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dimanche 3 janvier 2021

L'implicite dans Les petites poules


 

Par hasard, j'évoque la série des Petites poules, ces albums très drôles de Jolibois et Heinrich pour les 5 ans et plus. Le Filou demande à les revoir. Je lui retrouve quelques volumes, qu'il lit, puis qu'il refile à son frère, alléché par les rires de son cadet. Je passe devant la chambre au moment où Mr Thing Two est en train de lire le premier, La petite poule qui voulait voir la mer, qui raconte l'histoire de Carméla, une poule blanche qui (attention, spoiler) traverse l'océan, en revient avec un amoureux au plumage rouge, et a par conséquent un petit poussin tout rose. Par la porte entrouverte, j'entends Mr Thing Two dire au Filou :

— Tu avais raison ! Ils font du sexe !

...

...

...

Bon, disons qu'au moins, ils ont bien compris comment on faisait les bébés.

lundi 7 décembre 2015

Bartleby le scribe



C'est un magnifique album paru en 2013 aux éditions Sarbacane, et qui reprend le texte intégral de Bartleby le scribe, célèbre nouvelle de Melville, avec de superbes illustrations, en très grand format, de Stéphane Poulin. Bartleby, je le connais depuis que Daniel Pennac en a parlé dans l'un de ses romans, Des Chrétiens et des Maures. Sa description (« Qui a lu cette longue nouvelle sait de quelle terreur peut se charger le mode conditionnel ») avait éveillé ma curiosité. Bartleby, c’est donc ce copiste qui, lors d’une demande de son patron, répond « I would prefer not to » : je préférerais ne pas le faire. Et lors de sa relecture de la nouvelle, le narrateur de Des Chrétiens et des Maures, l’aîné des Malaussène, nous dit même :

Suivait une note sur la traduction la plus adéquate de l’expression utilisée par Bartleby : I would prefer not to. Fallait - il écrire, comme la traductrice l’avait fait dans une précédente édition : « Je préférerais n’en rien faire », ou moderniser l’expression en optant pour ce « J’aimerais mieux pas », moins poli mais plus ferme ? La difficulté résidait dans ce not to final, particularité anglaise intraduisible chez nous. Or, toute la détermination de Bartleby vient de cette opposition entre l’apparente politesse du conditionnel I would prefer et le tranchant de ce not to.

Quand j’ai vu l’album au Salon du Livre, j’ai donc regardé, par curiosité, pour quelle formule le traducteur* avait opté. Et je suis tombée sur…
Je préférerais ne pas.
Si, si.
C’est une formule que vous utilisez tous les jours, non ? « Tu peux me passer le sel ? » « Je préférerais ne pas, c’est déjà bien assez salé comme ça ».

Il est très beau, cet album. Vraiment très beau. Pourtant, je vous jure que je ne l’achèterai pas.

* Normalement, je cite toujours le nom du traducteur, bien sûr. Cette fois, je m’abstiens, pour des raisons évidentes, mais aussi parce que je ne suis absolument pas certaine que ce soit le traducteur qui soit l'auteur de cette phrase ahurissante (et répétée à maintes reprises : ce n’est pas une faute de frappe). N’importe quel éditeur se piquant de comprendre l’anglais, n’importe quel correcteur trop zélé a pu décider qu’ici, le mot-à-mot s'imposait. N’empêche que je me demande comment ça a pu être validé, et s’il y a eu des protestations, ou si personne n’a osé piper mot…

mardi 23 décembre 2014

Albums de Noël : comment devient-on le Père Noël ?

Juste avant qu'il ne soit trop tard, je veux vous présenter quelques albums de ma collection qui répondent tous à la même question : quelle est l'histoire de ce bonhomme qui distribue des cadeaux le jour de Noël ? D'où vient-il ? Pourquoi fait-il cela ?

Quand je serai grand, je serai le Père Noël, de Grégoire Solotareff (L'école des Loisirs, 1988) est un grand classique. Le jeune Noël, un petit garçon toujours vêtu de rouge, fait la rencontre de trois nains fabricants de jouets qui ont besoin d'aide pour les distribuer dans le monde entier... Aucune révélation fracassante dans ce récit, et pas autant d'humour que dans le Dictionnaire du Père Noël du même auteur, mais une histoire charmante, même si elle laisse pas mal de questions sans réponses.

Monsieur Noël, de Jean-Charles Sarrazin et Pascal Teulade (L'école des Loisirs, 2003), est nettement plus original, à tel point qu'on pourrait presque ne pas deviner tout de suite la direction que prend le récit. Pupuce et son papa bricoleur vivent heureux dans une cabane fait de bric et de broc, mais les voisins n'aiment pas ce taudis. Ils demandent alors aux oiseaux de les emmener ailleurs, et atterrissent au Pôle Nord... Aucune magie dans cette histoire (même le vol des rennes est expliqué). Amusant.

Un, deux, trois Saint Nicolas, de Peter Grosz et Giuliano Lunelli, traduit par Géraldine Elschner (Nord-Sud, 1998) a la particularité de nous présenter non pas un mais trois vieux bonshommes rouges qui distribuent des cadeaux (nommés ici Saint Nicolas, selon la tradition germanique, mais il s'agit bien du même personnage). Conte étrange et poétique où un brodeur de mots, un courbeur de bois et un lisseur de pierres se rencontrent, vivent ensemble, et finissent par distribuer le fruit de leur labeur... De très belles illustrations, et une sorte de post-scriptum sans mots que j'aime beaucoup dans la dernière page de garde. Une réussite, comme presque tous les albums Nord-Sud sur le thème de Noël.

L'histoire secrète du Père Noël, de Vincent Cuvellier et Sébastien Mourrain (Milan, 2005) est ouvertement inspiré des Misérables de Victor Hugo : un voleur évadé, condamné à dix ans de prison pour avoir volé un morceau de pain, est accueilli par un curé, le père Mirabelle ; mais pour tout remerciement, le voleur lui dérobe une bague... et c'est cette bague qui fera basculer l'histoire dans une nouvelle dimension en tombant dans une cheminée. Une sorte de fable, assez sombre (du moins au début), mais qui m'émeut toujours.

Enfin, il y a Le nouveau, de Didier Levy et Matthieu Roussel (Sarbacane, 2004), dont j'ai déjà parlé ici ; peut-être un de mes préféré sur ce thème.






vendredi 19 décembre 2014

Albums de Noëls : hors catégorie

Les années précédentes, au cours du mois de décembre, je vous avais présenté plusieurs albums sur le thème de Noël : je les collectionne depuis des années. Je voulais en faire autant en 2014, mais je n'ai pas eu le temps / le courage / l'envie... Alors hop, avant qu'il ne soit vraiment trop tard, je vous en montre au moins quelques-uns. Vous trouverez les autres sous la rubrique littérature de jeunesse : albums, dans la colonne de droite. Et je vais commencer par les deux que j'ai achetés cette année, qui sont tous les deux plus ou moins "hors catégorie", car ils n'effleurent que de loin le thème de Noël :


20 bonnes raisons de croire au Père Noël, de Michaël Escoffier et Romain Guyard, Editions Frimousse, 2010. Pourquoi faut-il croire au Père Noël ? Parce que s’il n’existait pas, les rennes n’auraient pas de travail. Sil les rennes n’avaient pas de travail, ils passeraient leurs journées au café. Si les cafés étaient remplis de rennes, les chasseurs s’ennuieraient. Si les chasseurs s’ennuyaient, ils passeraient leur temps à courir après des lapins. Si les lapins étaient persécutés, ils creuseraient plein de trous pour se cacher… Et ainsi de suite, en une chaîne d’événements totalement burlesques et absurdes qui passe par l’extinction du soleil, l’invention des aspirateurs à cauchemars, et une maîtresse qui mange des limaces, pour finalement retomber sur ses pattes (bancales)... Chaque phrase est illustrée par un grand dessin qui s’étale sur une double page. Un album qui amusera peut-être encore plus les grands que les petits.



L'étrange réveillon, de Bertrand Santini et Lionel Richeran, Grasset jeunesse, 2012.  En voilà un qui est vraiment très, très étrange : le titre n'est pas usurpé ! Très sombre, et même franchement macabre, il nous présente un petit garçon de sept ans orphelin de ses deux parents qui organise un réveillon avec des cadavres venus du cimetière voisin, dans l'espoir de les interroger sur le mystère de la mort... Les cadavres se réveilleront-ils ? Et les parents de l'enfant daigneront-ils se montrer ? Un livre un peu triste, qui rappelle vaguement L'étrange Noël de Mr Jack, en moins humoristique et plus touchant.


mardi 8 juillet 2014

Menu fille ou menu garçon ?

Thierry Lenain, Menu fille ou menu garçon ?, illustré par Catherine Proteaux, Nathan, 1996

Je sais, je ne suis pas sympa de vous parler régulièrement d'albums ou de romans introuvables. Mais moi, celui-là, je l'ai trouvé ! D'occasion, bien sûr, puisqu'il est épuisé. Cela faisait quelque temps que je le cherchais, et j'avais vraiment envie de pouvoir l'offrir aux Things...

De quoi s'agit-il ? D'un enfant (le narrateur, dont on ne connaît pas le sexe au début) qui va avec son père au Hit-burger. Or, quand le père demande un menu enfant à la caissière, celle-ci offre au gamin une fusée. Le père s'insurge : pourquoi une fusée ? Oups, fait la serveuse, je croyais que c'était un garçon ! Et elle remplace la fusée par une poupée. Le père s'insurge à nouveau : pourquoi une poupée ? Ben, s'étonne la serveuse, vous m'avez dit que c'était une fille ! Certes, mais c'est une fille qui préfère les fusées. Mais alors, s'énerve la caissière, pourquoi avoir protesté quand je lui ai donné une fusée, tout à l'heure ? Et le père de hurler : "Tout à l'heure, vous avez mis une fusée parce que vous pensiez que ma fille était un garçon ! Et moi, je veux que vous lui donniez une fusée parce que ma fille est une fille qui préfère les fusées !"
Finalement, la serveuse, totalement décontenancée, mettra les deux jouets dans la boîte, à la grande joie de la narratrice qui se promet d'échanger la poupée contre des billes à l'école, et la gamine ravie et le père boudeur iront manger leur hamburger dehors, sur un banc...

J'adore ce livre, j'adore les illustrations très rigolotes, j'adore le personnage du père féministe et râleur, j'adore surtout le fait que le roman ait été écrit par un homme, le même qui est l'auteur du formidable Mademoiselle Zazie a-t-elle un zizi, autre grand manifeste féministe pour les 5-7 ans. Bien sûr, on pourrait m'objecter que comme toujours, c'est l'histoire d'une fille qui a des goûts de garçon, ce qui est en fin de compte relativement toléré, et non celle d'un garçon qui a des goûts de fille, ce qui est nettement moins bien vu (preuve que les filles valent moins que les garçons, et donc qu'en échangeant les rôles, les unes s'élèvent alors que les autres se rabaissent ; et preuve aussi que l'homophobie reste latente dans notre société). Mais qu'importe : l'histoire est plus réaliste ainsi, elle reste percutante (et même plus que jamais en cette époque d'hystérie "anti-genre"), et comme elle est aussi très drôle, je ne bouderai pas mon plaisir !

PS : en m'écoutant raconter ce livre aux enfants, le mari de ma mère m'a demandé : "C'est toi qui l'a écrit ?" Et sur ma réponse négative, il s'est étonné : "On dirait pourtant tout à fait toi !". J'ai bien ri...

jeudi 19 juin 2014

Armeline Fourchedrue

Voici le cadeau que j'ai offert au Grand pour son anniversaire :


Pour ceux, et j'espère qu'ils ne sont pas nombreux, qui  ne la connaissent pas, l'illustration représente donc Armeline Fourchedrue, une héroïne inventée par Quentin Blake. Une sacré bonne femme absolument hilarante avec ses petites lunettes et son caractère bien trempé, qui trouve qu'il manque toujours quelque chose pour que son vélo soit parfait : "Ce qu'il faudrait à cette bicyclette, se dit Armeline Fourchedrue, c'est..." ... de quoi manger, de quoi faire de la musique, de quoi se laver les mains, de quoi se protéger de la pluie, etc., jusqu'à ce que le vélo soit transformé en un engin absolument improbable et que l'aventure tourne à la catastrophe. Mais quand Armeline a une idée en tête, elle ne l'a pas ailleurs... Un des rares albums pour les enfants que je peux lire et relire et relire sans me lasser, aussi charmée par les illustrations désopilantes que par le texte (chapeau à la traductrice, Camille Fabien : ah, cette ancre ajoutée "pour faire bonne mesure" !). Les suites, Armeline et la grosse vague et Armeline Fourchedrue reine du volant, ne sont pas mal non plus. Si vous n'avez pas ce grand classique chez vous, réparez vite cette erreur !

dimanche 15 décembre 2013

Albums de Noël : les pop-up ou livres à volets



(Pour rappel, vous pouvez trouver beaucoup d'autres albums, en particulier sur le thème de Noël, en cliquant sur "littérature jeunesse : les albums" dans la colonne de droite.)

Je vais vous parler aujourd'hui de quelques livres en "3D", si je puis dire. Je n'ai pas beaucoup de livres dans cette catégorie. Ce que je privilégie, dans les albums de Noël, c'est l'histoire et les illustrations. Mais j'en ai tout de même quelques-uns, donc je vous les présente :

Une étoile dans la nuit, de A. Mansfield et F. Fiore (Quatre Fleuves, 2011), est mon préféré. Les images en pop-up sont très belles et très élégantes, blanches avec quelques touches de couleur. Le texte en alexandrins (parfois approximatifs) accompagne bien les images. Ce n'est pas vraiment une histoire, et l'étoile de Noël n'est qu'un prétexte à plusieurs paysages différents, mais c'est vraiment un bel album.


Noël au bout du chemin, de C. Quin et E. Hawkins (Quatre Fleuves, 2012) est un autre pop-up dans le même genre, à la différence que les illustrations sont moins élégantes (mais plus colorées) et que le texte raconte une histoire, celle d'un renne qui cherche quelque chose... (Entre parenthèses, je pourrais facilement faire un billet uniquement sur les albums qui racontent l'histoire d'un renne – ou autre animal – qui rêve de tirer le traîneau du Père Noël, ou d'aider le Père Noël dans sa tournée, et qui parvient à ses fins..).

Noël au pays des souris de J. de Lagausie (Gründ, 1998) est le premier coffret "livre de l'avent" contenant 24 mini-livres que j'aie vu apparaître sur le marché. Il y en avait peut-être eu d'autres avant, mais je n'en avais jamais vus ; en revanche, j'en ai vu plusieurs depuis, souvent plus élaborés. Qu'importe, j'aime bien celui-ci, avec ses tout petits livres qui doivent contenir une vingtaine de mots chacun tout au plus, mais assez mignons, et j'apprécie le ruban attaché à chaque mini-livre qui permet de les suspendre un par un à une guirlande ou dans le sapin. Peut-être pas le meilleur exemple de sa catégorie, mais un concept que j'aime bien.

The 12 days of Christmas de Tad Hills (Little Simon, 2003) n'a jamais été traduit en français, ce qui ne m'étonne pas du tout, car il repose sur une chanson anglaise que les Français ne connaissent pas. Le texte reprend simplement les paroles de la chanson : "Le premier jour de Noël, mon amour m'a donné une perdrix dans un poirier / le deuxième jour de Noël, mon amour m'a donné deux colombes et une perdrix dans un poirier / le troisième jour de Noël, mon amour m'a donné trois poules françaises, deux colombes, et une perdrix dans un poirier..." Et cætera, jusqu'au douzième jour de Noël (le jour de l'épiphanie).
Le dessinateur a un peu triché, car il n'a pas tenu compte des reprises : il n'y a qu'une seule perdrix et non douze, que deux colombes et non vingt-deux (deux par jour, du deuxième ou douzième jour), que trois poules et non trente, etc. Mais tout de même, à la fin, ça fait une foule d'animaux... A chaque page, un volet cache le nouveau "cadeau", et page après page, la confusion règne de plus en plus dans la pièce. Je ne peux pas dire que j'adore le graphisme, mais le Grand aimait beaucoup que je regarde ce livre avec lui tout en chantant la chanson.


Enfin, L'atelier du Père Noël de Susanna Ronchi (Quatre Fleuves, 2005) est presque une tricherie, car s'il est bien classé parmi les livres, c'est en réalité une sorte de maison de poupée en trois dimensions, avec des personnages de papier (rennes, lutins, Père Noël) que l'on peut déplacer à son gré. Plus une décoration de saison qu'un livre, donc, mais j'aime beaucoup son côté très kitch et ses détails charmants : l'atelier ou la bibliothèque avec sa cheminée sont des pièces où j'aimerais bien aller flâner un peu... A poser au pied du sapin, ou à suspendre au plafond.

dimanche 8 décembre 2013

Albums de Noël : les personnages de la littérature jeunesse



L’année dernière, je n’avais pas eu le temps (ni tellement l’envie), mais il y a deux ans, j’avais commencé à vous présenter ma collection d’albums sur le thème de Noël. J’ai la flemme de vous remettre tous les liens, donc si vous désirez les retrouver, il suffit de cliquer sur le libellé « littérature jeunesse : albums » dans la colonne de droite.

Parmi les albums de Noël, il y a une catégorie à part : ceux mettant en scène des personnages de la littérature jeunesse qui fêtent Noël. J’en ai plein, et je ne vais certainement pas tous les recenser. Je pense qu'il y en a des dizaines et même des centaines, de Petit Ours Brun à Oui-Oui, de Mimi la souris à Tchoupi, de Caroline à Martine, d’Ernest et Célestine aux Monsieur-Madame, de Barbapapa à Hello Kitty, et je vais m’arrêter là sinon nous y sommes encore demain. La seule qui ne fête jamais Noël, c’est Fantômette. Un jour, j'écrirai une fan-fic sur ce thème pour combler cette lacune. Peut-être.

Bref, revenons à nos moutons. Je ne vais pas vous présenter tous ceux que j'ai, disais-je, parce qu’il nous faudrait tout le mois de décembre ; mais il y en a certains qui sortent du lot, en plus de ceux dont je vous ai déjà parlé il y a deux ans.

Je vais commencer par un livre "moderne" : Olivia prépare Noël de Ian Falconer (Seuil jeunesse, 2008). Mes enfants adorent. Il faut dire que cette Olivia est une petite cochonne avec un caractère… de cochon ! Dans cette histoire, vous la trouverez successivement en train de faire vomir son frère, de s’emmêler dans une guirlande électrique, de décapiter le sapin, de beugler une chanson de Noël, de brûler des petits gâteaux... Personnellement, mon moment préféré est celui où elle offre un autoportrait gigantesque et hideux à ses parents, en leur recommandant de l'accrocher au-dessus de la cheminée : leurs regards horrifiés me font mourir de rire. Même le Grand se joint à nous quand je lis ce livre, et ne rit pas moins que les Things, sinon plus…

Dans un genre très très différent, Heidi fête Noël de Marie-José Maury (Hemma, 1974) n’est que très lointainement inspiré de l’héroïne de Johanna Spyri. Je crois que c’est un des albums les plus kitchs de ma collection. Les illustrations sont particulièrement drôle : il faut voir Heidi, une sauvageonne aux boucles brunes dans le roman d’origine, transformée en poupée blonde vêtue d’une robe bleu ciel à paillettes et bottines blanches boutonnées sur le côté ! Le Grand-père en redingote n’est pas mal non plus… Le sapin, la neige, les bons sentiments, la chanson chantée par une voix d’ange « aux accents de cristal », tout y est : on peut difficilement faire plus fort.

Les aventures de Sylvain et Sylvette – Le plus bel arbre de Noël, de J.L. Pesch (Fleurus, 1967). Je mentionne celui-ci parce que c’est une pièce de collection, et quand je l’ai acheté, j’ai retrouvé le style délicieusement suranné que j’avais découvert dans le seul autre album de Sylvain et Sylvette que j’aie jamais lu, une bande dessinée qui se trouvait chez ma grand-mère et qui devait avoir appartenu à un de ses enfants. Cela dit, je dois bien avouer que ces aventures ne me font plus tellement rêver, et puis j'aime quand le thème de Noël est souligné (bonne action, réconciliation, trêve, que sais-je) et non juste un vague élément de l'histoire, comme ici.

Le commis du Père Noël de Marcel Aymé, illustré par Claudine et Roland Sabatier (Gallimard, 1996) est un nouveau conte du chat perché mettant en scène Delphine et Marinette. Malgré mes recherches, je n’ai pas réussi à savoir s’il avait été publié du vivant de Marcel Aymé, ou si c’est une découverte posthume (ou encore si ça a été écrit par quelqu’un d’autre, mais la page de titre mentionne bien Marcel Aymé comme unique auteur). Quoi qu’il en soit, on y retrouve bien les deux fillettes dont j’ai lu maintes fois les aventures pendant mon enfance, avec leurs animaux pleins de bonne volonté, leurs parents effrayants, et leur propension à se mettre dans des situations difficiles sans mauvaises intentions. Une histoire un peu cruelle, qui décrit le Père Noël comme un bonhomme bien peu sympathique, et avec une fin pas vraiment drôle pour de malheureuses oies… Bref, ce conte est tout à fait dans la lignée des autres contes du chat perché, et j’ai eu beaucoup de plaisir à m’y plonger.

Je vais m'arrêter là pour aujourd'hui, mais j'espère trouver le temps de vous en montrer d'autres d'ici la fin du mois !

samedi 13 octobre 2012

Coucou les jumeaux !

Quand on a des jumeaux, tout le monde vous le dit et vous le répète, il faut faire bien attention de ne pas les traiter comme une entité unique. Ce sont deux individus, différents, avec chacun ses besoins propres, blablabla patati patata. Bon, on vous tient surtout ce discours quand ce sont des monozygotes (ou "vrais" jumeaux), mais c'est valable aussi pour les autres. Même quand il y a une fille et un garçon, gare à vous si vous leur mettez les mêmes vêtements, si vous leur faites tout faire en même temps, et surtout, surtout, si vous les appelez "les jumeaux". Ah non. Ça, faut pas. Jamais. Vilain.

Nous avons donc fait très attention à ne pas céder à cette facilité de langage. Jusqu'à il y a quelques mois, c'était relativement simple : quand on avait la flemme de dire "Miss Thing One et Mr Thing Two" (leurs vrais prénoms, quoi), on disait "les bébés", ou "les petits". Depuis l'arrivée du Petit, c'est plus compliqué. On se retrouve souvent à dire quelque chose comme "Je vais y aller avec les petits, je veux dire les moyens, enfin les ju... non, bref, les deux zigotos, les Things, quoi !"
Ce qui ne nous fait guère gagner de temps, j'en conviens.

Et puis l'autre jour, à la bibliothèque, je suis tombée sur ce bouquin que j'avais déjà repéré il y a quelques mois, à l'époque où les Things étaient encore trop petits pour ce genre d'album : Coucou les jumeaux de Charlotte Voake, traduit par Anne Krief (Gallimard, 2006). Un livre très court et simple, avec quelques stéréotypes (la fille construit une tour, le garçon la démolit), mais qui tombent assez juste : Miss Thing One est d'ailleurs tombée en arrêt devant le dessin de la gamine qui suce son pouce, rêveuse, pendant que son frère dévore le contenu de son assiette. Quelques phrases courtes pour expliquer que Charlotte et Simon, quoique jumeaux, ne se ressemblent pas, mais que ça ne les empêche pas d'être heureux ensemble. Un bon petit bouquin, et un des rares à être consacré à des jumeaux dizygotes, souvent oubliés de la littérature.

Je leur ai donc lu, toute contente, anticipant leur émerveillement à voir reproduite pour la première fois dans un livre leur propre situation.
Résultat ?
J'ai fait un flop.
Ils m'ont écouté avec un intérêt poli, voilà tout.
Et c'est alors que j'ai réalisé que Darling et moi-même, mais aussi les employées de la crèche, les autres membres de la famille, les amis, etc. avons si bien suivi la consigne de ne surtout pas les appeler "les jumeaux" qu'ils ne connaissent pas ce mot, et ne savent donc pas du tout que leur situation est particulière.

Je crois qu'on mérite dix sur dix pour la différenciation. C'est bien, ça fera remonter notre moyenne générale de parents indignes.

lundi 18 juin 2012

"Je poux aime, un pou, beau pou..."

Ça y est ! Je viens de connaître cet incontournable de n'importe quel parent de famille nombreuse : le jour où on s'aperçoit, à l'heure du dîner, que toute la famille a des poux !
Et tant qu'à faire, avec des gamins qui n'ont pas encore l'âge de comprendre pourquoi on veut leur faire un deuxième shampoing ou pourquoi on s'obstine à leur mettre un produit bizarre et du film plastique sur la tête, et avec une machine à laver trop petite qui fait tellement de bruit qu'on ne peut décemment pas la faire tourner après 21h.

Quelques mesures d'urgence ont été prises, mais demain sera le grand jour. Au programme : changement des draps de toute la famille, traitement des cheveux de toute la famille, lavage des manteaux de toute la famille, et puis coussins, serviettes, housse de canapé, gigoteuses, doudous, pyjamas, etc. Au bas mot, avec notre machine à laver de 5,5 kg, je dirais environ huit lessives, en comptant les deux lessives quotidiennes habituelles. Et encore puis-je m'estimer heureuse d'avoir désormais un sèche-linge...

Je vous laisse, je tombe de sommeil. Je vais aller me coucher. Si j'ai du mal à m'endormir, je compterai les poux.


PS : La citation du titre provient de ce livre délicieux, Rendez-moi mes poux, de Pef (Gallimard). Un album ultra-connu et drôle comme tout qui raconte l'histoire d'un gamin ayant apprivoisé ses poux... Un incontournable pour dédramatiser la situation avec des enfants de à partir de quatre ans, à leur raconter pour les faire patienter sous leur charlotte à l'huile essentielle de lavande !

lundi 26 mars 2012

Des albums pour préparer l'arrivée d'un bébé

Il existe de très nombreux livres pour préparer la naissance d'un bébé avec son futur grand frère ou sa future grande sœur. Plus ou moins ludiques, plus ou moins tendres, drôles ou instructifs, de la petite histoire mignonne au documentaire, le choix est vaste.
Mais il y a deux catégories d'enfants qui ont été un peu oubliés par les éditeurs : les enfants très jeunes (moins de deux ans) et les enfants déjà grands (plus de cinq ans). Normal : hors familles recomposées, l'écart moyen entre frères et sœurs tourne plutôt autour de trois ou quatre ans.

Comment donc expliquer une grossesse à un enfant qui ne sait même pas parler et qui n'est pas assez vieux pour se souvenir que, six ou huit mois plus tôt, maman n'avait pas un si gros ventre et était encore capable de se relever seule après s'être agenouillée sur le sol ? Après de nombreuses recherches, les meilleurs livres que j'ai trouvés pour les plus jeunes sont les suivants :

- Et dedans, il y a..., de Jeanne Ashbé (l’École des Loisirs, 1997). Un livre petit format, très court (dix doubles pages), avec des volets, qui permet d'explorer l'intérieur des choses : celles qu'on peut ouvrir (une valise...), celle qu'il ne faut pas ouvrir (un ballon...), et celles qu'on ne peut pas ouvrir (le ventre de maman). La dernière page montre le bébé, enfin né, avec son grand frère.
- Et après, il y aura..., de la même auteure (l’École des Loisirs, 2000). Même format, même principe : en trois parties, il présente d'abord des choses de tous les jours (après les chaussettes, on met les chaussures ; après avoir renversé un verre, il faut nettoyer...), puis la future vie avec le bébé (après son bain à lui, il y aura ton bain à toi ; après la tétée, il y aura ton goûter). Encore une fois, c'est vraiment très court, mais du coup, c'est parfait pour un tout petit à qui il est parfaitement inutile d'expliquer comment se nourrit le foetus ou comment se déroule l'accouchement.

Quant aux plus grands, il n'y a pas grand-chose pour eux non plus. Il faut dire qu'à six ou sept ans, ils n'ont pas besoin qu'on leur raconte un album pour leur annoncer une grossesse. Ils ont déjà le bagage intellectuel suffisant pour comprendre ce qui se passe, pourquoi, et comment, du moins en gros. En revanche, bon nombre d'entre eux n'ont jamais vus un bébé de près, ou presque, et ignorent tout de ces petits machins bruyants. A ceux-là, je recommande Moi, je connais bien les bébés de Myriam Szejer (Albin Michel, 2002). Ce livre ne parle pas de la grossesse, mais de ce qui se passe après : il nous montre un garçon de cinq ans qui fait connaissance avec son nouveau petit frère, et chaque petite scène de la vie quotidienne (bébé prend son bain, pleure sans cesse...) est suivie d'une double page qui résume le développement d'un nouveau-né et les recommandations de la puériculture (il peut dormir à la lumière du jour ; il faut lui expliquer ce qu'on va lui faire ; etc.). Ouvertement didactique, mais très intéressant, cet ouvrage peut aider un grand à accepter plus facilement de nouvelles règles de vie, et à se sentir moins démuni face à cet extra-terrestre qui vient de débarquer chez lui  !