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lundi 14 novembre 2022

Notification nocturne

Dimanche matin, je me réveille, je me lève, je regarde mon téléphone pour voir s'il n'y a pas une notification importante arrivée pendant la nuit, et je trouve un texto du Grand (qui est actuellement en train de dormir dans sa chambre à quelques mètres de la mienne, donc).

Les Démocrates ont gagné le Sénat ! Et maintenant, je vais me coucher.

Heure d'envoi, 3h56.

 

(Il y aurait tant de choses à dire que je ne sais pas quoi dire, donc je vous livre ça tel quel.)


jeudi 10 février 2022

Le Grand et la prise de sang

 Le Grand n'est pas très en forme depuis quelques jours. Il est donc allé chez le médecin hier. En revenant, catastrophé, il m'annonce :
— Maman, c'est affreux, je suis mourant !
— ???
— Le docteur m'a dit que je faisais de l'hypertension et qu'il fallait que j'aille voir un cardiologue ! Rien que d'y penser, je me sens mal !

Allons bon. Et dire qu'on croyait tous qu'il avait "deux de tension", comme on dit. La vie est parfois facétieuse.

— Mais tu lui as dit que la simple vue d'un tensiomètre te met en transe ?
— Non, j'ai pas osé, mais j'étais très très très angoissé !

Alors, je n'y connais rien, mais ça pourrait bien être un début d'explication, il me semble.

— Bon, je te reprendrai la tension ce soir à la maison, tranquillement.
— Non ! Non, je veux pas ! J'ai peur ! Non ! Au secours !
— Mais peur de quoi, au juste ? Ça ne fait pas mal !
— Non mais ça serre et donc ça fait gonfler la main et donc ça fait penser aux veines et... Oh là là, je me sens mal.

(Oui, son hématophobie ne s'est vraiment pas arrangée, ces dernières années. Elle a même dramatiquement empiré, ce que je n'aurais pas cru possible. Il n'a même plus besoin de voir du sang : il suffit qu'on mentionne quoique ce soit qui se rapporte au fonctionnement du corps, même les battements de cœur ou les règles ou une anémie, pour qu'il manque tourner de l’œil.)

Depuis hier, je lui mesure donc la tension plusieurs fois par jour, histoire qu'il s'habitue. Ça va déjà un petit peu mieux. J'ai bon espoir que d'ici une semaine, il trouve ça presque banal.

Mais ce n'était pas terminé. Il y a bien pire. Le médecin lui a prescrit une prise de sang.

— Je veux pas, je veux pas, je veux pas, je veux pas, au secours, non, je peux pas !
— Du calme. On ira ensemble demain matin, je te soutiendrai, ne t'en fais pas, c'est très rapide.

J'ai passé un certain temps à le convaincre. Ce matin, miracle, j'arrive à l'emmener au laboratoire, qui n'est heureusement qu'à quelques dizaines de mètres de mon immeuble, car il marche avec l'enthousiasme d'un orang-outang qu'on emmène à l'abattoir. Je rentre, je me présente à l'accueil, je donne la carte vitale :

— C'est pour mon fils aîné.
— Mais... il est où, votre fils ?
— Il attend dehors. Il est très stressé. Il vaut mieux qu'il reste à l'extérieur jusqu'au dernier moment.

Quand c'est son tour, il entre bravement, s'assoit sur le fauteuil, tremble de tout son corps, n'arrive pas à tendre le bras, a la tête qui tourne. Sous les yeux de l'infirmer ébahi, je lui serre la main (l'autre), je lui cache les yeux pour qu'il ne voie rien, je lui appuie la tête contre le dossier (histoire qu'il ne tombe pas s'il s'évanouit vraiment). Et pendant que l'infirmer pique, je tente de le distraire :

— Allez, courage, dans une minute c'est terminé. Pense à autre chose !

Il n'y arrive pas. Il est blême, en sueur. 

— Allez, mon grand, un petit effort. Tiens, parle-moi un peu de Tamerlan. Quelles sont ses dates ?

Il revient d'entre les morts pour souffler :

— Euh, je me souviens plus de sa date de naissance, mais il est mort en 1405...
— Ah, d'accord. Jeune ou vieux ?
— Assez vieux, à peu près soixante-dix ans.
— Et qui lui a succédé ? Il avait des enfants ?
— Oui, deux fils, mais ils sont morts avant lui...

(L'infirmier a rempli deux fioles. Plus que quatre. On va y arriver.)

— Du coup, qui lui a succédé ?
— Alors, c'est son petit-fils... Oh là là, je vais m'évanouir...

(Plus que trois.)

— Mais non, mais non, tu ne me peux t'évanouir comme ça, j'ai impérativement besoin d'en apprendre davantage sur Tamerlan là maintenant tout de suite. C'était un admirateur de Gengis Khan, non ?
— Oui, il a même épousé une de ses descendantes. J'ai la tête qui tourne...

(Plus que deux.)

— Et c'était dans la même partie du monde ? Ohé ? Tu m'entends ? Concentre-toi. Tamerlan et Gengis Khan ont-ils conquis les mêmes territoires ?
— Non, pas du tout. Gengis Khan était mongol, alors que Tamerlan était Ouzbek. Tu sais où est l'Ousbékistan ?
— Euh, très vaguement...  Plus à l'ouest ? Et plus au sud aussi, peut-être ?
— Oui, c'est ça, ça ne touche même pas la Mongolie.

Terminé ! On a réussi ! Comme il est complètement dans les vapes, c'est moi qui appuie sur le coton pendant que l'infirmier, imperturbable, étiquette les fioles. Si ce dernier est un peu surpris de cette leçon d'histoire imprévue, il n'en laisse rien paraître. Le Grand parvient à se redresser, puis à se relever. Je m'excuse en son nom :

— Désolé, monsieur. J'imagine que vous devez en voir d'autres, des hématophobes, non ?
— Plutôt des gens qui ont peur des aiguilles. Mais à ce point-là... Un par an, peut-être ? Là c'est bon, je l'ai vu, je suis tranquille pour 2022 !


Bon. Dans quelques semaines, bilan cardiaque. Je me prépare psychologiquement. L'occasion d'une leçon sur les Croisades, peut-être ?


lundi 10 janvier 2022

Le Grand et les légumes

 Le Grand rentre d'un partiel vers 18h :

— Maman, qu'est-ce qu'on va manger ce soir ?

— Aucune idée. Pourquoi tu me demandes ça ?

— Ben, j'ai faim. J'ai pas déjeuné.

— Tu as mangé juste avant de partir !

— Oui, mais il n'était que 11h30, c'était mon petit-déjeuner.

— Mange une pomme en attendant le dîner, alors.

— Non, je voudrais un vrai repas. Des pâtes, par exemple. Mais si tu prépares du chou ou un risotto à la courge butternut ou un truc du genre, je préfère manger tout de suite du pain et de la charcuterie.

— Parce que ça, c'est un vrai repas ?

— Ben oui.

— Dans ce cas-là, tu as déjà eu un vrai repas, puisque c'est ce que tu as mangé à 11h30.

— Oui, mais... bref, tu vas faire quoi pour le dîner ?

— Aucune idée, bis. Dis-moi ce qu'il y a dans le bac à légumes.

— Alors, euh... des carottes, et... une courge, je sais pas laquelle, elle est orange... ou peut-être deux, je sais pas ce que c'est ce gros truc... et des feuilles, genre de la salade... et encore des feuilles... Et des trucs ronds foncés chelous...

 

Bon, écoutez, il a reconnu les carottes, c'est déjà pas si mal, non ?

(Pour les curieux : potimarron, patate douce, radis cachés sous leurs fanes, mâche, et betteraves.)


mercredi 29 décembre 2021

Des crêpes pour une famille de goinfres

L'autre jour, j'ai proposé de faire une "crêpe-party" tous les cinq. Proposition approuvée à l'unanimité (Mr Thing Two n'aime pas trop les crêpes, mais il met fromage jambon etc. sur du pain et est ravi.)

Au moment de préparer la pâte, j'ai eu un doute :
— Alors, 6 œufs... C'est peut-être un peu juste ? Il me semble me souvenir que c'était légèrement trop peu, la dernière fois, non ?
— Beaucoup trop peu ! s'écrie le Grand. Tu avais doublé les quantité et c'était quand même trop peu !
— Hein ? Tu es sûr ? Mais non, tu dois te tromper, j'avais dû faire avec 6 œufs, ou peut-être 9...
— Non, non, tu avais doublé ! Alors du coup, tu dois tripler, maintenant.

Étonnée, mais obéissante, je commence à casser mes œufs. Arrivée à 12, je commencé à hésiter sérieusement :
— Ce n'est pas possible, je ne vais pas faire une pâte avec 18 œufs alors qu'on est seulement quatre à en manger !
— Bon, essaie 15, alors.

Va pour 15 œufs. Soit 1,250 kg de farine, quand même. Et 2 litres et demi de lait. Mon énorme saladier est plein à ras bord. Et sans surprise, le moment venu, nous en utilisons à peine la moitié avant de caler. Je continue à faire des crêpes que j'empile pour le lendemain, tout en râlant :
— Il me semblait bien que ça faisait beaucoup. Tu vois bien, mon Grand, je n'avais pas dû doubler...
— Bof, j'en sais rien.
— Hein ? Mais tu avais l'air si sûr de toi !
— Alors, en fait, j'ai menti, je ne me souvenais plus du tout. Je voulais juste que tu en fasses plus, parce que la dernière fois, il n'en était pas resté pour le lendemain, et c'était trop triste...

(Le monstre.)

jeudi 23 décembre 2021

Forons !

 — Salut mon Grand ! Tu as passé une bonne journée ?

— Oui, mais vous étiez où ?

— Au musée des Arts Forains.

— Ah bon ? Ça parlait de mineurs ?


(Comme quoi la catégorie "mots d'enfants" peut encore convenir pour des grands garçons de 19 ans.)

mercredi 15 décembre 2021

Le Grand est inquiet pour le salut de son âme

 Suite à un enchaînement d'idées, je me retrouve en train de raconter Le gentil petit diable pendant le dîner.

— ... et quand il arrive enfin au paradis, on lui fait passer un test de maths et un de français avant de l'accepter. Et pas faciles, les examens, en plus. En français, Jésus lui fait une dictée, mais il n'entend pas ce qu'on lui dicte...

— Mais les tests, c'est juste parce que c'est un diable, ou c'est pour tout le monde ? m'interrompt le Grand.

— A vérifier, mais je crois que c'est juste parce que c'est un diable.

— Ah, ouf ! 

(Oui, son orthographe reste assez, euh... perfectible.)

jeudi 8 avril 2021

Le Grand risque la famine

Demain, je pars.

Si, on a le droit, quand c'est pour faire garder des enfants par des grands-parents. Donc je vais une semaine chez ma mère pour qu'elle me garde les enfants pendant que je bosse (chez elle). Oui, bon, en vrai, quand nous sommes là-bas, ils n'ont pas vraiment besoin d'être gardés, parce qu'elle a les deux meilleurs baby-sitters du monde : un trampoline et la collection complète de la série BD Les Légendaires. Mais justement, on y gagne tous. Même ses voisins du dessous, parce qu'ils n'existent pas (alors que les miens, si).

(Je tiens à préciser  1- Que ma mère et son mari sont vaccinés ; 2- Que nous n'avons eu quasiment aucun contact avec qui que ce soit depuis une semaine ; 3- Que nous respecterons scrupuleusement la limite des 10 km une fois arrivés là-bas. Ne me tombez pas dessus, s'il vous plaît.) 

("Prends un livret de famille pour prouver que ce sont bien tes gosses", m'a conseillé ma mère. "Je soupçonne qu'il y a du trafic d'enfant comme prétexte pour voyager, en ce moment. Et d'ailleurs, tu as pensé à les louer ? Tu en as trois, ça pourrait te rapporter une jolie somme...")

Bref, je pars à la montagne avec les trois mômes, mais je laisse à Paris le grand dadais, parce qu'il a cours quelques heures en présentiel à l'université la semaine prochaine. En plus, il est plutôt content à l'idée que pendant sept jours, personne ne va lui reprocher de prendre son petit-déjeuner à 16h et sa douche à 4h du matin (oui, il prend sa douche "le soir", avant de se coucher).

Mais il y a quelque chose qui l'inquiète : la nourriture.

— Maman, tu as fait une commande ? m'a-t-il demandé tout à l'heure.
— Non, mon chéri.
— Mais il n'y a plus de saucisson, ni de jus d'orange !
— Ni de surgelés, et d'ici deux jours il n'y aura plus de pain non plus. Je sais.
— Comment je vais faire, alors ?
— Tu iras faire les courses. Je vais te laisser de l'argent. Je te rappelle qu'il y a un Franprix à exactement 30 mètres de la maison. Et une boulangerie à 40 mètres, et un Lidl à 50 mètres. Pour le Picard, j'avoue, c'est plus loin, au moins 350 mètres, mais j'ai confiance en toi, tu vas y arriver.
— Oh là là, c'est dur. J'aime pas les magasins. Et c'est loin, quand même. Faut sortir de la maison ! Et après, faut porter les courses, et c'est lourd.
— Mon pauvre chéri. Je compatis.
— Je ne sais pas si je vais avoir le courage d'y aller. Vous allez peut-être me retrouver mort de faim, dans une semaine.
Et puis il a réfléchi une seconde, et s'est corrigé :
— Enfin, disons, plutôt mort de flemme.

Bon, au moins, il est lucide...

lundi 8 mars 2021

Leonidas

 Pour une raison mystérieuse (ou pas), le Grand parle de Sparte pendant le dîner. Et le voilà qui mentionne Léonidas. Il remarque mon air perplexe.

— Tu connais, quand même ?

— Bof. De nom. Très, très vaguement. Pour moi, c'est surtout des chocolats.

A son tour d'être perplexe :

— Des chocolats ?

— Oui, tu ne connais pas les chocolats Léonidas ? Il y a plusieurs boutiques dans Paris. C'est quand même plus connu que ton Spartiate.

— Oh ! N'importe quoi ! s'offusque-t-il. Tout le monde connaît le roi Léonidas ! Il y a même eu un film, 300, un blockbuster, il y a quelques années !

— N'empêche que je te parie que si tu dis "Léonidas" à quelqu'un, il pensera d'abord aux chocolats. Surtout si c'est quelqu'un qui habite dans une grande ville où on trouve des boutiques de ce chocolatier.

— Je te parie que non ! On n'a qu'à faire un sondage !

Du coup, j'ai demandé à quelques-uns de mes contacts.

Résultat sans appel. Sept gourmands, un cinéphile, une qui donne une réponse mixte*.

— Mais comment c'est possible ? s'indigne le Grand.

— Mon chéri, tu oublies que la plupart des gens, contrairement à toi, regardent autour d'eux quand ils marchent dans la rue. Et aussi que, toujours contrairement à toi, à tort ou à raison, ils accordent plus d'importance aux choses de leur vie quotidienne qu'à des personnages morts il y a des siècles. Je n'ai rien contre ton Spartiate, hein. Je veux même bien lire sa fiche Wikipedia, si tu veux, ou regarder le film dont tu me parles, à l'occasion. Mais voilà, dans ma vie de tous les jours, le chocolat est plus important...


* Sa réponse exacte à ma question "Si je te dis Leonidas, tu penses à quoi", étant "Une marque de chocolats qui a pour symbole un Spartiate dont on se demande comment diable il aurait pu trouver du cacao."

lundi 8 février 2021

Tel est pris qui croyait prendre

Le Grand vient me voir avec une tête d'enterrement.

— Ben qu'est-ce qui t'arrive ?

— J'ai déjà un exposé à préparer pour la semaine prochaine alors que le second semestre vient de commencer ! C'est de l'arnaque !

— ???

— C'est un travail de groupe, et moi je ne connaissais personne, donc quand il a demandé si on voulait faire partie du groupe A, ou B, ou C etc., moi j'ai choisi le groupe G, comme ça je me suis dit que je passerais en dernier... Mais en fait il a décidé que le groupe G serait le premier à passer !

À malin, malin et demi.

lundi 1 février 2021

Histoire de crêpes

Il y a quelques jours, pour le goûter, j'ai fait des crêpes toutes simples, des crêpes sans fourrage à la confiture ou au chocolat ou que sais-je encore, juste légèrement sucrées. Je suis tombée par hasard sur une recette de Michalak.

Elles étaient dé-li-cieu-ses.

Tant et si bien que le Grand et moi, tous les deux grands amateurs de crêpes, en avons englouti une demi-douzaine chacun.

Mais voilà, Pinterest a remarqué que j'avais consulté cette recette. Et cherche donc à me tenter avec d'autres.

— Oh là là, dis-je, Pierre Hermé aussi a publié une recette de crêpes. Et Bocuse. Et Cyril Lignac...

— Il faut que tu les essaies toutes, maman. Le même jour. Comme ça, on pourra comparer. Je veux bien me dévouer pour faire le goûteur.

— Ben voyons.

— Mais c'est qui, tous les gens dont tu viens de parler ?

— Des chefs célèbres. Je ne m'y intéresse pas beaucoup, mais ce sont tout de même des noms qui pourraient te dire quelque chose.

— Il n'y a pas de femmes ?

— Tu sais, ça reste un milieu très sexiste. Il doit y en avoir qui percent, mais personnellement je n'en connais qu'une, une certaine Anne-Sophie Pic.

Il tape le nom sur son ordinateur, tombe sur la page Wikipédia, avec une photo.

— Ah oui, elle est vieille !

— Ah bon ? Je n'aurais pas cru.

— Oui, elle a, attends, laisse-moi calculer, elle a cinquante-deux ans... Euh... je veux dire... Non, en fait elle est pas si vieille que ça...  Pas du tout, même...

J'ai bien lu dans ses yeux l'instant où il a réalisé que traiter de "vieille" une personne à peine plus âgée que sa mère n'était pas la meilleure manière de la convaincre de passer la journée à préparer la Chandeleur.


lundi 25 janvier 2021

Le retour dans la vraie vie est remis à date ultérieure

Le Grand a passé ses partiels du 4 au 13 janvier, et depuis, il était en vacances, pour se remettre de cet énorme effort. Vendredi soir, je l'interroge :

— Au fait, lundi, tu reprends en présentiel ou en distanciel ?

— Je ne sais pas, je n'arrive pas à trouver l'information, il n'y a rien sur le site.

— Mais enfin, c'est fou, ça ! Et les étudiants qui viennent de province, ils font comment ?

— Ça doit être en présentiel, non ? On nous avait dit que ça recommencerait en janvier.

— Oui, euh, alors, le truc, c'est que le ministre de l'éducation a annoncé une reprise en demi-effectif comme en octobre pour les premières années, alors que le président a expliqué jeudi qu'il faudrait s'en tenir à 20% ce qui ferait un seul jour par semaine sur place, sauf que le ministre de la santé parle de reconfiner bientôt, donc...

— Ah ouais, c'est la pagaille.

— Plutôt.

Finalement, hier après-midi, il trouve enfin l'info :

— Ça y est, il y a un message en page d'accueil du site qui dit que vu les difficulté d'organisation, la rentrée est repoussée d'une semaine.

— ...

— Visiblement, eux non plus ils n'ont rien compris aux directives.

— Remarque, je les comprends un peu.

— Youpi, je suis en vacances jusqu'en février !

 

Sur quoi il est retourné là où il vit vingt-trois heures par jour depuis bientôt dix mois (à l'exception de quatre semaines en septembre-octobre) : sur son lit.

(Aujourd'hui, je l'ai vu pour la première fois à 16h15, quand il est venu prendre son... euh... petit-déjeuner, j'imagine ?)

(Je SAIS. Mais je n'en peux plus de me bagarrer contre lui tous les jours. J'ai jeté l'éponge. Apparemment, apprendre par cœur méthodiquement tout Wikipedia, jouer à Assassin's Creed ou à Grépolis, discuter sur Discord avec les copains et regarder la série One Piece et des vidéos d'humour ou de vulgarisation scientifique se fait beaucoup mieux entre 14h et 4h du matin qu'entre 10h et minuit. Ne me demandez pas pourquoi.)


mardi 19 janvier 2021

Une utilisation inattendue du téléphone

 Le Grand qui part pour les partiels :

— Alors, j'ai ma bouteille d'eau, ma trousse, des cartouches d'encre de rechange, des feuilles de papier... Est-ce que j'ai mon portable ?

Je suis un peu étonnée qu'il s'en soucie, car il l'utilise vraiment très peu.

— Tiens, il est là. Tu as vérifié s'il était chargé ?

— Non, mais c'est pas grave.

— Euh... Ah bon ?

— Non, c'est pas pour téléphoner à quelqu'un, c'est parce qu'il y a des profs qui demandent qu'on dépose le portable dans un carton à l'entrée pendant l'examen, pour vérifier qu'on ne triche pas. Et si je dis que je n'en ai pas, ils ne me croient jamais. Donc je préfère en avoir un sur moi, c'est plus simple.

Bien. Il a donc emporté un téléphone exprès pour se le faire confisquer. Logique.

mardi 12 janvier 2021

Des rêves dans un lit

 Mr Thing Two nous raconte une histoire entendue à l'école, au sujet d'un homme à qui on offre des fruits magiques qui réaliseront ses rêves. Littéralement. De sorte que le monsieur se retrouve en train de se promener en sous-vêtements dans la rue. Je commente :

— Oh là là, c'est affreux, ce cadeau empoisonné ! On ne peut pas savoir à l'avance si on va faire un beau rêve ou un cauchemar !

— Oui, appuie le Grand, tu imagines si tu as vu ou lu Harry Potter ou Le seigneur des anneaux juste avant de te coucher ? Au matin, tu risques de te retrouver avec Aragog dans ton lit...

— Tu as dit Aragog*, n'est-ce pas ?

— Oui, pourquoi ?

— Pendant une seconde, j'ai cru que tu avais dit Aragorn**, et je ne comprenais pas ton exemple. Parce que franchement, moi ça ne me déplairait pas de retrouver Aragorn dans mon lit au réveil...

Le quatuor de hurlements qui a suivi ma remarque n'aurait pas pu être pire si j'avais dit la plus abominable des obscénités.

(Mais qu'ils sont prudes !)

 


* Araignée géante dans Harry Potter.

** Aventurier non dénué de charme dans Le seigneur des anneaux.


vendredi 18 décembre 2020

Le Grand et les Iroquois

 Le Grand est en double licence d'histoire géographie. Et il a beaucoup de mal à s'organiser de manière à rendre ses devoirs à temps. Alors, depuis quelques semaines, je l'aide. D'abord en préparant des plannings de travail. Ensuite en l'aidant à choisir des problématiques ou à peaufiner des plans (c'est la première fois que mes études de Sciences-po me servent à quelque chose). Quand j'y arrive, en l'incitant à se concentrer. Parfois même en tapant à l'ordinateur le texte qu'il me dicte, parce qu'il n'a jamais appris à taper correctement avec ses dix doigts (ce n'est pas faute d'avoir TOUT fait, y compris du chantage, pour qu'il s'y exerce). Et enfin, en relisant ses textes avant qu'il les envoie à ses professeurs, car il continue à souffrir d'une dysorthographie assez impressionnante.

Aujourd'hui, il m'envoie un long texte sur les Iroquois. Un sujet qu'il a choisi lui-même.

Je relis : 

Au début des année 1900, les iroquois prenne un avocat pour défendre leur droits devant la Cours suprème du Canada, et ils tenteront même d’intégré la société des nations après la 1ere guerre mondiale (cette tentative serra un échec, malgré le soutient de quelque pays)

— Et tu sais quels pays ? m'interrompt-il.

— ...

— Le Panama, la Perse, et l’Estonie.

— ...

— Ah, tu ne savais pas ça, hein ?

(Non, je ne savais pas. J'irais même plus loin : je pense que personne, dans le monde entier, ne savait cela. Pas même les Iroquois.) 

(Par contre, je savais que quand il y a plusieurs années, il faut leur mettre un S, et qu'une cour n'est pas la même chose qu'une cours, et que soutient est un verbe et non un nom si on y met un T, etc. On ne peut pas tous avoir les mêmes points forts, n'est-ce pas ?)

 

 

 PS : J'arrive à la fin du texte, et tout à coup, je tombe sur la phrase :

Ils n’ont pas vraiment subi autant de brimades et n’ont pas été aussi touchés par la violence des colons européens que d’autres tribus amérindiennes, principalement grâce à leur alliance historique avec l’Angleterre, mais leurs droits ne sont pas encore acquis, et il leur reste de nombreux recours et batailles judiciaires à mener avant de les obtenir.

Je commente :

— Ça alors, tu as mis le S à brimades... et à touchés... et à colons... et la majuscule à Angleterre... et pas de T à acquis... et un R à mener... Mais dis donc, tu as pompé cette phrase sur Wikipédia, ou quoi ?

— Euh, non, en fait c'est toi qui l'avais écrite quand je t'ai dicté le premier brouillon de mon texte avant-hier.

Ah, d'accord. Je me disais bien, aussi...

(Non, je n'en avais gardé aucun souvenir. Pas tous les mêmes points forts, on a dit.)