mardi 10 septembre 2013

Un amour de triporteur

(Cet article est la conclusion de celui-ci, où j'explique pourquoi nous n'avons pas de voiture, et celui-là, où j'évoque ma découverte d'un moyen de transport économique et écologique compatible avec les familles nombreuses.)

Et donc, après moult hésitations, après des heures passées à comparer les différents modèles sur Internet, après une longue réflexion sur l'utilité réelle de la chose, j'ai sauté le pas. J'ai acheté un triporteur.
Si vous n'avez pas tout suivi depuis le début et que vous avez la flemme de cliquer sur les liens, un triporteur, c'est un vélo à trois roues avec une grosse caisse à l'avant, juste devant le guidon, où on peut caser des enfants (ou trois cartons de livres, ou un adulte flemmard, ou un lave-vaisselle en panne, ou un pique-nique pour un groupe d'ados...). Il existe aussi des biporteurs, avec deux roues seulement, qui sont paradoxalement plus stables, notamment dans les virages ou sur terrain inégal ; mais la charge qu'on peut transporter est moins importante. J'ai décidé qu'au point où j'en étais, autant prendre le plus grand, le plus solide, la meilleure marque, le plus grand nombre de vitesse, et la meilleure assistance électrique. Bref, le top du top, ou à peu près.

Pour ceux qui voudraient des détails, il s'agit d'un triporteur cargotrike Bakfiets, version large. Le seul qui ait une charge utile dépassant les 100 kilos, le seul qui ait une assistance électrique compatible avec une boîte de vitesse (pour les autres, il faut s’accommoder d'un dérailleur), et le seul qui réponde à mes autres critères : des bancs relevables, pas de rétropédalage, une assistance électrique modulable, quatre places pour les gamins, et puis en bois, tant qu'à faire.
Autant annoncer la couleur tout de suite : ça m'a coûté 3500 euros. Eh oui.
Avant de pousser des hauts cris, rappelez-vous juste que c'est moins que ce que coûte chaque année une voiture en frais d'entretien, sans même parler du prix d'achat.

Quand, fin juin, on m'a annoncé que mon vélo-cargo était enfin arrivé des Pays-Bas, je suis allée le chercher en métro à l'autre bout de Paris, et je suis revenue dessus. Au début, j'avoue que ça m'a fait tout drôle. La manière de conduire est si différente que pendant les premières minutes, quand je voulais aller à droite, j'allais à gauche. Si vous y ajoutez l'assistance électrique qui me faisait aller plus vite que prévu, la largeur imposante de la bête, et le déséquilibre désagréable en bordure de trottoir, vous comprendrez pourquoi je me suis brièvement demandé si je n'avais pas fait une grosse bêtise.

Et puisqu'on est dans les défauts, j'ai aussi découvert que c'était lent, nettement plus qu'un vélo. D'abord parce que c'est lourd, et ensuite parce qu'il faut vraiment ralentir à chaque tournant pour garder l'équilibre, sinon on est éjecté par la force centrifuge, puisqu'on ne s'incline pas vers le centre du virage comme sur un vélo classique. Et aussi parce que comme c'est un gros machin, on va forcément moins vite pour pouvoir freiner facilement en cas d'obstacle imprévu.

Voilà : c'est cher, c'est difficile à manier quand on n'a pas l'habitude, et c'est lent.

A part ça, vous voulez savoir ce que j'en pense ?
J'adore. J'adore !

- J'adore pouvoir aller plus loin que le périmètre très limité où nous circulions à pied ;
- j'adore retrouver le plaisir de faire du vélo, et même de faire du sport, car j'aime faire travailler mes muscles (je mets presque toujours l'assistance électrique au minimum) ;
- j'adore pouvoir enfin transporter des choses en plus des enfants, alors qu'à pied, avec les deux mains prises par les Things et un bébé sur le dos, même un simple sac de provisions posait problème ;
- j'adore échanger quelques mots avec des passants admiratifs ou hilares aux feux rouges, et répondre aux curieux, ou simplement sourire aux cyclistes-à-siège-bébé ou aux familles à pied ;
- j'adore passer sur les pistes cyclables (oui, ça passe toujours, la caisse n'est pas beaucoup plus large qu'un guidon, en fait) à côté des voitures coincées dans les embouteillages ;
- j'adore prouver – et me prouver à moi-même – qu'il est possible d'utiliser un moyen de circulation silencieux et écologique même avec une grande famille ;
- et par-dessus tout, j'adore constater que mes enfants adorent ça, et qu'ils réclament sans cesse d'aller se promener en triporteur (même le Filou, par gestes !).


Je n'ai pas eu l'occasion de le tester beaucoup avant de déménager, mais juste après le déménagement, début juillet, il y a eu une semaine où les enfants fréquentaient encore la crèche de notre ancien quartier parisien alors que nous étions déjà banlieusards. J'avais loué ma voiture de l'été en avance afin de pouvoir l'utiliser pour les aller-retours, car je ne me voyais pas du tout dans le RER bondé avec trois petits surexcités ou épuisés (ou les deux). Certes, j'avais reçu le triporteur quelques jours plus tôt, mais le trajet était tout de même assez long : huit ou neuf kilomètres, soit bien trois quart d'heure en triporteur, contre vingt minutes en voiture et une demi-heure en RER.
Le premier matin, j'ai donc vaillamment pris ma voiture pour les emmener à la crèche. Une heure et huit kilomètres d'embouteillage plus tard, je me suis juré de ne vraiment pas m'acheter de voiture de sitôt. Le lendemain matin, toujours dans les bouchons, avec le Filou qui râlait dès que je m'arrêtais (tous les trois mètres, donc), je me suis dit que finalement, j'allais tenter le triporteur. Pour que le Filou soit confortablement installé et puisse s'endormir à l'occasion, j'ai carrément installé son siège auto dans la caisse. Et roulez jeunesse !



Bien entendu, je n'ai plus lâché mon nouveau joujou de la semaine. Matin et soir, trois quart d'heure de bonheur, dont plus de la moitié sur une route entourée d'arbres et interdite aux voitures, à rouler en discutant avec les gamins, sans le moindre embouteillage, avec une piste cyclable ou des couloirs de bus presque d'un bout à l'autre... Et en plus, il faisait beau ! Franchement, la seule question que je me pose, c'est pourquoi nous n'étions pas plus nombreux sur nos vélos, avec ou sans troisième roue...

Après, il y a eu la coupure des vacances, mais dès notre retour, les excursions ont repris. Le Grand lui-même se joint souvent à nous : il me suit en trottinette, mais peut monter dans la caisse avec la trottinette pliée quand il est fatigué. Il est même arrivé une fois qu'il invite un copain en rollers, et que je fasse les deux derniers kilomètres de la balade avec cinq gamins dans la caisse. Pour l'occasion, je me suis fait aider davantage par le moteur électrique, je l'avoue !

(Au passage, quelques mots sur l'assistance électrique. En résumé, heureusement que je l'ai prise ! D'accord, sur cinq niveau d'assistance possible, je choisis presque toujours le premier, et je pourrais souvent m'en passer. Cependant, les montées seraient épuisantes sans assistance, quand les enfants sont dans la caisse et que le vélo et ses passagers (moi comprise) frôlent les 200 kilos. Il y a même quelques montées abruptes (sorties de garage, par exemple) que je ne pourrais pas faire du tout, à moins de faire sortir tous les gamins de la caisse et de pousser l'engin à la main ! Par ailleurs, sur la route ou dans les carrefours, quand on représente un danger pour les voitures qui s'énervent derrière, c'est appréciable de pouvoir dégager le passage rapidement. Et pour les longs trajets sur du plat ou "faux plat", quand la piste cyclable est lisse et sans obstacles, c'est agréable de pouvoir aller un peu plus vite, et l'assistance électrique compense alors le poids de l'engin. Bref, je ne regrette pas une seconde le surcoût.)

Et maintenant ? Eh bien, maintenant, le triporteur, acheté au départ dans l'intention de faire des sorties en famille le weekend, est en train de devenir un moyen de transport quotidien, qui me permet d'embarquer les jumeaux à la sortie de l'école et d'aller directement chercher le Filou chez son assistante maternelle (qui a le seul défaut d'être assez loin), sans devoir prendre le bus, ni les faire marcher alors qu'ils sont fatigués, ni ressortir la poussette double remisée depuis plus d'un an à la cave. Du coup, j'ai même commandé une tente de pluie pour l'hiver...
On verra dans quelques mois si notre engouement persiste, mais pour l'instant, tous en chœur : vive le triporteur !




7 commentaires:

  1. Ah bah je suis bien contente d'avoir ton retour! Si on a un garage un jour (non parce qu'un autre défaut c'est quand même l'encombrement de la bête et donc son stockage) je me laisserai peut être tentée!
    En tout cas ça c'est un vrai retour objectif! J'entends que c'est moins rapide qu'un vélo c'est bon à savoir!

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  2. Super ! Ca te fait combien de temps de sport quotidien, du coup ? Et Darling, il a essayé ??

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  3. Oh, en triporteur c'est assez rapide, peut-être dix minutes pour y aller et dix (ou douze) pour revenir ? Et puis deux ou trois fois par semaine, j'emmène le Filou tout seul avec mon bon vieux vélo pendant que Darling s'occupe des Things, et là c'est légèrement plus rapide, mais il n'y a pas d'assistance électrique... Bref, faut voir, nous sommes encore en rodage niveau organisation !

    Darling est terrorisé par l'engin, et n'est pas fan du vélo en général, donc il n'est pas monté dessus. En revanche, le Grand a essayé, sur une route réservée aux cyclistes... mais je ne suis pas montée dans la caisse, j'ai marché à côté !

    Clo : je dirais que les déplacement prennent environ 50% de temps en plus qu'avec un vélo (mais il faut dire que je roule très vite à vélo, j'appuie à fond sur les pédales). Autrement dit, quand je peux faire un trajet en vingt minutes toute seule sur mon vélo, il me faut trente minutes avec le triporteur et les enfants. Une autre raison que je n'ai pas évoquée, c'est celle des cahots : la suspension n'est pas très bonne, et au moindre ralentisseur / trou / bosse, je dois beaucoup freiner, sinon les gamins ont très vite mal aux fesses... (Alors que sur mon vélo, je me dresse sur les pédales et c'est bon !)

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  4. Joli tableau!

    Ravi que ça marche.
    Ca m'avait l'air compliqué comme idée de départ. Je suis content de m'être trompé.

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  5. Et des petits coussins pour les enfants?

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  6. Les coussins, ça glisse, j'ai essayé. J'avais commandé des "coussins en mousse thermoformé pour banquette" de la même marque que le triporteur, mais ils ne sont pas arrivés... (Vaut mieux ça que l'inverse, remarque !)

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  7. Belle bête !
    Longue route à toi ;-)
    Tu ne dois pas t'ennuyer
    Essaie les coussins fixés par bandes velcro, ça marche top

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