dimanche 13 octobre 2013

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Je fais la vaisselle. Les Things jouent à l'étage. Le Filou traîne dans le salon. Il fait sûrement des bêtises : il a dix-huit mois, et à cet âge-là, un enfant sans surveillance fait des bêtises, en tous cas les miens (à l'exception de Miss Thing One, peut-être). Dans les deux heures précédentes, il a déjà ouvert un tiroir de la cuisine et déroulé consciencieusement tout le papier sulfurisé, fait tomber un par un tous les DVD à sa portée, vidé mon sac à main, et même tenté de remplir un chèque après m'avoir piqué mon chéquier et un stylo (précoce, le gamin) (mais pas au point de réussir à ouvrir le stylo, ouf).

Je me sèche les mains et je viens voir ce qu'il fait. Gagné, une bêtise. Il est assis à mon bureau, devant mon ordinateur, et joue alternativement avec le clavier et la souris. Bien entendu, j'ai enregistré mon travail avant de me lever de mon siège, comme toujours, mais les gamins ont le chic pour transformer le clavier azerty en qwerty, ou supprimer la corbeille, ou ce genre de choses que je serais incapable de faire même si je le voulais, mais ça tombe bien, je ne veux pas. Je me précipite donc, un peu inquiète. Et je découvre qu'en cinq minutes, il a :
- ouvert Internet ;
- ouvert un moteur de recherche qui n'est pas celui par lequel je passe d'habitude ;
- zoomé plusieurs fois ;
- tapé une recherche.

L'écran affichait donc, en très gros :

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Sans blague ?

samedi 12 octobre 2013

Boule japonaise customisée

J'aime beaucoup la cuisine, mais je ne suis pas très portée sur la déco, les travaux manuels, la couture ou les petits bricolages. C'est un euphémisme. Du coup, j'étais très, mais vraiment très fière de cette merveilleuse boule japonaise "customisée" (c'est bien le terme d'usage ?) pour le Grand. Avoir eu l'idée, toute seule, de prendre des feutres et écrire des onomatopées sur la boule japonaise premier prix IKEA, ça m'a semblé un coup de génie, pas moins. Je suis certaine que personne n'a jamais eu d'idée de ce genre avant moi.


Sauf qu'une fois accrochée au plafond, ça a donné ça :

Pour ceux qui ont la vue basse et qui n'ont pas envie de zoomer : je l'ai tenue dans le mauvais sens. J'ai tout écrit à l'envers.

Je crois que je vais m'en tenir à mes petits plats moches-mais-délicieux et laisser la déco à d'autres.

(Je pourrais aussi dire que c'est fait exprès, que c'est symbolique, parce que cet enfant n'est pas seulement bruyant, il est renversant. Non ?)

vendredi 11 octobre 2013

Double-sens cyclables, ou comment se faire des amis

Il y a environ deux semaines, j'ai appris que dans la commune limitrophe de la mienne se tenait l'assemblée générale de l'association locale pro-vélo. Comme il n'y a pas d'association semblable dans ma propre commune, j'ai pensé que ça pouvait être intéressant. Coup de bol, ça tombait le seul jour de la semaine où Darling rentrait assez tôt pour que je lui confie les enfants. Allons-y, me suis-je dit. C'est une cause qui me tient à cœur. Et qui sait, ça pourrait être un moyen de me faire de nouveaux amis.

Il faut dire que quand j'ai emménagé ici, j'ai été absolument effarée par l'état des aménagements cyclables. État qui peut se résumer en un seul mot : absence. Dans toute la commune, il y a une seule malheureuse piste cyclable mal fichue et qui s'interrompt brusquement à un moment alors qu'elle se trouve sur le trottoir, ce qui fait que le pauvre cycliste qui l'emprunte se retrouve d'une seconde à l'autre en infraction. Pour moi qui vient de Paris, ça a été un choc. Habituée à pouvoir presque toujours aller d'un endroit à l'autre en passant par des pistes cyclables, des contre-allées, ou au pire des voies de bus ouvertes aux vélos, je n'ai pas apprécié cette ignorance totale de l'existence de moyens de transports alternatifs. Même les aménagements les plus simples, comme les double-sens cyclables en zone 30, n'ont pas été réalisés. Or, depuis un décret de 2008, toutes les rues à sens unique en zone 30 devraient pouvoir être empruntées à contresens par les vélos (sauf exceptions dûment motivées au cas par cas), car de nombreuses études ont prouvé que ça n'a que des avantages, et même que contrairement à ce qu'on pourrait croire tout d'abord, ça réduit le nombre d'accidents au lieu de l'augmenter. Plus d'explications ici, par exemple.

Bref, je suis allée à la réunion des joyeux cyclistes militants. J'ai bien fait, ils avaient prévu des petits gâteaux et du jus de pomme (bio) (je vous jure). Il y avait tout au plus une quinzaine de personnes, qui se connaissaient toutes entre elles, mais il en faut davantage pour m'intimider. J'ai écouté les débats, j'ai versé mon obole pour adhérer (dix euros) (cinq verres de jus de pommes plus tard, j'étais rentrée dans mes frais). Et j'ai même pris la parole, pour raconter un peu comment ça se passait chez moi, et pour m'indigner de ces inombrables sens uniques qui m'obligent à emprunter une horrible départementale avec des voitures qui filent à toute vitesse au lieu de ruelles résidentielles où ne passe jamais un chat. J'ai ajouté que quand j'avais posé la question au maire, à la cérémonie d'accueil des nouveaux habitants de la commune, il avait expliqué qu'il était contre les double-sens cyclables (et face à cette opinion personnelle, que peuvent valoir toutes les études réalisées partout en Europe, et les règles imposées par le législateur ?), et avait même pris l'assemblée à témoin sur le mode "Vous vous rendez compte, si on respectait le décret de 2008, on ne pourrait même plus rouler tranquillement (sous-entendu, à 60 km/h) dans les sens uniques en zone 30 sous peine de prendre un vélo en face (sic !) et après on risquerait d'avoir la voiture couverte du sang du cycliste, et il faudrait la laver, franchement, vous trouvez ça civilisé, vous ?"

De manière générale, j'ai passé une bonne soirée, et les discussions étaient bien plus reposantes que celles des mômes.
Le lendemain matin, j'ai reçu un coup de fil de la part du président de l'association, avec qui j'avais agréablement bavardé la veille en sirotant mon jus de pomme.
Ça marche ! me suis-je dit. Je me suis fait de nouveaux amis !
— Oui, allô, Fofo, j'ai repensé à ton histoire de zone trente sans double sens cyclable. Ce n'est pas légal.
— Oui, je sais bien, mais qu'est-ce qu'on peut faire ?
— Déposer un recours contre le maire. On a deux mois pour le faire.
— Alors, ça doit être trop tard : les dernières zones 30 datent de cet été.
— Justement, je suis passée à la mairie ce matin pour vérifier, l'arrêté municipal a été pris le 7 août, donc il reste quelques jours pour agir. Qu'est-ce que tu en penses ?
— Du fait que l'association va attaquer le maire ? Heu, du bien...
— Sauf que pour déposer un recours, il faut prouver qu'on est concerné, sinon ce n'est pas recevable. Autrement dit, il faut résider dans la commune. Donc c'est toi qui va devoir le faire. Le cas s'est déjà présenté dans une ville voisine, nous avons une lettre modèle, je vais t'envoyer ça, il faut juste que tu l'adaptes à ton cas et que tu l'envoie en recommandée d'ici le 7 octobre, d'accord ? Tu me donnes ton adresse email ?

Et voilà comment, au cours des trois jours suivants, j'ai échangé au moins trente emails avec une demi-douzaines de personnes différentes de plusieurs communes avoisinantes, et même comploté avec des gens rencontrés en chair et en os, afin de fignoler le recours que j'ai déposé en bonne et due forme contre mon nouveau maire.
J'avais raison, adhérer à une association de militants, ça permet de se faire des amis.
Et des ennemis, aussi...


Edit : Fin de l'histoire ici.

mercredi 9 octobre 2013

Une auteure en situation difficile

Nouvelle commission d'attribution de bourses pour des auteurs et illustrateurs jeunesse, hier. Parmi les dossiers qui défilent, celui d'une auteure qui a déjà une douzaine de titres dans sa bibliographie, dont au moins deux appréciés par les lecteurs et la critique. C'est moi qui les ai lus, et je confirme qu'ils sont de bonne qualité, bien écrits, à partir d'un sujet intéressant. Le synopsis et l'extrait du roman sur lequel elle est actuellement en train de travailler, et pour lequel elle demande une bourse, sont prometteurs. Ses personnages sont intéressants, son style travaillé, et elle change à chaque fois de contexte ou d'époque, ce qui demande de longues recherches.
Qui plus est, contrairement à certains auteurs qui reviennent trop souvent, elle n'a encore jamais demandé d'aide. Elle explique qu'une bourse lui permettrait d'avoir l'esprit tranquille, financièrement parlant, pendant le temps nécessaire à l'élaboration et l'écriture de son roman. Elle ajoute que si elle sollicite une bourse à présent alors qu'elle n'en avait pas eu besoin jusqu'ici, c'est parce qu'elle a connu une grosse baisse de revenus récemment. En effet, elle a dû déménager pour suivre son conjoint à qui on a proposé un poste en Chine, et là-bas, bien sûr, elle ne peut pas faire des rencontres scolaires, des interventions, des ateliers d'écriture, tout ce travail "à-côté" qui représente au moins la moitié des revenus des auteurs jeunesse (car il faut savoir que bien peu d'auteurs jeunesse pourraient gagner leur vie uniquement grâce à leurs droits d'auteurs, même parmi les plus talentueux. Triste à dire, mais vrai). Elle ne touche donc plus que 600 ou 700 euros par mois, et même si son mari gère les dépenses courantes, c'est peu.
Un dossier en or, donc.
Aucune objection ?
Attendez, juste une seconde avant de lui accorder l'aide maximale. Pourquoi donc cette femme et son mari ont-il accepté ce poste en Chine, alors qu'ils savaient que ça aurait pour conséquence une telle baisse de revenu du couple ?
Ah, oui.
Ah, d'accord.
Parce que le mari gagne plus de 12.000 euros par mois.
OK.

Nous lui avons répondu que son travail nous semblait tout à fait intéressant, que son désir d'indépendance financière était compréhensible, que ses motivations étaient louables, tout ça tout ça, mais que, heu... non, quoi.





lundi 7 octobre 2013

Pause

Après quelques mois fatiguant, après quelques semaines épuisantes, et après quelques jours de folie ponctués de nuits à moitié blanches ;
Après avoir rendu la traduction la plus longue de ma courte carrière (640.000 signes, pour ceux à qui ça dit quelque chose) avec seulement un jour de retard (presque en avance, donc), et un album dans la foulée avec seulement deux jours de retard, et des fiches de lecture urgentes avec seulement trois jours de retard (toutes ces dates de remise qui tombent en même temps, ça me rappelle le lycée, quand le prof de maths, la prof de français et le prof d'histoire prévoyaient tous une interro le même jour sans se concerter) ;
Après avoir ouvert les derniers cartons de livres, et rangé le bureau, tout en se disant que maintenant, plus d'excuse, il va bien falloir s'attaquer au reste de la maison ;
Après avoir raté le même jour l'opération Nuit Blanche et un vide-grenier local, deux événements que je ne voulais surtout pas manquer ;
Après avoir fêté une pendaison de crémaillère un peu à la va-vite, en oubliant d'inviter plein de monde parce que "demain, j'envoie des invitations officielles à tout le monde" (à répéter tous les jours, pendant trois semaines, jusqu'à ce que "demain", ce soit la crémaillère) (du coup, seuls ceux qui ont été en contact de vive voix avec moi ou Darling ont été invités) (tant pis, j'inviterai individuellement tous les "oubliés" : ça me donnera d'autres occasions de mettre les petits plats dans les grands, c'est parfait) ;
Après avoir préparé cinq gâteau et aussi quelques plats salés (il paraît qu'il y a des gens qui préfèrent le salé, même parmi mes amis : des gens bien, donc), avoir astiqué la maison, avoir déballé les verres encore en carton, avoir remonté des chaises de la cave, avoir planqué tout le bazar qui traînait dans des endroits improbables, m'être disputée dix fois avec Darling à cause de nos idées très différentes sur les priorités ;
Après avoir rangé la maison jusqu'à une heure du matin après le départ des invités et fait tourner le lave-vaisselle à plein régime, tout en engloutissant ce qu'il restait des gâteaux ;
Et avant de commencer la traduction suivante, avant de rédiger enfin les douze ou quinze fiches de lectures à faire pour juin dernier (ou mai, ou avril, ou mars...), avant d'aller passer la journée en commission, avant d'essayer d'organiser un peu la maison, avant de faire venir des artisans pour plein de travaux urgents et indispensables, avant de m'attaquer au problème de l'appart non vendu, avant d'essayer de transformer la jungle qui entoure la maison en jardin, avant de bosser de nouveau jusqu'à minuit pendant plusieurs semaines d'affilées, avant de régler des centaines de formalités administratives, avant de garder les gamins à la maison pendant les prochaines vacances tout en bossant pendant la sieste, avant de repartir sur les chapeaux de roues...
... je me suis octroyé presque une journée complète de pause. Un film romantique, un petit-déjeuner à base de restes de gâteaux, une virée "shopping" avec peut-être la seule amie en compagnie de qui je ne ressens pas de crise d'angoisse en poussant la porte d'un grand magasin, un déjeuner dans un restaurant chic et bon, un retour triomphal avec quelques vêtements dont j'ai besoin depuis plus d'un an, des fou-rires, une soirée sans bosser.
Vous savez quoi ?
C'était bien.
C'était incroyablement bien.
Une journée sans travail et sans enfants. Et avec une amie, en prime.
Il va falloir que je refasse ça de temps en temps...

dimanche 6 octobre 2013

Des Lego jumeaux

Miss Thing One me présente deux petits personnages en Lego identiques.
— Maman, regad', ils sont pareils !
Et moi, sans réfléchir :
— Ah oui, ce sont des jumeaux !
Crétine. Idiote. Andouille. Alors comme ça, on apprend à ses enfants à associer automatiquement le fait d'être jumeaux et le fait d'être semblables en tous points ? Triple buse, va !
Mais elle, pas du tout décontenancée, acquiesce avec un grand sourire, et me désigne les deux bonshommes tour à tour :
— Oui ! Ça, c'est Lila*, et ça, c'est Aït* !
Et elle est repartie toute contente, avec ses jumeaux parfaitement identiques, deux bonshommes à la même tête de bouledogue en noir et blanc, retrouver son propre jumeau – trois bon centimètres et deux bon kilos de plus qu'elle, garçon alors qu'elle est fille, blond alors qu'elle est brune.

On va encore travailler un peu sur le concept de gémellité, je crois. Enfin, moi, surtout.

*Leurs prénoms, tels qu'ils les prononçaient autrefois.


vendredi 4 octobre 2013

Radio-réveil

Lors de mon déménagement, mon réveil, déjà bien mal en point depuis quelques années, a définitivement rendu l'âme. C'était un réveil dans lequel on pouvait mettre des CD et programmer la chanson de son choix, acheté il y a presque vingt ans ; un des meilleurs investissements de ma vie, car me réveiller avec "Mistral Gagnant" ou "Il changeait la vie" ou "La chasse aux papillons" me mettait de bonne humeur pour la matinée.

Du coup, en attendant de me faire offrir à Noël un réveil-MP3, j'utilise désormais le radio-réveil de Darling. Mais même si c'est toujours mieux qu'un horrible bip bip bip strident, je n'aime pas me réveiller avec la radio, en plein milieu d'une phrase ou d'une chanson que je n'ai pas choisie. En plus, malgré mes recherches, je n'ai pas réussi à trouver de station qui m'offrirait un réveil agréable sur fond de notes de piano : apparemment, à 7h08, toutes les radios sont en plein milieu d'un bulletin d'informations, même France Musique ou Radio Classique.
(Et non, je ne mettrai pas mon réveil à 6h52 pour être certaine d'avoir de la musique. Mes nuits sont déjà bien trop courtes, merci.)

Quand Le Filou n'a pas l'amabilité de devancer le réveil, je suis donc réveillée chaque matin par un présentateur qui, ayant terminé de donner les nouvelles importantes, parle de sport, de météo, de people ou d'économie. Ce qui ne me donne pas particulièrement envie de redevenir lucide pour mieux écouter. De temps en temps, quand je suis au plus profond du sommeil, les phrases débitées par le monsieur se mêlent à mes rêves, ce qui donne des résultats surprenant. Je ne saurais jamais si, il y a une semaine, il y a réellement eu un reportage sur des nouveaux fauteuils roulants à trois roues censés être plus faciles à manier, ou s'il était tout simplement question handicapés ou de fauteuils design et que mon triporteur s'est invité dans mon inconscient.
Bref, dans l'ensemble, ce n'est pas aussi efficace pour me réveiller rapidement que "Miss Maggie" ou "La Ballade Nord-Irlandaise", il faut bien l'avouer.

Sauf ce matin. Ce matin, la phrase prononcée par le présentateur m'a fait quasiment bondir dans mon lit.
"Et maintenant, un scoop révélé par le journal Les Echos : Renaud change de cap !"
Oh mon Dieu, me suis-je dit, effarée. Comment ça, Renaud change de cap ? Il retourne sa veste ? Il appelle à voter Sarkozy aux prochaines élections ? Il se prononce contre le mariage homosexuel ? Il veut le rétablissement de la peine de mort ? Il s'évade fiscalement ?
Avant que mon cerveau ait le temps d’échafauder d'autres hypothèses consternantes, heureusement, le présentateur a continué :
"Après ses déboires avec les véhicules électriques, Renault prépare en effet une voiture hybride..."
Ah !
Ah, d'accord !
Pas Renaud, Renault !

Du coup, puisque je n'en avais rien à faire des bagnoles, hybrides ou pas, et que j'étais désormais tout à fait réveillée, je suis allée prendre ma douche en sifflotant "Les Bobos".