Mercredi matin, email :
Chère Fofo,
Je t'écris parce que je voulais te proposer une nouvelle traduction, d'un roman très sympathique dont les droits ont déjà été vendus dans sept langues ! Tu trouveras plus d'information dans la présentation en pièce jointe. J'espère que ça te tentera !
Bien à toi,
Editrice
Jusque-là, j'étais ravie. Et puis j'ai lu le post-scriptum :
PS : Il y a 400 pages, et j'aurai besoin du texte pour fin août.
Ah.
Alors, mettons que je lâche ce que je suis en train de faire actuellement (pas d'urgence : comme j'avais un trou, j'ai pris de l'avance sur mon planning de l'automne) et que je m'y mette immédiatement.
Voyons, du 23 juin au 1er juillet je suis sur un vélo, à partir du 8 juillet les enfants sont à la maison à plein temps, et du 13 juillet au 30 août je suis en vadrouille avec mes mômes. Mettons que je travaille un peu, quand j'ai le temps. Entre les quatre repas par jour (acheter, préparer, cuisiner, laver, ranger) et les deux lessives quotidiennes (trier, étendre, plier, ranger), et bien entendu les sorties avec les enfants (organiser, préparer, conduire, visiter, revenir, ranger), je dois pouvoir faire, disons... entre trois et cinq pages par jour ? Sauf au camping, bien sûr. Et les jours où on voyage. Et ceux où nous avons prévu une grande sortie...
Bon, le calcul est vite fait, en réalité.
Chère éditrice,
J'aurais vraiment aimé accepter, mais avec les vacances scolaires qui arrivent, je ne vais vraiment pas réussi à traduire 400 pages d'ici fin août... Je le regrette beaucoup. J'imagine qu'on ne peut pas repousser la remise à fin septembre ?
Bien à toi,
Fofo
48h de silence.
Ce matin, elle m'appelle :
— Allô, Fofo, écoute, je t'appelle pour en discuter, parce que j'aimerais bien que ce soit toi qui le fasses... Et puis je dois t'avouer que j'ai contacté d'autres traducteurs, et je n'ai eu que des réponses négatives. Tous ceux qui ont des enfants partent en vacances, et même ceux qui n'en ont pas...
(Ces traducteurs, quels flemmards, franchement !)
— Il doit bien y avoir quelques traducteurs qui ne partent pas, non ?
— Il y a aussi ceux dont le planning est déjà plein.
(Ils sont pénibles, ces traducteurs, à prévoir du travail plusieurs mois à l'avance, au lieu d'attendre gentiment près de leur téléphone qu'on leur donne un truc à faire !)
— Mais pourquoi est-ce que c'est aussi urgent ? J'ai vu que le livre en VO va sortir en novembre. Vous espérez le sortir en même temps ?
— Non, non, il est prévu pour janvier, mais on a une réunion des représentants début septembre.
(J'aurais dû m'en douter : c'est toujours à cause de la réunion des représentants.*)
— Et si, fin août, je te donnais un tiers de la traduction, plus un résumé détaillé du reste du livre ? Peut-être que les représentants s'en contenteraient ?
— Mmm... J'aurais aimé leur donner le texte complet.
— Mais vous venez juste de l'avoir, ce texte ? Parce que si tu m'avais contactée il y a deux ou trois semaines, j'aurais peut-être accepté.
— C'est vrai ? C'est dommage ! Non, on l'avait déjà, mais on vient juste de faire notre programme 2018, donc on ne savait pas qu'il allait paraître en janvier.
(Et bien entendu, il n'est venu à l'idée de personne que même s'il devait paraître en mai ou septembre, on pourrait quand même le mettre en traduction tout de suite. Non.)
— Écoute, je suis vraiment désolée, mais c'est trop tard pour annuler mes vacances et inscrire mes enfants dans une colonie !
— Bon, je vais y réfléchir. Je te rappelle d'ici ce soir.
Finalement, elle a accepté la remise partielle fin août et le reste fin septembre. Puisque je m'obstinais à vouloir partir en vacances avec mes enfants...
*Pour ceux qui n'y connaissent rien, les représentants sont les
intermédiaires entre éditeurs et librairies : ceux que les éditeurs
doivent convaincre que tel livre est super, pour qu'ils
convainquent à leur tour les libraires d'en mettre plein d'exemplaires dans leur librairie.