Je me suis fait livrer dix kilos de pommes. Des royal gala, certifiées AB, parce que je suis une bo-bio.
Ça fait beaucoup, c'est vrai. Deux gros sacs pleins à ras bord. Mais Darling et le Grand en mangent une à chaque repas, ce qui nous fait donc dix-huit pommes par semaine, en ne comptant pas les déjeuners qu'ils prennent au boulot / à la cantine. J'ai beau en acheter plein, il ne m'en reste jamais assez pour faire de la comporte pour les Things, ou des tartes, et pourtant, c'est bon, les tartes.
Pour Darling, cette habitude est assez récente, et liée à des raisons médicales. Comme disait Churchill, "Une pomme par jour éloigne le médecin... pourvu que l'on vise bien." En ce qui concerne le Grand, c'est une phase, comme la phase "un dessert qui n'est pas un yaourt n'est pas un dessert", ou la phase "sans compote, pas de survie", ou la phase "si on ne me donne pas un bout de pain à la fin du repas, je vais mourir". Une passion qui n'aura qu'un temps, mais très intense, pour l'instant.
À tel point que l'autre jour, dans l'Eurostar, en allant vers Londres, il s'est exclamé avec rancoeur :
— Ils sont méchants, les anglais ! Ils n'aiment pas les enfants !
— Qu'est-ce qui te fait dire ça ? me suis-je étonnée.
— Ben, c'est vraiment pas juste que les pommes soient interdites aux moins de quatorze ans...
Pardon ?
Devant mon air plus que perplexe, il s'est justifié :
— Mais si, c'est toi qui me l'a dit, l'autre jour, quand tu lisais ton guide !
Il m'a fallu quelques secondes pour deviner qu'il n'avait pas compris – car il ne le connaissait pas – le mot "pub"...
La vie d'une traductrice, mère célibataire de famille nombreuse
mercredi 30 novembre 2011
mardi 29 novembre 2011
Mi-parcours
Quatre mois et demi de grossesse. Encore autant à tirer.
Bon, je ne peux pas me plaindre, je suis dans la bonne période, entre le trimestre où ma vie se résume à deux phrases en boucle ("J'ai mal au cœuuuuur !" et "Je veux dormiiiiiiir !"), et le trimestre où on ressemble à un hippopotame maladif (mal au dos, varices, diabète, hémorroïdes, mycoses, insomnies, courbatures, et autres cochonneries dont je vous régalerai le moment venu) (les médecins appellent ça "les petits maux de la grossesse") (il faudrait tous les brûler vifs sans procès). Pour l'instant, je n'ai que des broutilles : des douleurs lombaires, une certaine fatigue, une tendance à m’essouffler assez vite, et d'autres désagréments presque négligeables comparés à ce qui m'attend et surtout à ce que j'ai vécu quand j'attendais les Things.
Je me rends consciencieusement aux visites médicales, je réponds à toutes les questions (note pour la prochaine fois : quand la sage-femme qui consulte le dossier s'exclame "Ah, je vois que vous avez eu du diabète gestationnel la dernière fois", ne pas répondre "Oui, ça me pend au nez, d'ailleurs je me gave de chocolats et de petits gâteaux en attendant". Le personnel médical n'a pas forcément le sens de l'humour), j'ai ressorti les T-shirts les plus grands et moches de ma garde-robe, et je ne mange même plus de Mont d'Or ou de saumon cru. Enfin, pas souvent. Pas très souvent.
Et hier, je suis allée à la deuxième échographie. Bon, la dame a compté les fémurs et les doigts, hein, au cas où ça aurait changé depuis la dernière fois, mais surtout, elle a confirmé le sexe, déjà annoncé par l'échographe précédente.
Prémisse : j'ai passé ma jeunesse à tempêter contre les gens qui croyaient aux différences de caractère innés en fonction du sexe. Les phrases du genre "Oh la la, la pauvre, elle a eu trois garçons !" me faisaient bondir. Pour moi, c'était évident, tout était acquis. Il n'y a qu'à voir à quel point on s'adresse différemment aux garçons et aux filles, même nouveaux-nés. Savez-vos qu'Elena Gianni Belotti a même calculé que les tétées duraient moins longtemps pour les filles que pour les garçons, et que ces premières étaient sevrées plus tôt ? OK, c'était en Italie il y a quelques dizaines d'années, mais ça ne m'étonnerait pas que ce soit toujours vrai. En tous cas, on ne peut pas offrir des robes à dentelles aux filles et s'extasier devant leur beauté, ou des marteaux aux garçons et s'extasier devant leur vitalité, et ensuite prétendre que la coquetterie ou l'agressivité sont innés. Non mais.
(Et vous ne me ferez jamais croire que l'amour pour le foot, la cuisine ou le bricolage dépendent du sexe, ou que les hommes viennent de Mars et gnagnagna. Là, pour le coup, je m'y refuse catégoriquement.)
Cependant... en voyant côte à côte le Grand et sa jeune tante, et à présent Miss Thing One et Mr Thing Two, je commence à me poser des questions. Serait-il possible que la culture ne soit pas la seule en cause, que la nature joue aussi un rôle, peut-être pas au niveau du cerveau, mais des hormones ? Que les garçons "bouillent" réellement plus à l'intérieur, et ait davantage besoin de décharger leur trop-plein d'énergie, ce qui les pousserait à faire plus de bruit, plus de mouvements, et du coup plus de bêtises ?
Je n'en sais rien. Peut-être pas. Peut-être que les exclamations de Darling, qui a donné un prénom d'empereur conquérant à Mr Thing Two et qui admire sans cesse sa force, suffisent à expliquer ses différences avec Miss Thing One, qui peut passer vingt minutes à mettre un objet dans une boîte et à le ressortir sans aller casser des bouteilles de bière et ouvrir des flacons d'éosine (par exemple, au hasard).
Et au fond, je m'en fiche. Le fait est que, nature ou culture, les garçons ont bien l'air d'être plus turbulents que les filles – malgré d’innombrables exceptions, heureusement. Quelles qu'en soient les causes, c'est souvent le cas. Et quand elle était instit de maternelle, ma mère, aussi féministe fût-elle, ne l'ignorait pas.
Bref, l'échographe nous a dit qu'elle était sûre de son coup.
C'est un garçon. Et déjà en haut des courbes de croissance, comme son papa, comme son grand frère. Un garçon costaud, donc.
Au secours.
Bon, je ne peux pas me plaindre, je suis dans la bonne période, entre le trimestre où ma vie se résume à deux phrases en boucle ("J'ai mal au cœuuuuur !" et "Je veux dormiiiiiiir !"), et le trimestre où on ressemble à un hippopotame maladif (mal au dos, varices, diabète, hémorroïdes, mycoses, insomnies, courbatures, et autres cochonneries dont je vous régalerai le moment venu) (les médecins appellent ça "les petits maux de la grossesse") (il faudrait tous les brûler vifs sans procès). Pour l'instant, je n'ai que des broutilles : des douleurs lombaires, une certaine fatigue, une tendance à m’essouffler assez vite, et d'autres désagréments presque négligeables comparés à ce qui m'attend et surtout à ce que j'ai vécu quand j'attendais les Things.
Je me rends consciencieusement aux visites médicales, je réponds à toutes les questions (note pour la prochaine fois : quand la sage-femme qui consulte le dossier s'exclame "Ah, je vois que vous avez eu du diabète gestationnel la dernière fois", ne pas répondre "Oui, ça me pend au nez, d'ailleurs je me gave de chocolats et de petits gâteaux en attendant". Le personnel médical n'a pas forcément le sens de l'humour), j'ai ressorti les T-shirts les plus grands et moches de ma garde-robe, et je ne mange même plus de Mont d'Or ou de saumon cru. Enfin, pas souvent. Pas très souvent.
Et hier, je suis allée à la deuxième échographie. Bon, la dame a compté les fémurs et les doigts, hein, au cas où ça aurait changé depuis la dernière fois, mais surtout, elle a confirmé le sexe, déjà annoncé par l'échographe précédente.
Prémisse : j'ai passé ma jeunesse à tempêter contre les gens qui croyaient aux différences de caractère innés en fonction du sexe. Les phrases du genre "Oh la la, la pauvre, elle a eu trois garçons !" me faisaient bondir. Pour moi, c'était évident, tout était acquis. Il n'y a qu'à voir à quel point on s'adresse différemment aux garçons et aux filles, même nouveaux-nés. Savez-vos qu'Elena Gianni Belotti a même calculé que les tétées duraient moins longtemps pour les filles que pour les garçons, et que ces premières étaient sevrées plus tôt ? OK, c'était en Italie il y a quelques dizaines d'années, mais ça ne m'étonnerait pas que ce soit toujours vrai. En tous cas, on ne peut pas offrir des robes à dentelles aux filles et s'extasier devant leur beauté, ou des marteaux aux garçons et s'extasier devant leur vitalité, et ensuite prétendre que la coquetterie ou l'agressivité sont innés. Non mais.
(Et vous ne me ferez jamais croire que l'amour pour le foot, la cuisine ou le bricolage dépendent du sexe, ou que les hommes viennent de Mars et gnagnagna. Là, pour le coup, je m'y refuse catégoriquement.)
Cependant... en voyant côte à côte le Grand et sa jeune tante, et à présent Miss Thing One et Mr Thing Two, je commence à me poser des questions. Serait-il possible que la culture ne soit pas la seule en cause, que la nature joue aussi un rôle, peut-être pas au niveau du cerveau, mais des hormones ? Que les garçons "bouillent" réellement plus à l'intérieur, et ait davantage besoin de décharger leur trop-plein d'énergie, ce qui les pousserait à faire plus de bruit, plus de mouvements, et du coup plus de bêtises ?
Je n'en sais rien. Peut-être pas. Peut-être que les exclamations de Darling, qui a donné un prénom d'empereur conquérant à Mr Thing Two et qui admire sans cesse sa force, suffisent à expliquer ses différences avec Miss Thing One, qui peut passer vingt minutes à mettre un objet dans une boîte et à le ressortir sans aller casser des bouteilles de bière et ouvrir des flacons d'éosine (par exemple, au hasard).
Et au fond, je m'en fiche. Le fait est que, nature ou culture, les garçons ont bien l'air d'être plus turbulents que les filles – malgré d’innombrables exceptions, heureusement. Quelles qu'en soient les causes, c'est souvent le cas. Et quand elle était instit de maternelle, ma mère, aussi féministe fût-elle, ne l'ignorait pas.
Bref, l'échographe nous a dit qu'elle était sûre de son coup.
C'est un garçon. Et déjà en haut des courbes de croissance, comme son papa, comme son grand frère. Un garçon costaud, donc.
Au secours.
lundi 28 novembre 2011
Un pédiatre conciliant
J'aime notre pédiatre. C'est un monsieur d'un certain âge, qui a donc le mérite d'avoir vu passer des dizaines de normes de puériculture sans cesse contradictoires (lire à ce sujet le très drôle L'art d'accommoder les bébés, de Geneviève Delaisi et Suzanne Lallemand) et de prendre tout ça avec un certain recul. Par ailleurs, il est toujours très rassurant, "Ce n'est pas grave" étant sans aucun doute sa phrase préférée. Pas toujours patient avec les gamins remuants, et souvent débordé, mais très gentil, et absolument pas culpabilisant. Il n'a qu'un seul travers, ou plutôt une déformation professionnelle : il s'adresse aux parents avec le même ton gâtifiant qu'il emploie pour parler aux enfants. En clair, comme si nous avions quatre ou cinq ans. Mais c'est plutôt rigolo, une fois qu'on s'est habitué.
Vous lui dites que vous allaitez vos deux bébés jumeaux de cinq mois à 100% ?
- Eh bien c'est très bien, madame. Vous pouvez ajouter un biberon avec un peu de céréales le soir, si vous voulez.
- Oui mais en fait non, je ne veux pas.
- Eh bien c'est pas grave, vous continuez comme ça jusqu'à ce que vous en ayez assez, alors.
Vous lui dites que vous ne voulez pas allaiter ?
- Eh bien c'est pas grave, on va lui donner des biberons.
Vous ne stérilisez pas les biberons ?
- Eh bien c'est pas grave, Madame. Je laisse les parents les faire s'ils en ont envie, mais ce n'est pas du tout obligatoire.
Vous avez complètement oublié de lui donner sa dose de vitamine quotidienne depuis... bon, en fait vous ne la lui donnez jamais ?
- Eh bien c'est pas grave, on va donner une dose mensuelle, alors. Vous croyez que vous pouvez vous en souvenir une fois par mois ?
Votre gamin a des adhérences ?
- Eh bien c'est pas grave, Madame. Il se décalottera tout seul dans le bain dans quelques années.
- Vous ne pensez pas que je devrais...
- Mais non, Madame. Laissez-le tranquille. Vous, vous touchez seulement celui du papa.
(Véridique !)
Ce matin, je lui téléphone pour lui expliquer l'accident arrivé à la dent de Mr Thing Two.
- Oh, ce n'est sûrement pas grave, Madame, mais bon, il vaut mieux que vous l'emmeniez aux urgences pour qu'ils vérifient que la dent définitive va bien.
- Oui, c'est ce qu'on m'a dit de faire, mais je n'ai pas eu le courage ce weekend, enceinte, avec les deux petits...
- Ah, vous êtes encore enceinte ? Félicitations ! Eh bien c'est pas grave, Madame, vous y allez aujourd'hui, ou demain. Vous vous mettez deux coussins sur le ventre pour avoir l'air encore plus enceinte, et vous passez devant tout le monde.
Décidément, j'aime notre pédiatre.
Vous lui dites que vous allaitez vos deux bébés jumeaux de cinq mois à 100% ?
- Eh bien c'est très bien, madame. Vous pouvez ajouter un biberon avec un peu de céréales le soir, si vous voulez.
- Oui mais en fait non, je ne veux pas.
- Eh bien c'est pas grave, vous continuez comme ça jusqu'à ce que vous en ayez assez, alors.
Vous lui dites que vous ne voulez pas allaiter ?
- Eh bien c'est pas grave, on va lui donner des biberons.
Vous ne stérilisez pas les biberons ?
- Eh bien c'est pas grave, Madame. Je laisse les parents les faire s'ils en ont envie, mais ce n'est pas du tout obligatoire.
Vous avez complètement oublié de lui donner sa dose de vitamine quotidienne depuis... bon, en fait vous ne la lui donnez jamais ?
- Eh bien c'est pas grave, on va donner une dose mensuelle, alors. Vous croyez que vous pouvez vous en souvenir une fois par mois ?
Votre gamin a des adhérences ?
- Eh bien c'est pas grave, Madame. Il se décalottera tout seul dans le bain dans quelques années.
- Vous ne pensez pas que je devrais...
- Mais non, Madame. Laissez-le tranquille. Vous, vous touchez seulement celui du papa.
(Véridique !)
Ce matin, je lui téléphone pour lui expliquer l'accident arrivé à la dent de Mr Thing Two.
- Oh, ce n'est sûrement pas grave, Madame, mais bon, il vaut mieux que vous l'emmeniez aux urgences pour qu'ils vérifient que la dent définitive va bien.
- Oui, c'est ce qu'on m'a dit de faire, mais je n'ai pas eu le courage ce weekend, enceinte, avec les deux petits...
- Ah, vous êtes encore enceinte ? Félicitations ! Eh bien c'est pas grave, Madame, vous y allez aujourd'hui, ou demain. Vous vous mettez deux coussins sur le ventre pour avoir l'air encore plus enceinte, et vous passez devant tout le monde.
Décidément, j'aime notre pédiatre.
samedi 26 novembre 2011
Un samedi avec Mr Thing Two
Ce matin, un peu avant six heures, Mr Thing Two s'est réveillé et s'est mis à crier. Non qu'il ait cru que la journée avait commencé : je ne les lève jamais avant sept heures, et ils ont pris le pli. Il a dû avoir un cauchemar, ou mal quelque part. Mais il ne voulait pas se rendormir dans son lit, non. Ni dans mes bras, d'ailleurs. Non, il voulait que j'aille m'allonger sur le canapé, avec lui contre moi, le doudou dans une main, et son énorme peluche de chien de l'autre. J'ai cédé, pour avoir la paix, mais juste cinq minutes, puis je l'ai recouché. Il a réveillé toute la maison avec ses hurlements. Un caprice à six heures du matin, la journée commençait bien.
Vers dix heures, il est rentré pour la quinzième fois de suite dans la cuisine où il n'a pas le droit de mettre les pieds, mais au lieu de prendre une boîte quelconque, ou même la boîte à farine comme c'est arrivé une fois (un souvenir délicieux), il s'est emparé d'une bouteille de bière qu'il a projeté sur le sol. Il y en avait jusque sous le buffet, et je ne parle même pas des éclats de verre.
A midi, le déjeuner ne lui convenait pas (des pâtes avec des courgettes en mini-dés, de la crème fraîche et un peu de fromage). Depuis une semaine, je n'ai pas souvenir que le plat principal lui ait convenu une seule fois, de toute façon. Il a essayé de jeter l'assiette par terre. Je l'ai rattrapée au vol, seule la cuillère est allée projeter des pâtes et des courgettes partout. J'ai dû le nourrir tout en lui racontant en même temps le nouveau livre de Mimi que je lui ai acheté ce matin.
A quinze heures, il s'est cogné violemment contre un jouet et s'est à moitié déchaussé une incisive. A moins que la dent ait déjà été fragilisé par sa chute de dimanche dernier, quand il a réussi à escalader les barreaux de son lit tout en étant emmitouflé dans sa gigoteuse. Bref, ça saignait, et la dent bougeait. J'ai appelé le samu, et on m'a conseillé d'aller aux urgences pour qu'on lui fasse une radio. Je ne suis pas allée aux urgences poireauter quatre heures, enceinte, avec deux bébés. Je suis une mère indigne. J'ai décidé que ça pouvait attendre 48h, car de toute façon, d'après ce que j'ai compris, si la dent doit tomber, il n'y a pas moyen de l'en empêcher. On verra ça lundi.
Au dîner, il a détesté le plat principal (de la purée de pommes de terre et de chou rouge), mais pour de vrai, cette fois : il a bien voulu goûter, et il a eu un haut-le-coeur immédiat. Sa soeur a accepté d'en avaler quelques cuillerées, sans conviction, mais pas lui. Pour une fois, je n'ai pas insisté. J'ai dû aller leur faire une purée mousseline en quatrième vitesse. Il ne l'a pas terminée, mais après il a réclamé trois desserts.
Juste avant d'aller se coucher, pendant que je changeais sa couche, il a réussi à attraper un flacon d'éosine. Et surtout, quelques minutes plus tard, au milieu du salon, il a réussi à l'ouvrir. Pendant qu'il y était, il a goûté le contenu. Il a immédiatement vomi tout son dîner sur les pieds de sa sœur, qui n'a pas apprécié. (Si vous avez bien suivi, j'ai donc une paire de chaussons qui sent la bière, et une autre qui sent le vomi.) Je l'ai douché, mais l'éosine, ça ne part qu'avec la pierre ponce, ou au bout de quelques jours. Il a l'air de s'être mis du rouge à lèvres. Il avait aussi les mains rouges, ce qui l'agaçait : il n'arrêtait pas de s'essuyer sur ma joue.
Là, il dort. Je pense cependant que la nuit risque d'être difficile : il avait un peu de fièvre en fin de journée, et puis selon son planning, il est malade le samedi toutes les deux semaines, donc ça tombe aujourd'hui.
— Et le Grand ? me direz-vous. Et Miss Thing One?
Pardon, qui ça ?
(Je jure que rien n'a été inventé et que tout s'est réellement passé aujourd'hui. En revanche, j'exagère un peu en ce qui concerne Miss Thing One : elle était très ronchon – peut-être couve-t-elle aussi quelque chose, ce serait logique – et ne s'est donc pas laissée oublier si facilement. Demain, j'organise l'enterrement des mes tympans, venez nombreux.)
Vers dix heures, il est rentré pour la quinzième fois de suite dans la cuisine où il n'a pas le droit de mettre les pieds, mais au lieu de prendre une boîte quelconque, ou même la boîte à farine comme c'est arrivé une fois (un souvenir délicieux), il s'est emparé d'une bouteille de bière qu'il a projeté sur le sol. Il y en avait jusque sous le buffet, et je ne parle même pas des éclats de verre.
A midi, le déjeuner ne lui convenait pas (des pâtes avec des courgettes en mini-dés, de la crème fraîche et un peu de fromage). Depuis une semaine, je n'ai pas souvenir que le plat principal lui ait convenu une seule fois, de toute façon. Il a essayé de jeter l'assiette par terre. Je l'ai rattrapée au vol, seule la cuillère est allée projeter des pâtes et des courgettes partout. J'ai dû le nourrir tout en lui racontant en même temps le nouveau livre de Mimi que je lui ai acheté ce matin.
A quinze heures, il s'est cogné violemment contre un jouet et s'est à moitié déchaussé une incisive. A moins que la dent ait déjà été fragilisé par sa chute de dimanche dernier, quand il a réussi à escalader les barreaux de son lit tout en étant emmitouflé dans sa gigoteuse. Bref, ça saignait, et la dent bougeait. J'ai appelé le samu, et on m'a conseillé d'aller aux urgences pour qu'on lui fasse une radio. Je ne suis pas allée aux urgences poireauter quatre heures, enceinte, avec deux bébés. Je suis une mère indigne. J'ai décidé que ça pouvait attendre 48h, car de toute façon, d'après ce que j'ai compris, si la dent doit tomber, il n'y a pas moyen de l'en empêcher. On verra ça lundi.
Au dîner, il a détesté le plat principal (de la purée de pommes de terre et de chou rouge), mais pour de vrai, cette fois : il a bien voulu goûter, et il a eu un haut-le-coeur immédiat. Sa soeur a accepté d'en avaler quelques cuillerées, sans conviction, mais pas lui. Pour une fois, je n'ai pas insisté. J'ai dû aller leur faire une purée mousseline en quatrième vitesse. Il ne l'a pas terminée, mais après il a réclamé trois desserts.
Juste avant d'aller se coucher, pendant que je changeais sa couche, il a réussi à attraper un flacon d'éosine. Et surtout, quelques minutes plus tard, au milieu du salon, il a réussi à l'ouvrir. Pendant qu'il y était, il a goûté le contenu. Il a immédiatement vomi tout son dîner sur les pieds de sa sœur, qui n'a pas apprécié. (Si vous avez bien suivi, j'ai donc une paire de chaussons qui sent la bière, et une autre qui sent le vomi.) Je l'ai douché, mais l'éosine, ça ne part qu'avec la pierre ponce, ou au bout de quelques jours. Il a l'air de s'être mis du rouge à lèvres. Il avait aussi les mains rouges, ce qui l'agaçait : il n'arrêtait pas de s'essuyer sur ma joue.
Là, il dort. Je pense cependant que la nuit risque d'être difficile : il avait un peu de fièvre en fin de journée, et puis selon son planning, il est malade le samedi toutes les deux semaines, donc ça tombe aujourd'hui.
— Et le Grand ? me direz-vous. Et Miss Thing One?
Pardon, qui ça ?
(Je jure que rien n'a été inventé et que tout s'est réellement passé aujourd'hui. En revanche, j'exagère un peu en ce qui concerne Miss Thing One : elle était très ronchon – peut-être couve-t-elle aussi quelque chose, ce serait logique – et ne s'est donc pas laissée oublier si facilement. Demain, j'organise l'enterrement des mes tympans, venez nombreux.)
vendredi 25 novembre 2011
Une bonne journée
Aujourd'hui, j'ai eu deux rendez-vous avec deux éditrices que j'aime beaucoup, j'ai programmé mes traductions jusqu'à fin 2012 (congé maternité inclus, quand même), j'ai admiré Notre-Dame et la Grande Bibliothèque vues de la Seine, j'ai adhéré à Osez le féminisme, j'ai fait du pâté de foie et du carrot cake, j'ai admiré la photo de classe de mon Grand, j'ai lu un article sur le militantisme dans Télérama... et j'ai même travaillé un peu.
La vie est belle.
(OK, à l'heure où j'écris ces lignes, je n'ai pas encore affronté les trois caprices quotidiens, minimum, de Mr Thing Two : "Je veux regarder Mimi toute la soirée", "Je ne veux pas manger autre chose que le dessert", "Je veux m'endormir dans les bras de maman et pas dans mon lit"... Mais ça ne m'ôtera pas ma bonne humeur, na !)
La vie est belle.
(OK, à l'heure où j'écris ces lignes, je n'ai pas encore affronté les trois caprices quotidiens, minimum, de Mr Thing Two : "Je veux regarder Mimi toute la soirée", "Je ne veux pas manger autre chose que le dessert", "Je veux m'endormir dans les bras de maman et pas dans mon lit"... Mais ça ne m'ôtera pas ma bonne humeur, na !)
Londres chez les CM1
Hier, je suis allé à l'école du Grand pour faire un "exposé" sur Londres. J'ai apporté une douzaine de photos qui ont suscité des centaines de questions, j'ai un peu parlé de la ville et beaucoup de la culture anglaise, j'ai raconté des anecdotes comme celle du malheureux garde dans son uniforme rutilant, contraint à rester immobile et droit comme un i, dont les yeux se fermaient tout seul, j'ai horrifié les gamins en leur affirmant que les anglais mangeaient des flageolets à la sauce tomate étalés sur du pain grillé au petit-déjeuner, j'ai assuré que non non, on ne voyait pas les poissons par la vitre en prenant l'Eurostar, j'ai expliqué les conséquences de la conduite à gauche, j'ai chanté le début de la chanson de Mary Poppins, j'ai détaillé le contenu ultra-riche du "traditionnal afternoon tea" chez Richoux, et dans l'ensemble, j'ai eu beaucoup de succès.
J'ai terminé par une lecture de Green eggs and ham, du même auteur que The cat in the hat, et je suis partie au bout de deux heures, la voix rauque d'avoir réclamé moult fois le silence, mais plutôt fière de moi.
Et le mieux dans tout ça, c'est que le Grand était fier, fier, fier comme un pou, mon "petit pou tout doux", comme je l'appelais encore il n'y a pas si longtemps.
Quand je pense que dans deux ou trois ans, il refusera avec horreur que je l'accompagne au collège parce que "j'ai trop la honte devant mes copains !", je me dis que j'ai vraiment bien fait de sacrifier une partie de mon après-midi.
(Cela dit, en bonne mère indigne, je ne l'accompagne déjà plus à l'école depuis un bout de temps, donc on ne devrait pas trop se disputer là-dessus.)
J'ai terminé par une lecture de Green eggs and ham, du même auteur que The cat in the hat, et je suis partie au bout de deux heures, la voix rauque d'avoir réclamé moult fois le silence, mais plutôt fière de moi.Et le mieux dans tout ça, c'est que le Grand était fier, fier, fier comme un pou, mon "petit pou tout doux", comme je l'appelais encore il n'y a pas si longtemps.
Quand je pense que dans deux ou trois ans, il refusera avec horreur que je l'accompagne au collège parce que "j'ai trop la honte devant mes copains !", je me dis que j'ai vraiment bien fait de sacrifier une partie de mon après-midi.
(Cela dit, en bonne mère indigne, je ne l'accompagne déjà plus à l'école depuis un bout de temps, donc on ne devrait pas trop se disputer là-dessus.)
jeudi 24 novembre 2011
Intouchables
Je suis allée voir "Intouchables" avec une amie, hier. Comme tout le monde. Ce qui est rare : je n'ai toujours pas vu "Bienvenue chez les Ch'tis" (mais ça viendra), et j'ai vu "Le fabuleux destin d'Amélie Poulain" au moins trois ou quatre ans après le reste de la France.Un peu revenue de mon anticonformisme primaire adolescent, j'ai ajouté depuis quelques années au principe de base "Ce n'est pas parce que Monsieur Tout-le-monde aime quelque chose que c'est bien" un autre principe tout aussi important : "Ce n'est pas parce que Monsieur Tout-le-monde aime quelque chose que c'est nul". Sans compter que les choses peuvent me plaire, ou pas, indépendemmant du fait qu'elles soient objectivement nulles, ou très réussies.
Bref, trêve de considérations philosophiques : j'ai bien aimé. Certes, Télérama n'a pas tort : c'est un peu simpliste, la mise en scène n'est pas forcément inventive (mais en toute franchise, ce n'est pas ce qui m'importe le plus), et l'histoire est pétrie de bons sentiments. Cependant, comme a dit mon amie au sortir de la salle, "Y a pas de mal à se faire du bien".
Juste un détail : suis-je la seule que la scène d'ouverture n'ait pas fait rire, mais alors pas du tout ? Certes, elle est remise dans son contexte plus tard, et plus compréhensible ainsi. Mais tout de même. Suis-je le seule idiote moralisatrice qui pense que, sacrebleu, ce n'est pas parce que ce type est paraplégique et qu'il a envie de mourir qu'il doit laisser son copain faire risquer un sort semblable au sien à d'autres gens ? La seule à m'être dit "J'aurais pu être en train de conduire là, avec mes enfants, et être doublée par ce fou dangereux à 180 kilomètres heure sur les voies sur berge ?" Je me suis agrippée à mon fauteuil tout du long, et leur cigarette triomphante m'a laissé un goût amer dans la bouche.
Mais bon, ce n'est qu'un détail. A part ça, l'histoire est charmante, les personnages excellents, les ressorts comiques fonctionnent, et j'ai beaucoup apprécié les acteurs - y compris, parmi les personnages secondaires, la "mère" de Driss, que j'ai trouvée frappante de justesse.
Et même si ça avait été mauvais, ça aurait certainement mieux valu que le caprice de trois quarts d'heure que Mr Thing Two a fait pour la énième fois avant de s'endormir et auquel j'ai donc échappé, n'est-ce-pas ?
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