vendredi 9 décembre 2016

Carrément

Je reçois un contrat longtemps attendu. Avant de le signer, je vérifie les informations principales, à savoir le titre, la date de remise et la rémunération. Et là, je poussa une exclamation. Le Grand s'inquiète :
— Qu'est-ce qui t'arrive ?
— Non, non, rien de grave, enfin, j'espère... Ils se sont trompés, ils ont indiqué une somme forfaitaire de 1500 euros.
— Alors que ça devrait être combien, normalement ?
— Eh bien, il est assez long, ce roman, donc voyons... nombre de signes approximatif... Prix aux 1000 signes... Environ 6000 euros en tout.
— Ah ouais, carrément !
Et puis il se met à rire comme une baleine. Je hausse les sourcils, surprise. Et de sa grosse voix d'homme, ce grand gamin m'explique :
— Ils te doivent 6000 euros, et ils te font un contrat à 1500 euros, alors c'est le quart ! Quart-ément ! Arf arf arf ! Tu as compris ?
Et il a recommencé à s'esclaffer.

Je ne m'en suis toujours pas remise.


PS : L'éditeur s'est platement excusé, c'était bien une erreur.

jeudi 8 décembre 2016

Le Grand et les vêtements

— Euh... mon Grand... tu ne vas pas aller en cours comme ça, tout de même ?
— Ben si, pourquoi ?
— Parce que tu as un pantalon avec un trou si grand que ton genou est complètement à l'air, un t-shirt déchiqueté aux manches et au col depuis que tu l'as grignoté, un pull cintré de femme que tu as enfilé à l'envers, des chaussettes dont le talon t'arrive au milieu de la plante de pied, des bottes militaires râpées ayant appartenu à ton grand-père, et un manteau beaucoup trop petit ?
— Ah, c'est vrai, je vais remettre le pull à l'endroit.
— Mais... et le reste ?
— Oh, on ne voit pas le t-shirt ni les chaussettes, de toute façon. Et j'ai déjà mis plein de fois les autres trucs : personne ne s'est moqué de moi.

Ils sont sympas, dans son collège, dites donc.

mardi 6 décembre 2016

Cagoule de rembourrage

Sortie de maternelle. Le Filou court vers moi. Tête nue. Oh non, dites-moi qu'il n'a pas égaré sa cagoule. Les Things ont déjà perdu trois gants, un bonnet et deux tour-de-cou en deux semaines, et je commence à perdre patience !
— Bonjour Filou ! Tu as oublié ta cagoule, on dirait ?
Il éclate de rire et la sort de sa manche, comme un prestidigitateur.
— Ze l'avais cassée !
— Cassée ? Ah, cachée ! Tu m'as fait une farce ?
— Oui, c'était une blague pour rigoler ! Et pis c'est bien, dans la mansse, paske côme ça, on dirait que z'ai des gros mus... mulses... mustles.

Voilà, maintenant j'envisage de lui offrir un t-shirt rembourré pour Noël.

lundi 5 décembre 2016

Tournée avec un auteur (2)

La tournée s'est terminée hier soir, mais je n'ai pas eu une seconde pour en faire le récit, et j'ai entamé sans transition une nouvelle semaine de folie. Quelques morceaux choisis, tout de même ?

- Il y a eu le moment où je suis arrivée dans l'hôtel avec l'auteur, et où le réceptionniste nous a demandé "Préférez-vous une chambre avec un grand lit, ou deux lits séparés ?" (Euh, euh, euh...)

- Le moment où je m'apprêtais à quitter cet hôtel de luxe, à 5h45 du matin, et où on m'a aimablement signalé que l'éditeur avait dû oublier la prise en charge et qu'il fallait donc que je paye les deux chambres ;

- Le moment où l'auteur a piqué une crise en découvrant que nous allions voler à bord d'un avion low-cost, donc sans classe affaire, parce qu'il est claustrophobe et qu'il ne supporte pas d'avoir un autre siège à quelques centimètres de son visage ("Tu ne le savais pas ? s'est-il étonné. Mais alors, tu croyais que si j'exigeais toujours la première classe, c'était parce que j'étais snob ?" "Eh bien... oui.") (Miraculeusement, il restait deux places au tout premier rang, donc nous avons tout de même pu partir, moyennant supplément)

- Le moment où la libraire de la troisième ville nous a annoncé qu'elle nous avait réservé deux chambres dans un hôtel "sympa", mais avec seulement deux étoiles (bref, un hôtel sans bouilloires et sans salle de fitness et sans meubles design et sans chambres plus grandes que tout mon rez-de-chaussée), et où l'auteur m'a expliqué après qu'il détestait "ces petits hôtels miteux" parce que "ça lui rappelait l'époque où il était pauvre" ("Ah, tu vois bien que tu es snob !", ai-je triomphé)

- Le moment où il a refusé d'aller dans une brasserie parce que "la cuisine française, c'est toujours la même chose", et où il a choisi à la place de dîner dans une... pizzeria (si, si) (et encore, c'est parce que j'avais refusé tout net le mac-do)

- Le moment où je n'ai RIEN compris à une plaisanterie lancée par l'auteur devant un public de trois cent personnes et où je me suis retrouvée avec mon micro à la main, à devoir lui faire répéter TROIS fois ce qu'il venait de dire avant de pouvoir traduire (un grand moment de solitude ; j'en rougis encore) (c'est la première fois que ça m'arrive avec une phrase entière) ;

- Le moment où nous sommes arrivés à la gare juste avant qu'il reparte, et où nous avons trouvé une queue de cinquante mètres devant les portiques de sécurité, car les policiers n'avaient ouvert qu'un seul guichet (il a tout de même réussi à attraper son train car nous avions plus de trois quarts d'heure d'avance, mais il paraît que plein de gens l'ont raté).

A part ça, j'ai aussi fait deux promenades trop courtes mais très agréables, en journée à Bruxelles et en soirée à Besançon, dans deux villes que je ne connaissais pas du tout. J'ai adoré les fresques de l'une et les rues piétonnes de l'autre.

Quelques cartes postales ?
Ici, c'est Bruxelles :

Je ne vais pas vous mettre toutes les fresques photographiées,
mais c'est chouette, non ?

Je n'avais jamais vu le Manneken Pis.
Eh bien, pour cette fois, c'est raté...


La plus petite maison
de Bruxelles.

En tous cas, c'est elle qui le dit !
Et Besançon (avec des photos toujours ratées, car mon appareil est nul pour les photos nocturnes) :

J'ai adoré les illuminations de Noël (même si ce serait mieux sans pub)

Il y en avait partout !

Et sans voiture, c'est tout de même plus sympa, hein ?


En plus de ces belles promenades, j'ai aussi rencontré des gens charmants, dormi dans un hôtel de luxe (et un "de pauvres", donc), et mangé dans plus de restos que je n'en fréquente habituellement en un ans. Mais je vous avouerai que je ne suis pas fâchée d'être de retour chez moi !


vendredi 2 décembre 2016

Frustrant

A votre avis, compte-tenu du titre de mon blog, qu'est-ce qui m'a le plus désolée aujourd'hui :
- Passer par trois charmantes villes très cyclables, avec quartiers plus ou moins piétons et vélos en libre-service, et ne pas avoir le temps de pédaler dans les jolies rues ;
- Passer par deux magnifiques librairies de plusieurs centaines de mètres carrés chacune, et ne pas avoir une minute pour flâner dans les rayons ;
- Passer le même jour par la Belgique et la Suisse, et ne pas avoir une seconde pour acheter du chocolat ?

jeudi 1 décembre 2016

Tournée avec un auteur (1)

Tournée promotionnelle avec un auteur. Aujourd'hui, Bruxelles. Arrivée deux heures avant lui, deux heures pour me balader au pas de course, juste assez pour me donner envie de revenir, puis enchaînement interviews et dédicaces. Demain, programme de folie. Trois pays dans la même journée, après un lever à 5h du matin.
— Trois jours sans vos enfants, ça va vous faire des vacances, non? m'avait dit l'attaché de presse...
(Heureusement, je suis assez bien payée) (Mais je voudrais dormiiiiir) (D'ailleurs, j'y vais)

mercredi 30 novembre 2016

Problème de maths

— Maman, je n'arrive pas à faire mon exercice de maths... soupire le Grand.
Je regarde. C'est un problème classique d'un frère qui a le double de l'âge de l'autre. Je lui dis que c'est simple.
— J'ai trouvé le résultat tout de suite, en calculant dans ma tête ! proteste-t-il. Mais il faut expliquer comment on a fait...

On l'a déjà vu cet été, mais on reprend. Je lui explique comment poser l'équation. En fait, il avait compris, mais n'était pas très sûr de lui. On la résout ensemble.

— Tu peux m'aider aussi à faire le deuxième exercice ? supplie-t-il.
— Si tu veux. Alors, mon père a 23 ans de plus que moi, et dans 15 ans, il aura trois fois mon âge... Qu'est-ce que tu choisis comme x ?
— L'âge de celui qui pose la question ?
— Très bien. Alors, dans quinze ans, il aura x + 15, et le père, lui, aura x + 15 + 23, qui vaut donc le triple de x + 15, on développe, on résout, et on trouve que le gamin a... -3,5 ans.

Le Grand s'esclaffe. Je suis vexée. Normalement, les équations, je sais faire, pourtant !

— Bon, essayons autre chose, et prenons comme inconnue l'âge qu'il aura dans 15 ans. Alors, x égal... gnagnagna...
— Il doit être vraiment petit, l'enfant, commente le Grand pendant que je calcule. Ce doit être un bébé surdoué ! Parce que même s'il a 4 ans, par exemple, ça ne marche pas : quand il aura 19 ans, le moment où son père a eu trois fois son âge sera déjà passé.
— ... et donc, x vaut 11,5, qui est donc l'âge qu'il aura dans 15 ans, ce qui signifie qu'aujourd'hui, ce n'est pas un bébé surdoué, ce n'est même pas un fœtus, c'est un spermatozoïde et un ovule qui vont se rencontrer dans environ deux ans et neuf mois, ce qui fait que l'enfant naîtra dans 3 ans et demi.

Voilà, voilà. J'ai bien envie de demander au prof de maths de calculer à quelle date je dois rendre ma prochaine traduction pour que l'éditeur puisse la faire corriger et mettre en page avant Noël, sachant qu'il lui faut un mois...

(N'empêche que je suis toute fière : je ne m'étais pas trompée)