Moi, par texto à mon père adoptif :
Je viens prendre le café demain matin chez toi, OK ?
Lui :
Volontiers, mais les enfants ne sont pas à la maison à cause de la grève des enseignants ?
Moi :
Ben si... Justement...
(Est-il naïf !)
La vie d'une traductrice, mère célibataire de famille nombreuse
Moi, par texto à mon père adoptif :
Je viens prendre le café demain matin chez toi, OK ?
Lui :
Volontiers, mais les enfants ne sont pas à la maison à cause de la grève des enseignants ?
Moi :
Ben si... Justement...
(Est-il naïf !)
Avant, les matins, c'était à peu près simple :
- Les trois mini-moyens partaient tous à 8h15 ;
- Le Grand ne partait nulle part (OK, j'exagère, mais il a quand même passé l'essentiel de son année de terminale et de sa première année de fac en distanciel).
Maintenant, c'est nettement plus compliqué. Depuis la rentrée, tout le monde a des emplois du temps différents. Ils sont évidemment aimantés sur le frigidaire (les emplois du temps, pas les enfants), et j'en déduis l'heure à laquelle je dois les réveiller et les mettre dehors (les enfants, pas les emplois du temps), mais parfois il y a un prof absent, ou un cours est déplacé. Et je n'ai pas encore imposé aux deux jeunes collégiens de mettre leur réveil tous les jours. Quant au Grand, il le met, bien sûr, mais pour peu qu'il se soit endormi à 4h du matin, il faut quand même que je m'assure qu'il n'est pas encore en train de roupiller malgré la musique que son réveil crache à plein volume.
Non mais c'est pas pour me trouver des excuses, hein. C'est juste que, voilà, c'est compliqué.
Bref, lundi matin, je trouvais que j'avais assuré comme une chef :
- Je me suis levée à 7h10 et j'ai pris ma douche ;
- J'ai réveillé le Filou et Mr Thing Two à 7h30 ;
- Je les ai priés de ne pas faire de bruit pour ne pas réveiller leur sœur, qui commençait plus tard ;
- J'ai vérifié à 7h50 que le Grand se levait ;
- J'ai accompagné Mr Thing Two jusqu'à l'ascenseur à 8h05 ;
- J'ai vu Miss Thing One aller aux toilettes à 8h10 ;
- J'ai accompagné le Filou jusqu'à l'ascenseur à 8h18 ;
- J'ai salué le Grand qui partait à 8h30 ;
- Dans le silence et le calme enfin revenu, j'ai pris mon petit-déjeuner, vidé le lave-vaisselle, rempli le lave-vaisselle, rangé un peu le séjour, lancé une lessive ;
- Je suis partie pour un rendez-vous médical à 9h.
Et puis j'ai vu le médecin, et puis je suis ressortie vers 9h45, et j'ai pris mon téléphone portable pour ôter le mode avion, et là j'ai vu que j'avais eu un appel qui provenait... de la maison.
Qui pouvait m'appeler de la maison ? Le Grand aurait-il eu un problème, et serait-il revenu ? Ou alors...
C'est à ce moment-là seulement que je me suis rendu compte que je n'avais pas vu partir Miss Thing One, qui commençait à 10h ce jour-là. Et que, comme elle était restée à lire dans sa chambre sans faire le moindre bruit entre 8h30 et 9h, j'avais totalement oublié son existence.
Je l'ai rappelée, et elle n'était pas inquiète, juste déboussolée :
— Je me suis levée pour prendre mon petit-déjeuner, et il n'y avait plus personne ! Normalement tu me dis quand tu t'en vas...
— Oui, je sais, j'ai oublié de te prévenir, je suis désolée !
— C'est pas grave. Je pars à 10h15. Tu seras rentrée ?
— Euh... oui. Oui, oui. Je te verrai. Je rentre. Tout de suite.
Et en effet, je suis rentrée à toute vitesse, pour arriver deux minutes avant son départ. Pas tellement pour pouvoir lui dire au-revoir, mais parce que ce qu'elle ne savait pas, c'était qu'en partant, j'avais fermé la porte à clef...
(Note à moi-même : leur faire refaire des clefs capables d'ouvrir de l'intérieur, et pas seulement de l'extérieur.)
Cette année, le samedi est devenu une journée pénible, car Mr Thing Two et le Filou ont tous les deux commencé une activité. Alors, oui, je suis très très contente qu'ils aient enfin trouvé quelque chose qu'ils aient envie de faire ; cela faisait des années qu'on cherchait. Tennis pour le premier et escrime pour le deuxième. C'est super. MAIS ça veut dire qu'entre 13h30 et 16h30, je ne fais qu'aller et venir pour accompagner, aller chercher, accompagner, aller chercher.
Et ce qui devait arriver arriva : samedi dernier, j'ai emmené le Filou à l'escrime, puis je suis revenue et repartie presque aussitôt pour emmener Mr Thing Two au tennis, en accueillant au passage Miss Thing One qui revenait d'une visite au musée avec son grand-père, et puis je suis rentrée et je me suis écroulée dans un fauteuil à 15h15 en me disant "bon, dans une demi-heure il faut que j'y retourne, mais au moins j'ai une demi-heure de repos, c'est bizarre, ça m'avait semblé encore plus fatiguant la dernière fois, pourq.... OH BON SANG j'ai oublié d'aller chercher le Filou !"
Je suis sortie précipitamment (ça tombait bien, je n'avais pas encore enlevé mes chaussures), je suis partie en courant, mais je n'avais fait que deux cent mètres quand j'ai croisé le gamin dans la rue.
— Filou ? Je suis désolée, je t'ai oublié !
— Oui, j'avais remarqué.
— Tu n'étais pas trop inquiet ?
— Si, et j'ai même failli pleurer, et puis finalement je me suis dit que j'allais plutôt rentrer tout seul.
Bon choix.
(Il peut le faire, donc. Il VA le faire, tous les samedis, même...)
Après la conversation de la semaine dernière avec les enfants, j'ai eu un petit coup de blues, mais vous me connaissez, je ne me laisse pas abattre comme ça.
Bon, d'accord, me suis-je dit : ils n'ont plus tellement envie de faire des promenades avec moi. Qu'à cela ne tienne : en attendant que la situation sanitaire me permette à nouveau de leur offrir à nouveau un menu alléchant, genre musée insolite, nuit en camping, sortie sportive ou visite de monument grandiose, je vais aller me promener toute seule. Na.
J'ai donc décidé de les planter tous là le dimanche et d'aller passer la journée par monts et par vaux. Après avoir hésité un peu entre une randonnée pédestre ou cycliste, j'ai choisi cette dernière, même si je n'ai pas vraiment de vélo adapté.
J'ai tout préparé la veille : je leur ai acheté des pizza Picard pour le déjeuner, j'ai prévu de quoi pique-niquer pour moi, je leur ai fait un emploi du temps détaillé, j'ai choisi avec eux le dessin animé qu'ils pourraient regarder l'après-midi, j'ai répété dix fois qu'ils devraient faire leurs devoirs avant le DVD, j'ai vérifié qu'ils avaient mon numéro de téléphone, j'ai averti le Grand que les enfants le réveilleraient vers 11h30, etc. Quant à moi, je me suis concocté un beau petit itinéraire empruntant en grande partie le début de la véloroute nommée
"véloscénie" : un peu plus de 45 kilomètres pas vraiment plats de chez moi à Versailles en
passant par Sceaux, Massy et Jouy, et retour par le RER. De quoi profiter du soleil qui s'annonçait, et bien faire travailler mes gambettes.
Et puis le matin du dimanche, Miss Thing One s'est levée avec le nez rouge vif à force de se moucher, la voix éraillée, et un beau mal de tête assorti d'une petite angine.
Franchement, c'est pas de la mauvaise volonté, de tomber malade juste le jour où j'ai prévu de passer la journée sur mon vélo loin d'eux ?
La mort dans l'âme, j'ai dû renoncer à mes projets.
...
Mais non, je plaisante ! J'ai vérifié qu'elle n'avait pas de fièvre, je lui ai fait avaler un doliprane, j'en ai laissé un autre sur la table à prendre après le déjeuner, je lui ai expliqué que même si je restais je ne pourrais rien faire de plus pour elle, et j'ai filé.
(Oh, ça va, hein. A mon retour, à l'heure du goûter, je lui ai préparé avec amour un chocolat chaud épais, pour me racheter.) (Oui, bon, je m'en suis préparé un à moi, parce que je l'avais bien mérité, et je lui en ai donné une tasse, mais ça revient au même, non ?)
Tiens, et si j'écoutais mes messages sur mon téléphone portable ? Malgré mon insistance, il y a encore des gens qui s'obstinent à ne pas utiliser mon fixe, alors que celui-là, quand je suis à la maison, je l'entends toujours (et quand je n'y suis pas, c'est presque toujours que je ne suis PAS disponible, donc que je ne répondrai pas non plus à mon portable !)
Ah oui, tiens, il y a un message. La maîtresse de Miss Thing Two ? Allons bon, que me veut-elle ? La gamine vient de rentrer de l'école, et elle ne m'a rien signalé de spécial.
"Bonjour madame, sauf erreur de ma part nous avions rendez-vous à 15h45 pour la remise des bulletins..."
Oh, zuuut ! J'ai raté le rendez-vous !
Mais... attends une seconde... Où est mon agenda ? Il me semble...
C'est bien ça. J'avais rendez-vous avec la maîtresse du Filou hier, et avec le maître et la maîtresse des Things aujourd'hui.
J'ai raté trois rendez-vous en deux jours.
Je pense que je suis officiellement la plus mauvaise mère de toute l'école.
(Quelqu'un aurait une cheminée, pour que je puisse me couvrir la tête de cendres ?)
PS : Cela dit, je les ai déjà vu, les trois bulletins, et ils sont tout à fait convenables, donc oui, j'avoue que j'ai classé ces rendez-vous dans le coin de mon cerveau intitulé "démarches qu'il faut bien faire mais pas franchement utiles".
Une amie, qui m'offre souvent des santons en période de Noël, m'avertit qu'Escoffier est menacé de faillite à cause de l'annulation des marchés de Noël. Du coup, je passe commande sur leur site pour les soutenir.
Puis elle m'envoie la photo suivante, avec comme commentaire :
Je parie que tu ne l'as pas, ce santon !
Je lui réponds :
Non, en effet, je ne l'ai pas !
(J'espère juste qu'elle n'a pas l'intention de me l'offrir. Pouchky, si tu me lis, n'importe lequel mais pas celui-là*.) (Euh, non, pas n'importe lequel : je ne tiens pas à avoir le prêtre ou le Père Noël qui assistent à la naissance de Jésus, parce que même si je ne suis pas allergique aux anachronismes, là ça va trop loin. Et je n'aime pas beaucoup les anges.) (Dans la crèche, je veux dire : je n'ai rien contre ceux qui ornent les plafonds des palais, même si je n'en voudrais pas chez moi)
Et puis j'enchaîne :
Figure-toi qu'après avoir feuilleté le catalogue Escoffier pour passer commande, j'ai enfin compris le sens de l'expression "le ravi de la crèche" !
(Pour ceux qui ne savent pas, l'explication est ici.)
Elle :
Pourquoi, tu l'imaginais comment, le ravi ?
Moi :
En fait je n'avais jamais fait le lien avec les santons. Je n'avais jamais compris de quoi il s'agissait. D'un berger en extase dont il était question dans l’Évangile ? D'un père enchanté de se débarrasser enfin de son bébé en le déposant à la crèche le lundi matin ?
Ben quoi ?
* Il paraît qu'il s'est vendu comme des petits pains, pour 35 euros. Comme elle dit, les gens sont fous.
PS : Je précise que ce n'est PAS Escoffier qui commercialise ce santon ! Ne les boycottez pas !
| (Ceux qui ne sont pas allergiques aux niaiseries peuvent cliquer pour lire.) |
Finalement, une fois le battant brisé, avec des éclats de bois partout sur la moquette et dans l'escalier, j'ai récupéré mon petit bonhomme qui n'en pouvait plus de pleurer. Je crois vraiment qu'il n'a pas compris que nous n'arrivions plus à ouvrir, mais qu'il a été traumatisé de nous voir casser la porte, surtout qu'il avait l'air de penser que c'était sa faute (il a dû croire que c'est parce qu'il avait trop tiré sur la poignée qu'elle lui était restée dans les mains). Miss Thing One aussi était bouleversée, d'ailleurs, et il a fallu lui promettre de racheter une nouvelle porte, ce qu'elle voulait que nous fassions immédiatement, dans la nuit, parce que laisser cette porte dans cet état-là, ça la perturbait beaucoup.