mardi 23 octobre 2012

Fantômette


Fantômette vue par Josette Stefani
Je m'aperçois que, dans la liste des mes grands amours littéraires de jeunesse, je ne vous ai jamais parlé de Fantômette.
Pourtant, Fantômette, c'est mon héroïne numéro un. LA compagne de mon enfance. LA série de livres que je connais par cœur ou presque. Au cours de ma vie, je n'ai rencontré que deux personnes qui étaient meilleures que moi au quiz Fantômette, avec des questions comme "A quel moment voit-on Fantômette boire une tasse de thé ?" ou "Dans quelles histoires Fantômette se déguise-t-elle en garçon ?" ou même "Que mange Fantômette sur l'île de la Sorcière ?", ou encore "A quelle occasion apprend-on que Fantômette parle espagnol ?"
A tel point que lorsqu'il a fallu choisir un avatar pour ce blog, c'est tout naturellement cette jolie Fantômette bouclée et sans son masque dessinée par Jeanne Hives (ci-dessus, à droite) que j'ai choisie...

Qui est Fantômette, donc ?
Eh ! bien, c'est une fille, d'un âge indéterminé (quelque part entre 10 et 14 ans, disons ; selon l'auteur, "elle a l'âge du lecteur"), à la double identité, qui va à l'école pendant la journée et traque les bandits le soir (et en vacances !). Sa particularité ? N'en avoir aucune. Pas de pouvoirs magiques, pas de gadgets improbables, rien de spécial, juste une intelligence hors du commun et un goût de l'aventure très poussé. Et ça, c'est formidable. Comment voulez-vous vous identifier à Superman ou à Artemis Fowl ? A Fantômette, en revanche, c'est possible !
Elle est presque toujours flanquée de deux amies improbables, dont une grande farfelue au caractère ahurissant qui plaît parfois plus que Fantômette elle-même à certains fan de la série, la fameuse Ficelle. Il y a aussi un journaliste qui tire notre aventurière de bien des mauvais pas, et lui permet de se mouvoir dans un monde d'adultes sans attirer l'attention. Et puis un chat noir qui reste sagement à la maison pendant que sa maîtresse court les rue, un commissaire assez borné, et toute une galerie de méchants de tous poils !
La série comprend une cinquantaine de volumes, dont la plupart écrits entre 1961 et 1987, parus dans la Bibliothèque Rose (Hachette), et successivement illustrés par Jeanne Hives, Josette Stefani, Philippe Daure, et d'autres encore, jusqu'aux rééditions actuelles avec des dessins de Laurence Moraine. Quarante-neuf volumes (très exactement) que j'ai lu, relus, et re-re-relus, probablement une bonne vingtaine de fois chacun, ou plus. Même adolescente, alors que j'avais théoriquement passé l'âge, il m'arrivait encore d'en avaler un en même temps que mon goûter. Une heure plus tard, la parenthèse enchantée terminée, je pouvais attaquer mes devoirs ou un Balzac...
Bien sûr, au fil du temps, la série a évolué. Les premiers volumes fleurent bon la campagne, avec le carnaval de la ville, des écolières qui jouent à la marelle, des petits méchants sans envergure, et même des plumes qu'on trempe dans un encrier. Le milieu de la série pétille, avec des aventures plus palpitantes, plus poussées, des voyages, des méchants grandioses. La fin est moins réussie, en particulier les derniers volumes (dont quatre nouvelles histoires parues depuis 2006), où on sent que l'auteur s’essouffle – et comment le lui reprocher, après plus de quarante titres ?

Au salon de Montreuil, en décembre 2010
Pourquoi est-ce que je vous raconte ça aujourd'hui ?
Parce que Georges Chaulet vient de mourir, à l'âge de 81 ans. J'avais eu le plaisir de le rencontrer à plusieurs reprises ; c'était un sacré bonhomme, souriant, farceur, plein d'entrain, conscient de sa valeur mais jamais hautain, avec qui il était impossible de discuter sérieusement pendant plus de deux minutes sans que ça dégénère en jeux de mots et plaisanteries de tout genre. Un vieux monsieur toujours jeune, qui voulait absolument qu'on l'appelle "Jojo", et que je n'ai jamais suffisamment remercié d'avoir autant contribué à mon amour de la lecture et probablement à mon envie d'écrire.

Merci, Monsieur Jojo.

4 commentaires:

  1. Je n'ai pas lu les 49, mais c'était toujours un plaisir de suivre les aventures de la super-détective capable d'avaler un méchant entre deux interros avec Mlle Bigoudi.
    Je plussoie : Merci, Monsieur "Jojo" (quelle bouille, sur la photo !)

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  2. Ai pensé à toi en entendant la nouvelle à la radio ce matin. Une page se tourne, la bibliothèque rose est en deuil. La vie va, nos auteurs avec...

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  3. Ma mère était une grande fan de Fantômette étant jeune (à la même époque, elle adorait aussi Fifi Brindacier). Je n'ai pas encore eu le plaisir de goûter à ses aventures, mais je compte bien combler cette lacune très vite...

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  4. Merci pour la photo, Fofo.
    Fantômette et les Quatre as m'ont accompagnée un certain nombre d'heures, moi aussi...

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