jeudi 15 mai 2014

Fatiguée comme un pinson

Je suis de passage dans une grande ville de province, où j'ai été invitée à venir parler de mon métier. J'ai quitté la maison à 6h30 ce matin pour prendre le train, après une nuit trop courte. J'ai été reçu par une bande de huit bibliothécaires jeunesse (HUIT !), toutes très différentes, toutes vraiment charmantes, toutes joyeuses et bavardes. J'ai affronté une salle contenant au moins deux cent gamins surexcités. Je me suis cachée dans une petite pièce et j'ai répondu à des questions avec un micro qui me faisait une voix de robot, afin que les enfants ne puissent pas deviner si j'étais un homme ou une femme, dans le cadre d'un jeu qui visait à leur faire découvrir "l'invité mystère". J'ai dû dire quel était mon principal trait de caractère ("La colère !", avait dit Darling, la veille), puis mon principal défaut ("Ah non, c'est là, la colère. Ou alors l'autoritarisme ?"), quelle était ma couleur préférée (le rouge, mais j'ai évité de justifier ça par la politique), etc. Quand on m'a demandé ce que je détestais par-dessus tout, en excluant bien sûr la guerre, la torture, etc., j'ai passablement ahuri les mômes en répondant "les voitures" (et pourtant, si on prenait juste deux minutes pour imaginer un monde sans voitures... Non ?). Au sujet de mon oiseau préféré, j'ai improvisé une passion pour les pinsons, alors que je n'ai pas la moindre idée de ce à quoi ça ressemble, un pinson (mais c'est gai, dit-on). Finalement, quand il a fallu deviner mon identité par élimination, un des gamins a décrété que je n'étais sûrement pas la traductrice du bouquin que j'avais traduit, car je n'étais "pas assez subtile", et je me suis dit que la prochaine fois, je changerais un peu mes réponses. Au déjeuner, j'ai cassé ma fourchette en plastique sur mon "plateau traiteur" aussi délectable qu'un repas Air France, et une des dents a atterri dans le décolleté de ma voisine d'en face. L'après-midi, j'ai expliqué pour la énième fois que non, un traducteur n'est pas employé par un auteur, et que la plupart du temps, ils ne se connaissent même pas. J'ai parlé à plusieurs reprises de Fantômette, ce qui a bien fait rire les bibliothécaires. Vers 16h, pendant une pause, on m'a proposé d'aller "boire quelque chose", mais j'ai préféré manger une gaufre. Le soir, après d'autres va-et-vient, je me suis enfin écroulée dans ma chambre d'hôtel à 22h ; j'ai bien essayé de bosser une demi-heure, mais je crains de ne pas avoir été très efficace. J'ai la tête comme une citrouille, comme c'était prévisible, mais je sais que je ne serai pas réveillée par le Filou cette nuit ou par Mr Thing Two aux aurores demain matin, et ça, ça n'a pas de prix.
Demain, trois rencontre avec à chaque fois deux classes, avant de terminer la journée dans le train. Je suis épuisée d'avance, et je sais déjà que je peux prévoir l'aspirine dans mon sac à main, mais il faut reconnaître que pour quelqu'un qui exerce un travail toujours solitaire, ce genre de rencontre, ça réveille !

5 commentaires:

  1. Pour moi aussi, boire un verre, c'est prendre une gaufre...
    Sinon, ton autoritarisme, ta propension à te mettre en colère et ton manque de subtilité (hou, hou, j'en ris encore) prouvent que tu aurais pu faire prof et gérer les 200 à l'aise !

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  2. Et pourquoi Fantômette fait-elle rire les bibliothécaires, s'il vous plaît?

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  3. Parce que ce n'est pas très moderne ! Mais comme j'en ai parlé à chacune de mes interventions, c'est-à-dire à environ 150 gamins au bas mot, elles ont promis d'en acheter pour la bibliothèque, parce qu'on risque de leur en réclamer...

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  4. Ayeayeaye! Mais que vont-elle acheter? Les nouvelles éditions de Fantômette, écrites en langage SMS (ou peu s'en faut)? Faut-il leur faire un colis humanitaire en leur envoyant nos triplons des anciennes éditions?

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  5. Je crains fort qu'elles achètent les nouvelles éditions, entre autres parce que nos vieux cartonnés ne tenteraient sans doute pas les élèves ! Mais même réécrits aux présent, expurgé de tout vocabulaire compliqué et dépouillés de leurs guillemets, les "vieux" Fantômette restent une lecture honorable (je leur ai envoyé une liste avec les meilleurs titres et une autre avec les titres à ne surtout pas acheter...)

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