mardi 23 août 2016

Histoire d'eau

13h30. Juste au moment de passer à table, coupure d'eau. Il fait encore 32°C (à l'ombre). Je m'affole, et me précipite chez la voisine.
— Ah oui, chez moi aussi, me dit-elle. Ça arrive de temps en temps.
— Mais... en général, ça dure longtemps ?
— Oh, non, ne t'inquiète pas. Quatre ou cinq heures... D'ici cette nuit, ça devrait être réparé.
— HEIN ? Cette nuit ?
— Oui, je sais bien que ça va être pénible pour vous, avec les petits... Il y a combien d'enfants chez toi, actuellement ?
— Huit !
— Bah, s'ils ne se lavent pas les mains pendant un après-midi, ils n'en mourront pas...
— Admettons que plus personne ne se lave les mains, même s'ils viennent de jouer avec la terre et qu'ils vont manger de la pastèque ce midi. Admettons qu'on ne tire plus la chasse d'eau, même si à onze, je n'ose pas imaginer l'odeur en fin de journée. Admettons qu'on ne puisse pas prendre de douche ou même se rincer le visage, même si je ruisselle de sueur. Admettons qu'on ne fasse pas la vaisselle, même si on va retrouver tous les chats et toutes les guêpes du voisinage dans notre cuisine. Admettons qu'on ne fasse pas notre deuxième lessive quotidienne, même si le bac à linge sale déborde. Mais là, le problème, c'est que nous n'avons plus rien à BOIRE !

Elle m'a regardée d'un air effaré. Elle n'y avait même pas pensé. Dans ce pays, personne ne boit l'eau du robinet (pourtant tout à fait potable), à tel point que dans les restaurants, les serveurs refusent catégoriquement d'en donner (il m'est même arrivé de me voir offrir dans un café un verre d'eau minérale gratuitement : le patron préférait ça à l'idée de m'empoisonner).

Du coup, nous avons dû nous précipiter dans le premier supermarché venu et acheter des bouteilles d'eau. Et contrairement à ce que nous avions annoncé, l'après-midi, les enfants ont eu l'autorisation de se baigner encore une fois dans la piscine verdâtre (je ne la traite plus depuis quelques jours, avant de déverser l'eau dans la nature). Ils n'ont pas protesté, notez bien...

vendredi 19 août 2016

Ça me fait suer !

Enfin, les températures baissent un peu, du moins la nuit. Je m'en réjouis devant l'épicière :
— C'est mieux quand on n'a pas trop chaud, hein ?
— Oh, la chaleur ne me dérange pas, me dit-elle.
— C'est vrai ? Même quand il fait 36° ? Personnellement, j'en ai marre d'être trempée de sueur à longueur de temps. Je transpire toujours beaucoup...
— Bah, tu verras, ce sera pire à la ménopause !

Me voilà consolée.

jeudi 18 août 2016

Bêtises aquatiques

C'était à la fin d'une journée fatigante. Mr Thing Two avait fait une bêtise de taille : il avait allumé l'eau du jet pour remplir davantage la piscine. Je m'en suis rendu compte quand l'eau était à trois centimètres du bord, bien au-dessus du niveau maximal recommandé. Gâchis monstrueux, et puis cette idée qu'on aurait pu avoir la cave inondée, et surtout, cette constatation, pour la énième fois, que ce gamin fait tout ce qui lui passe par la tête –, pas méchamment, mais par curiosité, pour voir ce qui se passe, ou parce qu'il estime que c'est une bonne idée.
"S'il survit, ce sera un grand scientifique", m'a dit une amie il y a quelques jours.
Encore faut-il qu'il survive. Que se passera-t-il le jour où il aura envie d'allumer un feu au milieu du salon parce qu'il lui semble que c'est le meilleur moyen de se réchauffer ? C'est ce que je lui ai dit, à la fin d'un sermon monumental :
— Mon bonhomme, si tu n'apprends pas à réfléchir avant d'agir, ou mieux encore, à demander l'autorisation, tu va finir par mettre le feu à la maison !
— Mais non, maman, m'a-t-il objecté, raisonnable. J'ai allumé l'eau, et l'eau, ça éteint le feu !

Bref, pendant le dîner, voilà que le Filou disparaît quelques minutes. Quand il revient, son pantalon est trempé.
— Filou ? Pourquoi ton pantalon est-il mouillé ?
— Paske z'avais mal au trou des fesses.
— Pardon ?
L'explication est simple :
Il avait des démangeaisons à l'anus, donc il a pris le verre à dents de la salle de bain,
il l'a rempli d'eau,
et il se l'est déversé sur le derrière.
J'ai cru que mes invités (la famille d'intellos avec quatre enfants qui ont tous appris à lire en moyenne section de maternelle) allaient s'étouffer de rire. Le Filou était un poil vexé de nous voir à ce point hilares. Mais il faut reconnaître que c'était un peu plus drôle que la piscine trop remplie, non ?
(Je vous rassure, j'ai changé le verre à dents depuis).

lundi 15 août 2016

Footing sexy ?

Je profite d'un moment où les gamins sont devant la télé et où quelqu'un peut les surveiller vaguement pour aller courir une heure. Au retour, alors que je suis en train de gravir une colline, langue pendante jusqu'au menton, rouge écarlate, échevelée, trempée de sueur, traînant péniblement mes baskets, une voiture s'arrête à ma hauteur. Un vieux papy passe la tête par la fenêtre de la portière et me demande de but en blanc :
— Vous êtes italienne ?
Prise de court, je bafouille :
— Euh, non, enfin si, enfin plus ou moins...
— Ah.
Sur ce, il referme la vitre et redémarre.

Totalement perplexe, je raconte l'aventure à Darling.
— Oh, c'est bien simple, m'explique-t-il. Il voulait savoir si tu étais une prostituée.

Bon sang. Mais c'est bien sûr. Je ne sais pas si je dois être furieuse ou presque flattée...


Coda : plus tard, je raconte l'histoire à l'un de mes invités, en m'étonnant :
— Mais j'étais rouge vif, et en sueur !
— Oh, tu sais, tous les goûts sont dans la nature. Il y en a qui fantasment sur les sportives, ou même sur les vieilles.
J'ai supposé qu'il ne parlait pas de moi.

samedi 13 août 2016

Une mère à la mer

Nous nous sommes levés à sept heures ;
Nous sommes partis sans même prendre de petit déjeuner ;
Nous avons fait un crochet par la gare pour déposer un ami qui repartait en France ;
Nous avons pris une autoroute horriblement surchargée, vers le sud, en ce premier jour du weekend le plus chargé de l'année ;
Nous avons enchaîné les tunnels et les rétrécissements, entourés d'automobilistes qui roulaient trop vite et ne respectaient pas les distances de sécurité ;
Nous avons pris la mauvaise sortie, et avons dû passer un col tout en haut d'une route tellement étroite que j'avais sans cesse peur de ne plus passer ;
Nous sommes arrivés dans la maison de location de mon amie un peu avant midi, soit après avoir roulé plus de trois heures ;
Nous sommes repartis presque aussitôt pour aller à la plage ;
Nous sommes arrivés à 13h sous un soleil de plomb ;
Nous avons marché longtemps pour trouver quelque chose à manger ;
Nous avons pique-niqué près de la plage ;
Nous avons enfilé tous les maillots de bain, mis de la crème solaire, mis les chapeaux, étalé les serviettes ;
Nous avons joué pendant deux heures avec le sable et les vagues, en vérifiant à chaque instant que tous les enfants étaient encore là ;
Nous avons pris des douches rapides, avons ôté les maillots, avons séché les enfants, avons séché les pleurs, avons rassemblé les affaires, avons rempli les gourdes ;
Nous avons erré longuement dans les rues de la ville à la recherche d'un marchand de glaces, alors que normalement on en trouve à chaque coin de rue ;
Nous avons fini par prendre un goûter dans un bar et sommes retournés vers la voiture ;
Nous avons pris la route du retour ;
Nous avons fait une halte au supermarché pour acheter de quoi nous nourrir ce soir ;
Nous sommes arrivés dans la maison de location ;
Nous avons fait tous les lits ;
Nous avons pris et donné des douches ;
Nous avons préparé le dîner ;
Nous avons mangé ;
Nous avons lavé des dents et raconté un livre ;
Nous avons fait la vaisselle ;
Nous nous sommes préparés à aller nous coucher.

J'avoue, je suis légèrement fatiguée.
Mais j'ai fait mon devoir maternel : cet été, mes enfants seront allés à la mer !

(Demain, on repart dans l'autre sens. Fin de la dernière excursion sur deux jours. Je vais avoir besoin d'une semaine pour m'en remettre...)

jeudi 11 août 2016

Le coup de la panne (troisième partie)



(Suite et fin de cette aventure épique)

Le lendemain matin de la soirée passée au téléphone, à 8h tapantes, heure à laquelle ouvrait l’agence principale de la ville, j’ai téléphoné à cette dernière. Refrain habituel : désolé, on a rien, ni voiture 5 places aujourd’hui, ni possibilité d’avoir une voiture 7 places d’ici lundi. Mais le ton était déjà nettement plus amical. Et on m’a donné le VRAI numéro de l’agence de l’aéroport. Là-bas, on m’a confirmé qu’on m’avait réservé un véhicule, qu’on essaierait de m’en trouver un plus grand d’ici lundi, et que je pouvais venir tout de suite. J’ai appelé un taxi XL, j’y ai embarqué les rehausseurs, les enfants, et les bricoles venues d’IKEA, et nous sommes allés à l’aéroport.

Quand je suis arrivée devant le comptoir Avis et que je me suis présentée, le monsieur m’a ouvert le bras et m’a serré la main avec les deux siennes en souriant jusqu’aux oreilles.
— Quel plaisir de faire votre connaissance ! À une femme comme vous, on voudrait qu’il n’arrive que des bonheurs !
J’ai supposé qu’il essayait de compenser la mauvaise impression laissée par ses 57 collègues de la veille, mais j’ai trouvé qu’il en faisait un peu beaucoup. Puis il m’a fait signe d’attendre, il est sorti une seconde, et il est revenu en me tendant une bague sertie de diamants.
Il me demandait en mariage, maintenant ?
Alors là, ça allait un peu trop loin.
J’ai balbutié :
— Heu… Je ne comprends pas…
Lui, soudain dégrisé :
— Ce n’est pas vous qui avez perdu cette bague ?
— Ah non, moi j’ai perdu ma voiture, j’en voudrais une autre.
Son collègue, que j’avais eu au bout du fil une heure plus tôt, a repris l’affaire en main, et après installation des rehausseurs etc., nous avons pu repartir à bord d’une voiture qui roulait ! Qui roulait vraiment ! Sans biper, sans puer le diésel, sans clignoter en orange ! Et à midi, nous étions rentrés ! Moins de 24h après le moment de retour prévu ! J’ai même pu me laver les dents et changer de slip et de t-shirt ! On sous-estime le bonheur des petites choses.

Ne restait plus qu’à récupérer une 7 places, puisque j’avais un ami qui arrivait lundi.
— On vous téléphonera lundi matin pour vous dire si le véhicule vous attend à l’agence en centre ville ou ici, m’avait promis le monsieur de l’aéroport. Peut-être que ce sera votre propre véhicule qui aura été réparé. On vous appelle. Entre 10h et 10h30, lundi matin. Sans faute.
— Juré, hein ? J’en ai absolument besoin lundi soir.
— Oui oui, c’est bien noté. Sans faute !

Lundi matin, rien.
Lundi après-midi, rien.
Lundi à 16h, j’appelle.
— Ah oui ! Euh, attendez, on va se renseigner.
Conversation téléphonique parallèle, puis le monsieur me reprend :
— Alors, votre voiture est morte, donc on va vous mettre une autre à disposition. Une Opel, avec une immatriculation française. Elle sera prête demain.
— Demain ? Mais j’avais dit que j’avais un ami qui arrivait aujourd’hui !
— Ah ? Désolé.
Je fulmine. Heureusement, j’ai d’autres invités qui pourront aller chercher mon ami. Je ne prends même plus la peine de m’énerver. Je me contente juste de demander :
— Je peux ramener celle-ci sans faire le plein, au moins ? J’aurais fait un aller-retour de 150 km pour venir la récupérer, puisque vous ne pouvez pas me l’apporter dans une agence plus proche de ma maison de vacances.
— Ah si, il faut faire le plein ! Vous négocierez ensuite avec le service client pour vous faire rembourser.
Bien sûr.
— Elle est en centre ville, au moins ?
— Ah non, à l’aéroport.
Évidemment. Paf, 80 km de plus.
— Bon. Vous ouvrez à quelle heure demain matin ?
— À 8h. Mais la voiture ne sera prête qu’à 14h.
En plein milieu de la journée. Naturellement.

Mardi, donc, nous reprenons la route. Nous nous promenons en ville le matin, puis je remise mes gamins chez mon amie si gentille, et je file à l’aéroport (trois quarts d’heure, quand même). Je me présente enfin au guichet vers 16h :
— Bonjour, je viens échanger ma voiture.
— Pardon ?
— Mais oui, vous savez bien, je vous ai déjà vu vendredi dernier, et j’ai téléphoné hier. On m’a préparé une Opel 7 places avec immatriculation française.
— Ah ! Mais, heu, on vous a dit qu’elle serait prête ?
— Ah oui ! Elle aurait même dû l’être hier.
— Attendez, je vais vérifier…

Est-ce que cela étonnera quiconque si je vous dis que l’Opel n’était pas là ?
Heureusement, on m’en a trouvé une autre, également à 7 places. Et on m’a dit que je pouvais rentrer en France avec. Ma dernière discussion a concerné le GPS :
— Il n’y a pas le GPS, dans celle-ci.
— Non, en effet.
— Il y était dans la Nissan.
— Et alors ?
— Et alors j’ai un GPS amovible à la maison, mais je ne l’ai pas emporté parce qu’il y en avait un dans la voiture. Or, il n’y en a plus. Pouvez-vous donc me prêter un GPS ?
— Ah non, je suis désolé, ce n’est pas inclus dans le prix.
— Mais il était dans la voiture que j’ai louée à l’origine !
— Je sais, mais que voulez-vous, il arrive que les voitures tombent en panne, ce n’est pas notre faute.
Du coup, je me suis perdue en revenant de l’aéroport.

Donc, résumons :
- Deux journées entièrement consacrées à résoudre cette affaire ;
- Une nuit hors de chez moi avec mes enfants, sans aucun bagage ;
- Au moins cinq ou six heures de communication téléphonique à partir d’un téléphone portable français (je n’ose imaginer la facture) ;
- Le péage pour l’aller-retour supplémentaire jusqu’à la ville, puis jusqu’à l’aéroport, deux fois ;
- Le carburant pour ces trajets en plus, sans compter celui qui s’est écoulé lentement puis de plus en plus vite dans les rues de la ville ;
- Un trajet en taxi ;
- Un GPS en moins ;
- Pas une seule fois un seul mot d’excuse, pas une seule proposition d’hôtel ou de taxi (celui que j’ai pris, c’est de ma propre initiative), pas un seul geste commercial, rien.

Moi je dis, avec l'énorme compensation que va me verser Avis pour me faire oublier le préjudice moral et économique subi, je vais pouvoir me payer à mon tour une bague sertie de diamants. Non ?

lundi 8 août 2016

Le coup de la panne (deuxième partie)



(Suite du billet précédent)

(Je jure que je n’ai rien exagéré ; j’ai même largement coupé les redites, certains appels inaboutis, etc. En réalité, j’ai dû passer en tout cinq heures au téléphone dans la journée. Heureusement que l'amie chez qui j'étais avait un chargeur compatible avec mon portable.)

Donc, il est 18h20, ma voiture a été embarquée par la dépanneuse, et j’attends qu’Avis ou Europe Assistance me trouve un véhicule de remplacement. On m’a promis de me rappeler. Ce qu’on a fait, juste au moment où j’étais avec le dépanneur : je n’ai pas pu répondre. Je rappelle, et tombe sur une voix enregistrée :
— Vous ne pouvez pas appeler ce numéro.
Je téléphone encore une fois à Avis Assistance en France.
— Désolé, on a transféré le dossier à Avis Assistance Italie.
Je téléphone à Avis Assistance Italie.
— Si vous avez un problème technique avec votre véhicule, tapez un. Si vous désirez changer de véhicule pour toute autre raison, tapez deux.
Je tape un.
La ligne est coupée.
Je réessaie.
Idem.
Je recommence, et je tape deux.
— Nos bureaux sont ouverts du lundi au vendredi de 8h à 18h. Veuillez rappeler ultérieurement.
Je rappelle Europe Assistance.
— Désolée, mais Europe Assistance peut seulement vous envoyer une dépanneuse, pas vous trouver un autre véhicule : c’est du ressort d’Avis. Essayez la centrale réservation. Je vais quand même chercher de mon côté, et je vous rappellerai.
J’appelle la centrale réservation d’Avis.
— Désolé, nous n’avons pas de véhicule à sept places disponible dans votre région actuellement.
— Bon, alors donnez-moi une voiture normale jusqu’à lundi : pour l’instant nous sommes cinq.
— Rien de disponible, désolé.
— Comment ça, rien de disponible ? Mais alors je fais quoi ? Je suis coincée loin de chez moi avec mes quatre enfants, et…
— Pas la peine de vous énerver, madame ! Si je vous dis qu’il n’y a pas de véhicule disponible, c’est comme ça, je ne peux pas en inventer un !
— Mais… qu’est-ce que je suis censée faire ?
— Ce n’est pas mon problème : c’est une centrale de réservation, ici. Au rev…
— Attendez ! Il doit bien y avoir un service client, chez Avis, non ? Donnez-moi le numéro.
— 011 213…
Et après m’avoir dicté le numéro d’une voix exaspérée, il raccroche sans ajouter un mot, très agacé par mon incapacité à me tirer d’affaire toute seule.
J’appelle le service client.
— Nos bureaux sont ouverts du lundi au vendredi de 9h à 18h. Veuillez rappeler ultérieurement.
Je rappelle Europe Assistance.
— Ah oui, alors en fait nous ne vous avons pas rappelée parce que comme nous n’avons pas votre numéro de contrat de location, Avis nous a dit qu’on ne pouvait rien faire.
— Hein ? Mais vous plaisantez ? Jusqu’ici, mon nom et le numéro d’immatriculation du véhicule suffisaient, en tous cas ça a suffi pour enlever la voiture, mais pas pour m’en trouver une autre ?
— Désolée.
Je n’ai pas le contrat de location sur moi. Je rappelle Avis Assistance France.
— Désolé, mais en fait nous ne sommes pas vraiment Avis mais une société de sous-traitance, donc nous n’avons pas accès à la base de données d’Avis. Mais je vais vous donner le numéro de téléphone d’une agence encore ouverte, à l’aéroport, ils pourront vous donner votre numéro de contrat.
J’appelle l’agence Avis de l’aéroport de Roissy.
— Tous nos correspondants sont occupés. Veuillez rappeler ultérieurement.
J’appelle l’aéroport d’Orly.
— Attendez une minute, madame.
Pendant un quart d’heure, j’entends l’homme qui m’a répondu débiter des explications à un client dans un anglais exécrable, mais il finit par reprendre le téléphone et par me donner le numéro du contrat.
À ce stade, il est 21h. Les enfants sont en train de manger une pizza.
Je rappelle Europe Assistance en Italie.
— Alors, à cette heure-ci il n’y a plus que des agences dans des aéroports qui soient ouverts, mais je vais me renseigner. Je vous rappelle.
(Interruption. Je colle mes gamins devant Shrek, retrouvé providentiellement sur une clef USB qui traînait dans mon sac – non, ce n’est pas du piratage, j’ai le DVD à la maison – et je mange à mon tour.)
A 21h55, on me rappelle.
— J’ai trouvé un véhicule disponible à l’aéroport le plus proche.  Mais c’est une voiture à cinq places seulement. Il faudra que vous vous arrangiez avec eux pour avoir un véhicule plus grand ultérieurement.
— Dans l’état de désespoir où je suis, je suis prête à tout accepter. On va me l’apporter ?
— Ah non, bien sûr que non, il faut que vous alliez la chercher.
— A l’aéroport ? A trente kilomètres d’ici ? Avec quatre enfants ? A dix heures du soir ?
— Ah oui, désolée.
— On me remboursera le taxi, au moins ? Ou plutôt les deux taxis, puisque nous sommes cinq ?
— Je ne sais pas. Peut-être. Je vais vous donner le numéro de l’agence Avis pour que vous vérifiiez avec eux les modalités de retrait du véhicule. 011 545…
Je téléphone à l’agence de l’aéroport.
— Tous nos opérateurs sont occupés. Veuillez cependant rester en ligne pour ne pas perdre votre priorité. Tous nos opérateurs sont occupés. Veuillez cependant rester…
Cela dure dix minutes, puis ça coupe.
Je réessaie.
Même jeu.
Je recommence.
Idem.

C’est à ce moment-là que j’ai laissé tomber. J’ai compris que je n’arriverais pas à rentrer dormir chez moi. Mon amie nous a préparé au débotté cinq couchages. J’ai enfin pris une douche et j’ai remis avec une grimace mes vêtements imprégnés de sueur, puisque je n’avais aucune tenue de rechange. Nous avons dormi en sous-vêtements, sans nous laver les dents. La nuit se serait bien passée, si je n’avais eu des insomnies à cause de mon énervement, et si Miss Thing One, qui partageait mon lit, ne m’avait réveillée alors que je me rendormais enfin à six heures du matin :
— Maman, un mouchoir, vite ! J’ai le nez qui coule !
— Hein, quoi ?
— Ah non, c’est du sang !
Ma sœur aussi saignait parfois du nez la nuit quand il faisait chaud, donc je ne me suis pas affolée, et la gamine non plus. Mais je défie quiconque de se rendormir après avoir couru jusqu’à la salle de bain en laissant une traînée rouge derrière soi, lavé la fillette qui en avait jusqu’aux pieds, lavé le sol de la salle de bain et du couloir, enfoncé du papier toilette dans une narine plusieurs fois de suite jusqu’à ce qu’il en ressorte blanc, etc.
Bref, tant bien que mal, la nuit a passé, et le moment de repartir au combat a sonné…

(Suite et fin – j'espère – au prochain numéro)