jeudi 25 octobre 2012

Jamais

Je n'ai jamais autant manqué de sommeil, sauf peut-être quand j'avais deux jumeaux nouveaux-nés.
Je n'ai jamais été autant en retard sur mon planning de traduction, même quand je nidifiais.
Je n'ai jamais pris aussi peu de temps pour cuisiner et pour manger, même quand j'étais célibataire.
Je n'ai jamais entamé une année scolaire avec autant d'enfants.
Je n'ai jamais acheté une maison, et encore moins dans une banlieue dont j'ignorais l'existence il y a trois mois.
Je n'ai jamais visité New York.
(Non, aucun rapport, je continuais sur ma lancée) (désolée) (faites pas attention, je vais me coucher...)



mercredi 24 octobre 2012

A bout de souffle

Premier hiver en collectivité pour le Petit. Premiers microbes, ou premiers virus (jamais compris la différence).
Deux ou trois jours un peu ronchon, avec une température un peu trop haute, un nez pris, de la toux. Et surtout, deux ou trois mauvaises nuits, qui se terminent en apothéose sur celle où le gamin ne dort QUE dans mes bras entre 3h30 et 7h, heure à laquelle se lève la maisonnée.

Et puis hier matin, enfin, un bon petit 38,5° ! Allez, hop, on appelle le médecin !
Sauf que le pédiatre travaille non-stop de 7h30 à 21h, que le médecin de la résidence est en vacances, et que mon propre médecin est à la retraite. Je finis par dénicher un généraliste qui me reçoit hier soir. Un jeune médecin, un remplaçant, qui n'a de toute évidence pas l'habitude des enfants ; très gentil, mais qui a un peu de mal à examiner la gorge ou les oreilles d'un bébé qui se débat.
Verdict ?
— L'examen clinique est normal, madame. Il n'a rien.

Bon. Je sais déjà ce qui m'attend : une autre très mauvaise nuit, et puis une autre consultation demain ou après-demain, où on m'annoncera que le môme a une otite carabinée. C'est toujours comme ça. Quand un médecin jure la main sur le coeur qu'un gamin n'a rien (ou la version plus conciliante, "ce doit être les dents") alors que les parents en bavent depuis un bout de temps (et le gamin, n'en parlons pas), ce sont toujours les parents qui ont raison. Toujours. Il n'a peut-être rien de visible pour l'instant, ce gosse, mais il a quelque chose. Et comme mes deux grands-parents maternels, ma mère, ma soeur, moi-même et mes trois premiers enfants sont tous victimes d'otites à répétition, je parierais pour une otite.

Une très mauvaise nuit plus tard, le pédiatre accepte de me recevoir "entre deux patients".
En fait, c'est une bronchiolite. Ah oui ? Tiens, c'est nouveau, ça. Il paraît que j'en ai fait, petite, mais en tant que parent, je suis miraculeusement passée au travers. Du coup, je suis presque guillerette. J'aime les nouvelles expériences.
Bronchiolite, donc. Bronchiolite "sifflante", même. Ce qui signifie apparemment qu'il fait un bruit de pneu qui se dégonfle en permanence, qu'on peut compter toutes ses côtes à chaque fois qu'il tente d'inspirer un peu d'air, et qu'il halète toute la journée comme s'il venait de courir un marathon. Remèdes ? Pas d'antibiotique, juste du doliprane, de la ventoline (bon courage), et... de la kiné respiratoire. On m'en avait parlé, je l'ai testée cet après-midi. Une dame adorable a torturé mon gamin, a appuyé de toutes ses forces sur sa cage thoracique, lui a fourré un mouchoir jusqu'au fond de la gorge pour le faire vomir, puis lui a fermé la bouche et a injecté au moins un demi-litre de sérum phy dans sa narine gauche, lequel sérum phy est ressorti par la narine droite accompagné d'un bon litre de mucus. Tu m'étonnes qu'il n'arrivait plus à respirer, le pauvre chou.
Je ne sais pas s'il a été traumatisé, mais moi, oui.
— On se revoit demain ? m'a dit la dame adorable quand je suis partie.
Ah ben oui, vous pensiez qu'une unique séance suffisait ? Que nenni.

Ah, et j'oubliais le meilleur : pas de crèche. Le pédiatre m'a annoncé ça d'un air un peu désolé ; il faut croire que ma bonne mine laisse deviner que j'ai dormi environ huit heures en trois nuits. Mais c'est comme ça. Le gamin a besoin de repos, ce qui consiste à faire les aller-retour à la crèche pour aller chercher les Things, aller à la pharmacie, aller chez le kiné, aller faire les courses d'appoint, bref, à passer la journée en vadrouille dans les rues de Paris.
C'est moi qui le garde, bien sûr, parce que Darling travaille, lui. Trois jours, jusqu'au weekend. Le jour où je devais traduire ces albums urgents ? Oui. Le jour où j'avais rendez-vous dans une énième banque pour essayer de trouver un financement acceptable ? Oui, aussi. Et le jour où j'avais rendez-vous chez le notaire pour signer la promesse d'achat de notre future maison ? Oui, ce jour-là également.

— Tant pis pour toi, m'a dit Darling. Tu n'avais qu'à ne pas le sevrer.

mardi 23 octobre 2012

Fantômette


Fantômette vue par Josette Stefani
Je m'aperçois que, dans la liste des mes grands amours littéraires de jeunesse, je ne vous ai jamais parlé de Fantômette.
Pourtant, Fantômette, c'est mon héroïne numéro un. LA compagne de mon enfance. LA série de livres que je connais par cœur ou presque. Au cours de ma vie, je n'ai rencontré que deux personnes qui étaient meilleures que moi au quiz Fantômette, avec des questions comme "A quel moment voit-on Fantômette boire une tasse de thé ?" ou "Dans quelles histoires Fantômette se déguise-t-elle en garçon ?" ou même "Que mange Fantômette sur l'île de la Sorcière ?", ou encore "A quelle occasion apprend-on que Fantômette parle espagnol ?"
A tel point que lorsqu'il a fallu choisir un avatar pour ce blog, c'est tout naturellement cette jolie Fantômette bouclée et sans son masque dessinée par Jeanne Hives (ci-dessus, à droite) que j'ai choisie...

Qui est Fantômette, donc ?
Eh ! bien, c'est une fille, d'un âge indéterminé (quelque part entre 10 et 14 ans, disons ; selon l'auteur, "elle a l'âge du lecteur"), à la double identité, qui va à l'école pendant la journée et traque les bandits le soir (et en vacances !). Sa particularité ? N'en avoir aucune. Pas de pouvoirs magiques, pas de gadgets improbables, rien de spécial, juste une intelligence hors du commun et un goût de l'aventure très poussé. Et ça, c'est formidable. Comment voulez-vous vous identifier à Superman ou à Artemis Fowl ? A Fantômette, en revanche, c'est possible !
Elle est presque toujours flanquée de deux amies improbables, dont une grande farfelue au caractère ahurissant qui plaît parfois plus que Fantômette elle-même à certains fan de la série, la fameuse Ficelle. Il y a aussi un journaliste qui tire notre aventurière de bien des mauvais pas, et lui permet de se mouvoir dans un monde d'adultes sans attirer l'attention. Et puis un chat noir qui reste sagement à la maison pendant que sa maîtresse court les rue, un commissaire assez borné, et toute une galerie de méchants de tous poils !
La série comprend une cinquantaine de volumes, dont la plupart écrits entre 1961 et 1987, parus dans la Bibliothèque Rose (Hachette), et successivement illustrés par Jeanne Hives, Josette Stefani, Philippe Daure, et d'autres encore, jusqu'aux rééditions actuelles avec des dessins de Laurence Moraine. Quarante-neuf volumes (très exactement) que j'ai lu, relus, et re-re-relus, probablement une bonne vingtaine de fois chacun, ou plus. Même adolescente, alors que j'avais théoriquement passé l'âge, il m'arrivait encore d'en avaler un en même temps que mon goûter. Une heure plus tard, la parenthèse enchantée terminée, je pouvais attaquer mes devoirs ou un Balzac...
Bien sûr, au fil du temps, la série a évolué. Les premiers volumes fleurent bon la campagne, avec le carnaval de la ville, des écolières qui jouent à la marelle, des petits méchants sans envergure, et même des plumes qu'on trempe dans un encrier. Le milieu de la série pétille, avec des aventures plus palpitantes, plus poussées, des voyages, des méchants grandioses. La fin est moins réussie, en particulier les derniers volumes (dont quatre nouvelles histoires parues depuis 2006), où on sent que l'auteur s’essouffle – et comment le lui reprocher, après plus de quarante titres ?

Au salon de Montreuil, en décembre 2010
Pourquoi est-ce que je vous raconte ça aujourd'hui ?
Parce que Georges Chaulet vient de mourir, à l'âge de 81 ans. J'avais eu le plaisir de le rencontrer à plusieurs reprises ; c'était un sacré bonhomme, souriant, farceur, plein d'entrain, conscient de sa valeur mais jamais hautain, avec qui il était impossible de discuter sérieusement pendant plus de deux minutes sans que ça dégénère en jeux de mots et plaisanteries de tout genre. Un vieux monsieur toujours jeune, qui voulait absolument qu'on l'appelle "Jojo", et que je n'ai jamais suffisamment remercié d'avoir autant contribué à mon amour de la lecture et probablement à mon envie d'écrire.

Merci, Monsieur Jojo.

lundi 22 octobre 2012

Repas à six

Une troisième chaise haute ultra-solide est arrivée d'Allemagne vendredi. Du coup, ce weekend, nous avons pris nos premiers repas à six autour de la table. Certes, le Petit avait mangé auparavant, mais comme il râlait quand on le mettait par terre, nous l'avons pris avec nous et lui avons donné un morceau de pain dur à ronger, pour l'occuper. En semaine, je fais trois services (petit-moyens-grands), mais le weekend, nous mangeons de plus en plus souvent avec les Things. Et donc, à partir de maintenant, avec le benjamin de la famille.
Disputes et fous-rires, caprices et câlins.
Parfois, on se serait cru dans un asile de fous, et deux minutes plus tard, on aurait pu tourner une pub pour l'ami-du-petit-déjeuner, ou Nutella, ou Kinder, ou n'importe quel aliment qui rend les familles heureuses, unies, en bonne santé, et mortes de rire.
En revanche, Darling et moi avons renoncé à avoir une conversation sérieuse à table pour les vingt années à venir. Au moins. Mais ça tombe bien, nous n'avons pas grand-chose de vraiment sérieux à nous dire.

dimanche 21 octobre 2012

Dans la foulée

Il y a deux ou trois jours, le Petit a enfin compris comment s'asseoir. L'équilibre n'est pas encore impeccable, mais ça devrait venir très vite.
Hier, après avoir perfectionné sa technique pendant quelques semaines, il a appris à marcher à quatre pattes pour de bon. Il en a profité pour faire le tour de l'appartement.
Aujourd'hui, il s'est mis debout pour la première fois, en s'agrippant à la couette qui pendait du lit du Grand.

Mardi, il vient faire un petit footing de dix kilomètres avec moi ?

samedi 20 octobre 2012

Course à pied

Après la grossesse et l'accouchement, il a fallu attendre la fin de la rééducation périnéale : sport interdit avant.
Après la rééducation périnéale, il a fallu attendre l'entrée en crèche : je n'allais pas courir avec le gamin dans le porte-bébé.
Après l'entrée en crèche, il a fallu attendre le sevrage : je ne rentrais plus dans mes soutiens-gorge de sport, et c'était déjà la taille maximale chez Decathlon (chez Go Sport, ils m'avaient envoyé sur les roses).
Après le sevrage, il a encore fallu attendre la fin des engorgements et désagréments divers.

Je me suis mise à la course à pied en 2008, sur les conseils de Darling, tout en étant convaincue que je détesterais ça. J'ai très vite accroché. Six mois plus tard, je faisais ma première course officielle de 10 km. J'en ai beaucoup fait pendant deux ans. Puis j'ai enchaîné des soucis de santé, la gestation des Things, l'allaitement, une nouvelle grossesse quelques mois plus tard, avec un agenda professionnel plein à craquer par-dessus le marché. Autant dire qu'au cours des dernières années, je n'ai pas eu beaucoup d'occasion de pratiquer régulièrement, ou même de pratiquer tout court.

Et puis hier, j'ai décidé que c'était le moment de m'y remettre.

Je me suis levée presque gaiement, j'ai petit-déjeuner sur le pouce, j'ai changé les trois couches et habillés les trois petiots, j'ai expédié lesdits petiots à la crèche avec Darling, et je me suis préparée. Le soutif : c'est bon, je rentre. Les vêtements : un peu serrés, mais on s'en fout. Les chaussures : bon sang, mais où sont-elles ? Ah, oui, ensevelies sous toutes les autres. La clef : bien coincée dans la poche intérieure. Le mouchoir : dans le soutif, à portée de main. Un billet de dix euros : on ne sait jamais, une entorse, besoin d'un taxi... Et ma carte Vélib' ? Introuvable. Tant pis pour ma carte Velib', je ferai une boucle au lieu d'aller le plus loin possible et de rentrer en vélo. Pas de lecteur MP3, pas aujourd'hui, il va falloir que je me concentre sur ma respiration. Pas de cardio-fréquencemètre pour vérifier où j'en suis , je ferai de l'endurance, ce sera déjà bien si je tiens plus de dix minutes. Allez, hop, c'est parti !

J'ai couru un peu plus de six kilomètres. Cinquante minutes, en comptant deux petites pauses pendant lesquelles j'ai marché. Pas de point de côté, pas de crise cardiaque, pas même d’essoufflement majeur. Je suis heureusement surprise de m'en être si bien sortie, même si j'avais déjà constaté que recommencer après des mois ou des années d'interruption n'équivalait pas du tout à repartir de zéro. Des étirements par acquit de conscience, une bonne douche, une tasse de thé vert fumante, une certaine lassitude dans les membres, une grande satisfaction, la vie est belle, je suis fière de moi, je suis ravie, tout va très bien !


Ça, c'était hier. Aujourd'hui, je peux à peine me lever de ma chaise tant je suis moulue par les courbatures.

Allez, demain, j'y retourne.

vendredi 19 octobre 2012

Ça va banquer !

Ma banque, dans laquelle je suis depuis que ma mère m'a ouvert un compte quand j'étais petite ; c'est dire si je suis une cliente fidèle. Rendez-vous avec ma conseillère (la quatrième en trois ans).
On m'a bien dit que cette banque était une des plus chères et moins flexibles du marché, mais vu la manière dont on m'a reçue dans cette autre banque, j'ai décidé que ce serait plus simple d'aller là où on me connaissait déjà.


— Bonjour, Madame. Alors voilà : je suis sur le point d'acheter une maison à X00.000 euros, et j'ai un appart de X50.000 euros à vendre, donc ça couvre aussi les frais de notaires. Je voudrais un prêt-relais.
— Vous avez un apport personnel ?
— De l'argent de côté, vous voulez dire ? Ben non. Pourquoi ?
— Parce que c'est indispensable. Ça doit représenter au minimum l'équivalent des frais de notaire. A la rigueur, on peut vous aider à le financer en partie, en vous faisant un prêt à la consommation très très cher avec des conséquences très très lourdes, mais il faut que je demande l'autorisation de mon directeur.

(Allons bon. Ça commence mal. Mais Darling a un frère cossu qui devrait pouvoir nous prêter ça officieusement. Vive la famille.)

— Bon, alors admettons que j'aie un apport personnel.
— Très bien. Alors je vais vous faire un prêt-relais qui couvre 70% de la valeur la plus basse estimée par les agences.
— Comment ? Mais ça ne va pas suffire !
— Pas de problème, on vous fera aussi un prêt immobiliser sur vingt ans pour couvrir la somme restante.
— Mais qu'est-ce que ça change ?
— C'est plus sûr. Et puis le taux d'intérêt du prêt immobilier est supérieur à celui du prêt-relais, nous y gagnons.

(Ah. Je vois.)

— Bon. Alors admettons que je prenne un prêt-relais ET un prêt immobilier. Je rembourserai les deux quand j'aurai vendu mon appartement.
— Ah, mais attention, si vous remboursez trop tôt, il y a de grosses pénalités. Et puis de toutes façons, chez nous, il est interdit de rembourser les prêts immobilier avant cinq ans.

(C'est à ce stade de la conversation que j'ai décidé de changer de banque.)

— Bon. Alors admettons que j'aie un apport personnel, et que je prenne un prêt immobilier dont je n'ai absolument pas besoin, et que je ne le rembourse pas tout de suite. Quand j'aurai vendu mon appartement, il me restera de l'argent, du coup. Qu'est-ce que j'en fais ?
— Vous pouvez le placer chez nous, à des taux très avantageux.
— Vraiment ? Meilleurs que ceux du prêt immobilier sur vingt ans que vous m'obligez à prendre ?
— Ah non, bien sûr que non ! Sinon, quel serait l'intérêt pour nous ?

( C'est bien ce qui me semblait.)

— Bon. Alors admettons que j'aie un apport personnel, que je prenne ce prêt immobilier, que je ne vous rembourse pas trop tôt, et que je place l'excédent ensuite. Maintenant, c'est bon ?
— Vous allez pouvoir payer les intérêts du prêt-relais ? C'est une grosse somme.
— Ben, oui, quand j'aurai vendu mon appart, j'aurai plein d'argent – emprunté –, du coup...
— Ah non, je suis désolée, il va falloir les payer mensuellement.
— Ah bon ? Mais on ne peut pas payer les intérêts à la fin, en même temps qu'on rembourse le prêt-relais ? C'est ce qui se fait habituellement, non ?
— Si... mais pas chez nous.

(Elle me cherche, là.)

— Bon. Admettons donc que j'aie un apport personnel, que je prenne un prêt immobilier, que je ne le rembourse pas trop tôt, que je place l'excédent, et que je paie les intérêts mensuellement. Vous me le faites, maintenant, ce prêt-relais, oui ou non ?
— Alors, voyons voir... Vos ressources... Les avis d'imposition... Les impôts fonciers... Les estimations des agences... La somme à emprunter... Les taux du prêt-relais... Oh ! Il y a un problème.
— Encore ? Lequel ?
— Comme les intérêts du prêt-relais sont très élevés, ça vous fait un taux d'endettement à 60%.
— ... ?
— Autrement dit, les intérêts couvrent 60% de vos ressources.
— Ah... et alors ?
— Alors on ne peut pas faire de crédit quand le taux d'endettement dépasse 30%.
— Mais... ça ne sera que pour deux ou trois mois, tout au plus !
— Je suis navrée, mais l'ordinateur refuse d'aller plus loin. Je peux faire autre chose pour vous ?


J'avais bien une réponse toute prête, mais je suis polie.