouces (d'occasion) pour Miss Thing One, et que les camping rouvrent, histoire qu'on puisse partir en famille faire une vraie randonnée à vélo sur deux ou trois jours – quelque chose dont je rêve depuis des années et des années. Vivement !

dimanche 10 mai 2020

Bilan du confinement

Demain, officiellement, c'est la fin du confinement. Ou presque : les enfants ne retournent pas à l'école, je n'ai pas le droit d'aller voir ma mère qui habite à plus de 100 km, les parcs restent fermés, les musées et bibliothèques aussi, les théâtres et restos et cinémas n'en parlons pas, les transports en commun nous sont interdits aux heures de pointe et il est déconseillé d'aller chez des amis ou de les inviter.
Bon, disons qu'à partir de demain, on pourra sortir sans attestation, voilà. Chic.

N'empêche, j'ai pensé que c'était le moment de faire un petit bilan, alors j'ai demandé à mes enfants de me faire la liste de tout ce qui leur avait manqué pendant ces deux mois, et tout ce qu'on avait fait de nouveau.

Ce qui leur a manqué :
- voir papa
- partir en vacances
- sortir seuls sur la dalle
- aller au musée [si, je vous jure, ce n'est même pas moi qui ai soufflé]
- inviter des amis et se faire inviter
- acheter des jouets
- la cour de récréation
- les restaurants [on y va très rarement, mais pour leur anniversaire c'était prévu]
- la classe et les maîtresses
- les parcs
- les cours d'art plastique à l'école
- la femme de ménage

Les nouveautés et les bons côtés :
- on a lu une heure par jour
- on a fait du sport tous ensemble
- on a joué au ballon ou au frisbee sur le palier
- on a fait la connaissance des voisins de palier
- on a skypé avec les grands-parents
- on a regardé plein de films
- on a fait le ménage en famille et on a appris à faire des trucs (ranger la cuisine, étendre le linge, etc.)
- on a fait plein d'activités : reproduction de tableaux célèbres, cache-cache photo, plastique fou, mini-livres, peinture, broderie, pâte à sel, blasons...
- on s'est promené dans le quartier et on a appris à suivre un plan

Conclusion ? Dans l'ensemble, ils n'en garderont pas un mauvais souvenir, donc j'estime que je me suis bien débrouillée.

lundi 6 avril 2020

Getty Museum Challenge

C'est le Getty Museum qui a eu l'idée de lancer un défi aux personnes confinées pour les amuser et les occuper : il s'agit de recréer chez soi, avec les moyens du bord, des tableaux de Maître, de manière plus ou moins fidèle et plus ou moins rigolote.

Par exemple, ça donne ça :









Mais ça peut aussi donner ça :



J'ai trouvé ça génial, donc l'activité du jour (comme nous sommes officiellement en "vacances", j'ai décidé qu'on ferait une activité différente chaque jour à la place des cours) a été de récréer :

L'intérieur avec Harmonium, de Matisse :


Le serment des Horaces, de David :


L'Arabe dévoré par un lion, de Delacroix :



Allez, à vous !
(Attention, ça prend beaucoup de temps, même quand ça n'en a pas l'air !)


samedi 4 avril 2020

Projets post-confinement

Discussion au téléphone avec une amie :

— Moi, dis-je, après le confinement, j'irai faire une grande randonnée dans la nature quelque part. Une grande grande randonnée. Peut-être même sur deux jours, avec une nuit en camping au milieu.
— Moi, dit-elle, j'irai dans un pub et je boirai douze bières.
— ...
— Tu comprends, les petits commerces vont avoir un manque à gagner énorme, il va falloir les soutenir.

J'avoue, c'est une excellente raison.